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Manifestations en ex-URSS le 5 mars 2003 à l'occasion du cinquantième anniversaire de la mort de Staline |
Avoir un autre regard sur Staline pour mieux comprendre le monde d'aujourd'hui |
Sommaire :
La ligne ascendante et la ligne descendante de la révolution au XXème siècle
Avoir un autre regard sur Staline pour mieux comprendre le monde d'aujourd'hui
Commémoration Staline : discours de Juliette Broder
Est-ce bien les Américains qui nous ont libérés en 1944 ?
Introduction du livre : Un autre regard sur Staline
Introduction ; Staline est au centre de l’actualité dans les anciens pays socialistes ; Staline est au centre du débat politique dans les pays qui maintiennent le socialisme ; L’œuvre de Staline gagne en actualité dans le tiers monde ; L’œuvre de Staline prend aussi une nouvelle signification dans la situation créée en Europe depuis la restauration capitaliste à l’Est ; Dans les partis communistes de par le monde, la lutte idéologique autour de la question de Staline présente de nombreuses caractéristiques communes
Staline a été la plus grande personnalité du XXème siècle, le plus grand génie politique
Staline et le combat pour l'indépendance contre l'impérialisme ; Staline et le combat pour le développement socialiste ; Staline et le Parti révolutionnaire bolchevique ; Staline et le danger mortel de l'opportunisme et de l'infiltration ; Du social-démocrate Boukharine au révisionniste Gorbatchev ; Staline et l'alliance antifasciste internationale ; Le rôle déterminant de Staline dans la grande guerre antifasciste ; En 1945, les Etats-Unis ont repris le flambeau hitlérien ; De la Contre-révolution en Union soviétique au Front mondial contre les guerres américaines
La naissance du Parti du Travail de Belgique ; Staline contre le révisionnisme titiste ; Le révisionnisme et scissionnisme de Khrouchtchev ; L'attitude hésitante de Mao ; Mao contre le révisionnisme khrouchtchévien ; Mao et la continuation de la révolution sous le socialisme ; L'anti-maoïsme de Brejnev ; Social-impérialisme, social-fascisme ; Le passage du socialisme au capitalisme ; Alliances sans principes et révisionnisme ; La lutte pour l'unité des communistes ; Conclusion

Affiche d'une campagne visant à promouvoir la citoyenneté. En 1936, une nouvelle constitution est adoptée en URSS : tous les organes du parti sont désormais élus au suffrage universel direct masculin et féminin. L'extension du droit de vote concerne l'ensemble des citoyens de l'URSS qui n'adhéraient pas au parti : à l'époque, les succès de l'industrialisation, de la collectivisation et de la révolution culturelle sont tels, que la contestation était anéantie idéologiquement : elle fût forcée de reconnaître possible la construction du socialisme dans un seul pays. Le but de la vaste consultation populaire était de lutter efficacement contre la tendance bureaucratique de certains cadres du parti en faisant participer activement les peuples de l'URSS à la vie politique, les rendre maître de leur destin. Les cadres élus sont facilement destituables par le peuple s'ils se montrent incompétents. Pas d'immunité politique : les cadres doivent rendre des comptes. C'est cela le mécanisme des "purges". A quand cette démocratie participative en France ? Sous les révisionnistes qui proclamèrent la victoire définitive du socialisme en URSS, ce contrôle populaire post-électoral se verra amputé, favorisant la bureaucratisation du parti et l'accès au pouvoir d'une nouvelle nomenclatura ; préparant ainsi la restauration sauvage du capitalisme.
"...
La lutte intérieure donne au parti la force et la vitalité : la preuve la plus
grande de la faiblesse du parti, c'est son amorphisme et l'absence de frontières
nettement délimitées ; le parti se renforce en s'épurant..."
(Extrait d'une lettre de Lassalle à Marx, 24 juin 1852.)

La
guerre de Corée a été la première défaite de l'impérialisme américain.
Selon les lignes indiquées par Lénine, Staline a dirigé l'édification
socialiste à partir de 1923. Il a fait du parti bolchevique un grand parti de
masse qui a réalisé quatre miracles : l'industrialisation socialiste,
la collectivisation et la modernisation de l'agriculture, la révolution
culturelle qui transforma un pays arriéré en un pays d'intellectuels et de
travailleurs cultivés, l'organisation d'une puissante armée rouge équipée
des armes les plus modernes.
A
partir de la crise de 1929, les puissances impérialistes les moins bien «servies»
en colonies, se sont préparées à nouveau fébrilement à la guerre. Ce fut le
début de la seconde phase dans la crise générale du système impérialiste.
La Seconde Guerre mondiale a éclaté en 1939. Une nouvelle fois, la preuve était
faite que l'impérialisme conduit nécessairement à la guerre. Grâce à la
direction clairvoyante de Staline et du Parti bolchevique et à l'héroïsme de
l'armée rouge et des masses travailleuses, l'Union soviétique est sortie
victorieuse de la plus grande et de la plus terrible guerre que l'histoire ait
connue. Le prestige du socialisme était au zénith. Dans le monde entier, les
ouvriers et paysans voyaient qu'il y avait une alternative à l'exploitation et
à la barbarie du capitalisme et de l'impérialisme.
Dans
la foulée de la victoire sur le fascisme allemand, les pays de l'Europe de
l'Est ont institué des Républiques Démocratiques et ont réalisé ensuite
leur passage au socialisme. Dans la foulée de la victoire sur le fascisme
japonais, les peuples coréen, chinois, vietnamien et autres, sous la direction
de leur parti communiste respectif, sont sortis vainqueurs de dizaines d'années
de guerres révolutionnaires contre la domination impérialiste et fasciste et
ont ensuite réalisé aussi leur passage au socialisme. Le capitalisme et l'impérialisme
ont connu une seconde défaite stratégique et le rapport de forces au niveau
mondial s'est transformé en faveur des peuples opprimés et des ouvriers.
Inspiré par toutes ces victoires dans la guerre antifasciste et par le
renforcement du camp socialiste, le mouvement révolutionnaire de la classe
ouvrière a connu un essor dans le monde entier, les luttes révolutionnaires
pour l'indépendance ont déferlé de l'Inde au monde arabe et à l'Afrique
noire.
La
révolution coréenne illustre clairement ce rapport de forces à cette époque.
Au lendemain de l'indépendance, en 1945, la Corée est un pays sous-développé
par 30 ans de colonialisme japonais. Il faut tout construire : une industrie indépendante,
une agriculture moderne, un réseau d'enseignement et de soins de santé, etc.
C'est à cette tâche que s'attelle la République Populaire Démocratique de
Corée, qui s'est instaurée au Nord. Plus de 700 000 paysans reçoivent un
lopin de terre, les grandes entreprises et les mines sont nationalisées. La
production industrielle augmente de 237% de 1946 à 1949. Et quoique le relief
du Nord de la Corée offre peu de terres cultivables, la production céréalière
augmente de 10% durant la même période.
Pendant
ce temps, au Sud, les Américains prennent la place de l'occupant japonais. Ils
utilisent tel quel l'appareil de répression fasciste et s'emparent de toutes
les propriétés des Japonais. Le Gouvernement militaire américain devient
ainsi le premier propriétaire foncier de Corée du Sud. Le peuple en vient à
préférer l'occupant japonais, tant la répression est féroce. Mais surtout,
il aspire à rejoindre la République Populaire Démocratique de Corée. Les grèves
éclatent dès 1946 et, en 1948, les provinces du Sud se soulèvent. La répression
est terrible. Les Américains inaugurent les tristement célèbres «hameaux
stratégiques» sur l'île de Cheju, où Près de 80 000 personnes sont massacrées
! Un génocide commis par l'impérialisme américain.
C'est
dans ce contexte qu'éclate la guerre de Corée, le 25 juin 1950. C'est un déluge
de bombes qui s'abat sur la Corée du Nord, laquelle sera entièrement détruite.
Tout ce que la RPD de Corée avait pu bâtir en cinq ans de paix est réduit à
néant. Rappelons-le, ce fut la première guerre perpétrée sous le pavillon de
l'ONU. Les USA avaient habilement profité du boycott de l'Union soviétique,
qui par son absence protestait contre l'exclusion de la République Populaire de
Chine de l'ONU. Ils ont eu beau dépenser plus de 165 milliards de dollars,
massacrer 4 millions de Coréens, dont 3 millions de civils, utiliser des armes
chimiques et bactériologiques, ils n'ont pu venir à bout des combattants coréens
et de leurs alliés chinois, tandis qu'un mouvement de solidarité avec la Corée
et d'opposition à la guerre d'agression mobilisait travailleurs et
progressistes de par le monde entier. Cette guerre fut la première défaite de
l'impérialisme américain. Le 27 juillet 1953, les Américains signent
l'armistice. Comme l'explique Kim Il Sung : «la
guerre de Corée a clairement montré à la face des peuples du monde entier que
rien ne pouvait soumettre un peuple qui s'est dressé pour combattre le
colonialisme et sauvegarder la liberté et l'indépendance de sa patrie.»
La
ligne ascendante de la révolution mondiale, c'est-à-dire de la révolution
socialiste et de la révolution anti-impérialiste, nationale et démocratique,
a été cassée à partir des années 1956-1960, lorsque les tendances
opportunistes ont pris le pouvoir dans le Parti bolchevique, En effet, la
contre-révolution capitaliste de 1989-1990 a été préparée idéologiquement
et politiquement dès l'arrivée au pouvoir de l'équipe Khrouchtchev en 1956.
Celle-ci a initié une rupture radicale avec la politique révolutionnaire
suivie sous Lénine et Staline. Tous les principes marxistes-léninistes ont été
liquidés l'un après l'autre. Les révisionnistes ont déclaré que le
socialisme avait définitivement triomphé, qu'une restauration capitaliste était
devenue impossible, que la lutte des classes avait cessé en Union soviétique
et, par conséquent, que la dictature du prolétariat contre la bourgeoise et
les éléments bourgeois n'était plus nécessaire. Le combat révolutionnaire
contre l'impérialisme a été abandonné depuis que Khrouchtchev a déclaré : «Nous
voulons être amis avec les États-Unis et coopérer avec eux dans la lutte pour
la paix et la sécurité des peuples.»
Lors
de sa première rencontre avec Ludo Martens, le 25 juin 1990, Kim Il Sung lui a
déclaré : «Après la mort de Staline, l'Union soviétique suivi une
politique révisionniste et, maintenant, ce pays est tombé en ruine. Il possède
un sixième de la superficie de la terre, une population de 280 millions
d'habitants. Mais 70 années de socialisme ont été annulées. Ils sont tombés
dans le bureaucratisme. Le travail du parti a été négligé, de même que l'éducation
dans l'esprit révolutionnaire. Ils ne se sont pas tenus aux principes
marxistes-léninistes. Ils n'ont pas éduqué les gens dans le marxisme-léninisme,
mais ont cherché l'argent et les villas. Après la mort de Staline,
Khrouchtchev a suivi cette voie.»
Durant les 35 ans séparant l'arrivée au pouvoir de Khrouchtchev de la victoire de la contre-révolution en 1989, des cadres et militants bolcheviques ont courageusement critiqué le révisionnisme au sein de leur parti. Mais c'est néanmoins la contre-révolution qui l'a remporté, fût-ce temporairement, nous en sommes convaincus.
Avoir un autre regard sur Staline pour mieux comprendre le monde d'aujourd'hui
A l'occasion du 50e anniversaire de la mort de Staline : une conférence de Ludo Martens à l'ULB
Ludo Martens, président du PTB, est l'auteur d'une kyrielle d'ouvrages, notamment sur le Congo. Il reconnaît pourtant que son «chouchou» est le livre Un autre regard sur Staline1. Mercredi 5 mars, une conférence se tiendra à l'ULB à l'occasion du 60e anniversaire de la bataille de Stalingrad et du 50e anniversaire de la mort de Staline. Thème : «Staline et la victoire sur le fascisme.» Ludo Martens y répondra aux nombreuses questions que ce sujet suscite.
Jeannine Tips et Maria McGavigan, mardi, 25 février 2003, 12h57
Après vos séjours prolongés au Congo, n'est-il pas trop difficile de vous replonger dans l'histoire de l'URSS ? Ces deux sujets semblent tellement éloignés...
Ludo Martens. S'il y a une chose qui relie le Congo à l'Union soviétique, c'est la question du développement. Avant la révolution de 1917, l'Union soviétique était un pays avec des possibilités gigantesques sur le plan économique. Mais la population ouvrière et paysanne vivait dans une misère effroyable. De tous les pays qui avaient opté pour le capitalisme, la Russie était celui où les conditions du peuple étaient les plus atroces.
L'actuelle République démocratique du Congo est un pays potentiellement très riche, mais où la clochardisation de la population est extrême, où les gens meurent parce qu'ils n'ont pas les 5 euros nécessaires pour une perfusion contre la malaria
Faut-il en déduire que le Congo devrait s'inspirer de l'histoire de l'URSS ?
Ludo Martens. Ce qui peut inspirer les Congolais dans l'histoire de l'Union soviétique, c'est le formidable développement du pays, principalement entre 1928 - date du premier plan quinquennal - et 1940. L'URSS avait collectivisé les moyens de production ainsi que la terre et pouvait donc organiser la production de manière rationnelle. C'est ainsi qu'en dix ans, elle a pu rattraper un retard de cinquante à cent ans.
Evidemment, si la collectivisation et la planification étaient des éléments essentiels de ce formidable bond en avant, le deuxième aspect était la mobilisation des travailleurs par le Parti. La conscience du peuple tenait le rôle principal dans l'énorme défi à relever. Pour vous donner une idée, entre 1930 et 1940, le taux de croissance annuel se situait entre 16 et 17%. En 1928, il y avait 18 000 tracteurs dans toute l'Union soviétique. Douze ans plus tard, ils étaient 885 000. Ces chiffres disent tout, non seulement sur la modernisation de l'agriculture, mais aussi sur le développement de l'industrie qui l'a rendue possible.
Peut-on dire qu'aujourd'hui, le Congo se trouve devant les mêmes défis que l'Union soviétique en 1917 ?
Ludo Martens. Sous certains aspects, oui. En 1917-21, l'Union soviétique a assuré son indépendance face à des agressions menées par huit pays impérialistes. Les travailleurs se sont approprié les moyens de production et la planification a fixé les priorités pour l'ensemble du pays, assurant ainsi un développement équilibré. Finalement, le Parti communiste a mobilisé les ouvriers et les masses paysannes pour la modernisation de l'industrie et de l'agriculture. Un nationaliste congolais qui étudie l'histoire de l'URSS aujourd'hui s'arrêtera sûrement sur ces quatre points.
L'antistalinisme est toujours très fort. Ne craignez-vous pas que les communistes ne s'isolent en mettant en avant l'expérience de l'URSS et surtout de Staline ?
Ludo Martens. On ne peut mener une lutte conséquente contre l'impérialisme si on se montre lâche dans le domaine idéologique. Dans Un autre regard sur Staline, je cite Alexandre Zinoviev, un dissident qui, à 17 ans, était passé à l'acte en préparant un attentat contre Staline. Dans les années 80, pourtant, il est arrivé à la conclusion que «Staline a été la plus grande personnalité de notre siècle, le plus grand génie politique».
Et c'est un fait objectif. Staline a non seulement bouleversé le plus grand pays du monde, mais la planète entière. Les révolutionnaires et les nationalistes du tiers monde ne peuvent avoir que de l'admiration pour tout ce qu'il a fait au cours d'une seule vie. Staline a dirigé l'Union Soviétique à partir de 1923. Le pays se trouvait dans un état lamentable. Déjà très arriéré en 1914, la Première guerre mondiale, suivie de la guerre d'intervention, avaient achevé de le ruiner totalement. Sous Staline, en 17 ans, l'URSS a réussi non seulement à moderniser son agriculture et son industrie, mais aussi à se doter d'une armée ultra-moderne. Elle était assez solide pour encaisser la barbarie la plus féroce de l'histoire, puis pour mener des contre-offensives contre les troupes nazies comme le monde n'en a jamais connues. Et finalement pour vaincre le fascisme pratiquement seule.

Pablo Picasso a dessiné ce portrait le 5 mars 1953, jour de la mort de Staline.
Staline ne s'est pas contenté de diriger l'Union soviétique. Il a aussi été un grand dirigeant internationaliste. C'est avec son aide que le mouvement communiste a pris racine en Chine et que la révolution y a triomphé en 1949. Le mouvement révolutionnaire a pris son élan en Inde, l'autre grand pays de l'Asie, pendant la même période. En Afrique et dans les pays arabes, le mouvement de libération nationale a pris son essor sous l'influence et avec le soutien du mouvement communiste. C'est la lutte des communistes chinois contre l'occupation japonaise il y a eu presque un million de soldats japonais en Chine pendant la Seconde Guerre mondiale puis contre l'impérialisme américain qui a donné une extraordinaire impulsion à la lutte des peuples du tiers monde. Aucune autre personnalité politique du 20e siècle n'a réalisé ce que Staline a fait pour la libération des travailleurs et des peuples opprimés.
Dans l'autre camp, beaucoup estiment que Churchill a été la plus grande personnalité du siècle passé. Mais Churchill a commencé sa carrière début 1900 en inventant les camps de concentration en Afrique du Sud. Il l'a poursuivie en jetant des millions d'hommes dans l'enfer des tranchées de la Première Guerre mondiale. Puis il a impulsé l'agression contre la jeune république soviétique. Il a laissé des millions d'hommes et de femmes mourir de la famine en Inde. Il a le premier utilisé le gaz contre le peuple en Irak. Et, tout de suite après la Seconde Guerre mondiale, ce même Churchill a poussé à la rupture avec son allié l'Union soviétique, n'hésitant pas à prendre le risque de replonger le monde dans la guerre et allant jusqu'à proposer d'utiliser la bombe atomique contre les Soviétiques... Si l'on veut parler du premier ennemi des travailleurs et des peuples au 20e siècle, le voilà...
Pour ceux qui ont rejoint le PTB depuis la publication de votre livre, en 1994, surtout pour les jeunes, l'Union soviétique et Staline, c'est de la vieille histoire. Comment les convaincre qu'ils devraient la connaître ?
Ludo Martens. (Il sourit) Eh bien en partant de Che Guevara... Au moment de la victoire de la révolution cubaine, en 1959, le Che était un des rares communistes bien formés dans l'équipe dirigeante. Il a déclaré que celui qui n'a pas lu les 14 tomes des écrits de Staline ne peut pas se considérer comme tout à fait communiste. Et pour qu'il n'y ait aucune ambiguïté, il a aussi dit que Khrouchtchev en Union soviétique et Tito en Yougoslavie avaient trahi la cause du socialisme et de la libération des peuples opprimés.
Comme c'est Staline qui a fourni la contribution la plus importante à la libération aussi bien des peuples que des travailleurs, il est normal que son oeuvre soit l'objet de toutes les calomnies. Un jeune doit comprendre cela. Regardez Roberto D'Orazio. Il n'a renversé ni la bourgeoisie belge, ni la bourgeoisie italienne, mais les actions exemplaires qu'il a menées ont suffi pour qu'il soit traité de tous les noms, qu'on le traîne en justice, etc.
Et pour revenir au Congo, ce pays reconnaît trois héros nationaux : Lumumba, Mulele et Kabila. Or, de leur vivant, on en a dit pis que pendre. Lumumba a été accusé d'avoir commis un génocide à Bakwanga. Un prêtre belge a prétendu qu'il torturait des gens dans sa cave. Mobutu a affirmé qu'il organisait des «cellules terroristes» à Kinshasa. Mulele aussi a été traité de terroriste et de sauvage. Quant à Kabila, on l'a d'abord accusé d'avoir mené un génocide contre les Hutus, puis un autre contre les Tutsis. C'était un dictateur, disait-on. Un représentant de l'UDPS (parti d'opposition) à Bruxelles l'a même traité de «Marc Dutroux congolais» !
Un jeune qui veut devenir un révolutionnaire authentique a intérêt à lire Un autre regard sur Staline. Cela lui épargnera des errements et des tâtonnements inutiles. Si les impérialistes accablent un révolutionnaire des pires crimes, c'est qu'il a eu beaucoup de mérite et qu'il a mené une lutte efficace contre le système de domination qu'ils ont mis en place. Il faut aborder de front l'héritage de Staline. Un jeune qui veut devenir révolutionnaire doit connaître la vie de Staline. Un autre regard sur Staline a l'avantage de ne pas être trop théorique ni trop compliqué. Il réfute, preuves à l'appui, beaucoup de mensonges mille fois répétés par la bourgeoisie. En plus, le jeune sera immunisé à jamais contre tous les mensonges et calomnies du même genre qu'il entendra par la suite.
Car tous les dirigeants révolutionnaires subissent le même sort. Marat l'a déjà dit en 1792 lors de la Révolution française. Et avant lui, Spartacus, dirigeant de la grande révolte des esclaves romains, avait été traité comme le pire criminel.
Le 15 février, dans la manifestation contre la guerre en Irak, des Latino-américains portaient un calicot «Stalingrad 1943, Bagdad 2003, Venceremos». Que peut nous apprendre l'expérience de l'URSS dans la guerre antifasciste pour la situation actuelle ?
Ludo Martens. La guerre de défense de l'Irak et la grande guerre patriotique qu'a menée l'URSS ont des aspects communs, mais aussi des différences. L'URSS était un pays socialiste, le pouvoir était aux mains des ouvriers et des paysans, dirigés par un Parti communiste expérimenté et clairvoyant. L'Irak est un pays du tiers monde qui tient à son indépendance. Il sait que son ennemi mortel, c'est l'impérialisme. C'est parce qu'il mène une résistance nationale et anti-impérialiste que son combat a une portée internationale et qu'il est un exemple pour les peuples dominés.
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«Alexandre Zinoviev a préparé un attentat contre Staline à 17 ans. Dans les années 80, pourtant, il est arrivé à la conclusion que Staline a été la plus grande personnalité de notre siècle.» |
Ce qui peut nous inspirer, c'est l'immense campagne de solidarité internationale que l'Union soviétique et la Chine ont organisée pour la Corée agressée par l'impérialisme américain entre 1950 et 1953. La Chine socialiste a envoyé un million de volontaires en Corée et l'URSS l'a aussi énormément aidée. L'Union soviétique a organisé le plus grand mouvement pour la paix que le monde ait jamais connu. En Europe occidentale, notamment, des communistes ont travaillé main dans la main avec des intellectuels, des artistes, de grandes personnalités, des organisations religieuses... pour soutenir le peuple coréen et dénoncer l'agression américaine. Cette campagne peut être une inspiration aujourd'hui.
En 1950, Washington considérait déjà la guerre de Corée comme la première d'une série, le prélude à une guerre contre la Chine, puis contre l'URSS. Comme aujourd'hui, l'agressivité américaine était à son comble en 1950. Il ne faut pas oublier qu'en 1944, alors que l'Allemagne nazie n'était pas encore battue, le général Patton a proposé qu'Américains et Allemands marchent ensemble sur Moscou. Et des milliers de criminels de guerre nazis les bourreaux des 23 millions de Soviétiques morts pendant la Seconde Guerre mondiale, les bourreaux des juifs, aussi ont été intégrés dans les services américains de 1944 à 1950.
Déjà à l'époque, les Etats-Unis étaient le successeur direct de l'Allemagne nazie. Cependant, leur agression contre la Corée a été arrêtée et, pendant la période qui a suivi, ils ont dû reculer devant la force du camp socialiste et du mouvement anti-impérialiste. Et ce, malgré le révisionnisme qui a commencé à miner le parti communiste de l'Union soviétique après la mort de Staline. C'est seulement en 1989-90 que l'impérialisme a pu détruire le socialisme de l'intérieur, à l'aide des forces pro-capitalistes et pro-impérialistes qui s'y étaient développées.
Bush plus agressif qu'Hitler ?
Ludo Martens. Aujourd'hui, les USA reprennent la même voie qu'à l'époque de la guerre de Corée, sauf qu'ils sont encore plus arrogants et agressifs qu'Hitler. Ce dernier n'a jamais pu se permettre de narguer le monde entier pour ensuite l'entraîner dans une opération pour désarmer un petit pays qu'il voulait agresser. Mais c'est ce que les USA font aujourd'hui avec l'Irak.
Les Etats-Unis ont pu se permettre d'agresser un autre petit pays, la Yougoslavie, soi-disant pour y régler des problèmes ethniques. Tout le monde savait que cette agression violait la charte de l'Onu. La charte affirme-t-elle qu'un certain pays peut posséder assez d'armes de destruction massive pour faire exploser une dizaine de fois la planète et que d'autres pays, comme l'Irak, ne peuvent même pas détenir de moyens de défense modernes ?
Si les Etats-Unis reprennent cette voie hitlérienne avec une arrogance et une férocité jamais vues, ce n'est pas parce qu'ils sont plus «méchants» que d'autres, mais parce qu'ils se trouvent devant des problèmes économiques insolubles. C'est la crise, de plus en plus inextricable, qui oblige la bourgeoisie américaine à essayer d'«en sortir» par la guerre. Le même scénario qu'en 1914 et en 1939.
La grande différence, c'est que l'impérialisme américain n'est qu'une infime minorité de l'humanité. Il fait face à presque cinq milliards d'hommes et de femmes qui, en plus, sont bien plus conscients et organisés que lors des deux premières guerres mondiales. C'est pourquoi on peut être sûr que si l'impérialisme américain s'engage dans une nouvelle guerre à l'échelle planétaire, le contrôle sur les événements va finir par lui échapper. Il y aura des bouleversements comme ceux qui ont mené à la Révolution russe en 1917 et à la Révolution chinoise en 1949.
Note : 1
Un autre regard sur Staline, EPO, 1994, 350 pages, nouvelle édition à paraître
en mars 2003 avec une préface d'Oscar Niemeyer, l'architecte de Brasilia
Commémoration Staline : discours de Juliette Broder
Discours de Juliette Broder, 78 ans, résistante, communiste, membre PTB, commémoration Staline, 5 mars 2003
Toute ma vie, je me souviendrai de ce matin du 5 mars 1953.
Nous déjeunions lorsque la radio annonça : « Le Maréchal Staline est mort » et nous éclatâmes en sanglots. Ces sanglots partagés par des millions d’êtres humains n’ont rien à voir avec une sensiblerie de style fleur bleue car, en perdant Staline, nous savions que nous perdions ce que nous avions de plus cher, nous perdions l’héritier de Lénine, le constructeur du socialisme en Union soviétique, l’homme de la victoire sur le fascisme, l’homme de la Paix qui était à nouveau menacée par l’impérialisme américain et ses bombes atomiques.
Nous perdions celui qui, contre vents et marées, était, comme le soulignait le grand écrivain français, Henri Barbusse : « inflexible et flexible comme l’acier ».
La bourgeoisie a eu beau applaudir à la mort de Staline, elle a eu beau déverser des tonneaux d’injures, renouveler ses calomnies, en ces heures pénibles, douloureuses, nous avons tous vu et appris combien ce mort était vivant dans le cœur des exploités du monde entier. Ici, en Belgique comme en France, des usines se sont tues, les machines de Turin ont stoppé leur course, les ouvriers agricoles de Sicile se sont figés dans l’immobilité. Des pampas de l’Argentine aux ruines de Corée et aux confins de la Chine, les hommes, les femmes, n’avaient pas honte de leurs larmes. Varsovie, ressuscitée de ses cendres, a drapé de deuil ses échafaudages et, à New York, les honnêtes gens, entourés de policiers et vraisemblablement de mouchards, proclamaient haut et fort : « L’ami de la Paix est mort. »
Il existe des livres admirables 1 qui reproduisent les lettres de communistes dans l’attente du peloton d’exécution. De quoi parlaient-ils dans leurs derniers instants ? Des êtres chers, de leurs enfants, mais aussi de leur parti et de l’avenir auquel ils mêlaient le visage de l’URSS et de son guide, Staline. S’il vous était donné de les lire, vous comprendriez mieux ce qu’il m’est difficile de vous décrire, vous comprendriez le lien profond qui lia, sous la terreur nazie, le résistant à Staline. Ce lien ne concerna pas uniquement les résistants membres ou sympathisants communistes, mais l’immense majorité de la résistance des pays occupés et, avec elle, l’immense majorité du peuple. Car l’expérience historique de ces hommes et de ces femmes fut, pour tous, révélatrice. Ils savaient que la « non-intervention » décidée par les démocraties – entre guillemets – française et anglaise et par l’Internationale Socialiste a été un coup de poignard dans le dos des antifascistes espagnols, provoquant ainsi leur défaite devant les Stukas nazis.
Seule, l’URSS porta secours à l’Espagne républicaine en lutte contre Franco et les siens. Cela, les résistants et le peuple ne l’ont pas oublié. Nombre d’entre eux se rappelaient avoir manifesté avec des banderoles où était écrit : « Des armes pour l’Espagne. »
Comme ils n’ont pas oublié la capitulation de la France et de l’Angleterre devant Hitler à Munich. France et Angleterre dirent alors : « Nous avons sauvé la paix ». L’URSS leur rétorqua : « Par votre capitulation honteuse, vous avez engendré la guerre. »
On n’ignorait plus, à l’heure de la résistance, toutes les manœuvres diplomatiques fomentées par l’Angleterre et la France pour qu’Hitler se retourne contre l’URSS au lieu de s’en prendre à l’Occident. Nul n’ignorait les demandes réitérées de l’URSS pour que s’ouvre un second front, second front constamment ajourné, laissant subir à l’URSS le poids principal de la guerre.
Pendant ce temps, nous vivions tous sous la terreur et la douleur de savoir la famille, les amis, disparus on ne sait où, des camarades torturés, massacrés, fusillés.
Notre première lueur d’espoir, c’est de l’URSS et de Staline qu’elle est venue. C’était en octobre 1941. Les blindés nazis étaient à quelques kilomètres de Moscou. Moscou qui recevait l’assaut de 51 divisions d’élite allemandes, c’est-à-dire autant de divisions qui attaquèrent toute la France en 1940. C’est Staline qui prit en main la défense de la capitale, qui galvanisa l’ensemble du peuple de Moscou par ses discours et ses mots d’ordre. Et Moscou ne tomba pas aux mains des fascistes. C’en était fini de la fameuse « guerre éclair » proclamée par l’état-major nazi.
Et puis, il y eut Stalingrad. Le tournant de la guerre, le crépuscule de l’armée hitlérienne et des collaborateurs italiens, belges, français, polonais, hongrois, roumains, etc., partis combattre le bolchevisme et à qui, depuis 1917, on inculquait la haine du communisme.
Ceux qui n’ont pas vécu le temps de cette bataille ont du mal à imaginer ce que Stalingrad représenta pour les peuples. Les peuples se redressèrent. Ils souffraient avec l’armée soviétique et, dans le même temps, à l’écoute de Radio Moscou clandestine, ils applaudissaient aux noms, incompréhensibles pour eux, des quartiers libérés. On avait tous la certitude de la victoire finale et on s’abordait enfin en souriant dans les rues, on oubliait tout ce qui n’était pas Stalingrad, on n’oubliait la peine et la faim.
Quant à la résistance, la victoire de Stalingrad lui apporta un souffle nouveau dont se sont fait l’écho les journaux clandestins, malgré les avis de l’Angleterre qui demandait à la résistance d’attendre le jour « J », c’est-à-dire le débarquement anglo-américain, pour procéder à des actes de résistance. La victoire de Stalingrad eut pour effet de décupler les actions de la Résistance et ce, avec le soutien du peuple, de plus en plus confiant dans la libération à venir, et qui savait maintenant à qui il la devrait en premier lieu.
Pour terminer, je souhaiterais insister sur le fait que personne autant que Staline ne fut aimé des masses et haï des possédants et de leurs valets.
Pardonnez-moi si, en toute modestie, je vous relate un fait personnel : mon communiste de père m’a dit, à la veille du jour où pour la première fois je devais me rendre au boulot : « Si un jour le patron t’applaudit, demande-toi ce que tu as fait contre la classe ouvrière. »
Devant les applaudissements des impérialistes, des exploiteurs, des traîtres, des soi-disant démocrates, des trotskistes et de tous ceux qui ont crié victoire, encensé le premier des contre-révolutionnaires, Khrouchtchev, et ceux qui l’ont suivi, les Brejnev et les Gorbatchev, le voeu que je formule pour vous tous, c’est que vous puissiez voir la réalité que cachent ces applaudissements, et il vous suffira d’ailleurs pour ce faire de comparer ce que fut l’URSS sous Lénine et Staline à la Russie de la misère et de la mafia d’aujourd’hui.
Vous voulez des faits, des documents irréfutables, étudiez donc attentivement le livre de Ludo Martens « Un autre regard sur Staline », et vous serez édifiés.
Je suis navrée de n’avoir pu être parmi vous, croyez que je le regrette, et merci pour votre écoute.
Juliette
Note : 1 Voir Fuçik, Ecrits sous la potence. Lettres de fusillés, à retrouver dans des livres français.
Est-ce bien les Américains qui nous ont libérés en 1944 ?
Lieven Soete, 12-02-2003
Naturellement, les peuples d'Europe ont été soulagés quand, en juin 1944, les Etats-Unis ont fini par jeter leur énorme potentiel dans la lutte pour chasser de l'Europe les bourreaux nazis et leurs complices. Mais les dirigeants américains, britanniques et français qui avaient engagé leurs troupes dans la bagarre n'avaient nullement l'intention de détruire le fascisme.
Le 24 juin 1941, c'est-à-dire deux jours après le début de l'invasion nazie en Union soviétique, Harry S. Truman (qui, en 1945, allait devenir président des Etats-Unis) écrivait dans le New York Times : «Si nous voyons que la Russie remporte la victoire, nous aiderons l'Allemagne. Si l'Allemagne gagne, nous aiderons la Russie. Qu'on les laisse donc se massacrer autant qu'ils le peuvent.»1 Trois années durant, les impérialistes laisseront les Soviétiques se débrouiller quasiment seuls dans cette boucherie.
Staline décrit la situation au 6 novembre 1942. La bataille de Stalingrad bat son plein. «Comment expliquer que, cette année, les Allemands ont quand même pu garder l'initiative des opérations militaires et engranger de sérieux succès tactiques sur notre front? Les Allemands et leurs alliés ont pu rassembler toutes leurs réserves disponibles afin de les engager sur le front de l'Est. Cela a été possible parce qu'il n'y avait pas de deuxième front en Europe. En septembre, sur les 256 divisions allemandes, 179 au moins étaient engagées sur notre front. Ajoutez-y 22 divisions roumaines, 14 finlandaises, 10 italiennes, 13 hongroises, 1 slovaque et 1 espagnole et vous obtenez un total de 240 divisions qui combattent actuellement sur notre front. Par contre, sur le front libyen, pour l'instant, seules 4 divisions allemandes et 11 italiennes combattent les Britanniques.»2
Qui a libéré l'Europe des nazis ? Des 783 divisions des nazis et de leurs alliés, 607 ont été anéanties sur le seul front germano-soviétique plus des trois quarts
Au cours des trois années durant lesquelles Staline a insisté en vain pour qu'on soulage la pression sur le front de l'Est par l'ouverture d'un second front important à l'ouest, les bombardiers américains et britanniques n'ont pas voulu briser la puissance industrielle et militaire de l'Allemagne. Résultat : en 1944, la production militaire allemande était de 280% plus élevée qu'en 1942.
En 1944, par exemple, 38 000 avions furent construits, contre 25 000 en 1943 et 15 000 en 1942. En 1944, l'Allemagne put produire 622 000 véhicules blindés, contre 369 000 en 1943 et 140 000 en 1942.3 Le problème n'était absolument pas que les bombardiers ne savaient pas où étaient installées les fabriques d'armement. C'est qu'ils ne voulaient pas y toucher. Il s'agissait quand même de chars et d'avions que l'on allait utiliser contre les bolcheviks.
De loin, le Jour J le plus important de la Seconde Guerre mondiale est celui du 2 février 1943: la victoire soviétique à Stalingrad. C'est là que les fascistes perdent définitivement l'initiative de la guerre. Le moral et l'espoir, chez les peuples occupés de l'Europe, reçoivent un fameux coup de pouce.
Les impérialistes américains et britanniques ont dû se dépêcher en 1944 pour arriver à temps et pouvoir conserver le contrôle d'une partie de l'Europe. Les Soviétiques fonçaient sur l'Allemagne et les Balkans. Les Partisans, au sein desquels les communistes jouaient un grand rôle, devenaient une force militaire importante. Paris a été en grande partie libérée par la résistance, avant que les troupes alliées n'entrent dans la ville.
Partout, les partisans rassemblent leurs meilleures forces et se muent en «deuxième front». En mai 1944, les partisans de Tito s'emparent de Zagreb, capitale de la Croatie fasciste et «indépendante». Le 3 mars 1944, une grève générale éclate en Italie du Nord, alors occupée par les nazis. Six millions de paysans et de travailleurs répondent à l'appel des communistes dans leur journal clandestin, Unita Proletaria. Le 18 mai 1944, Maurice Thorez, dirigeant des communistes français, lance un appel radiophonique en faveur de la résistance armée. La situation est favorable : de plus en plus de troupes allemandes (ainsi que les troupes auxiliaires fascistes françaises) sont déplacées vers le front de l'Est. Les partisans contrôlent de vastes territoires français.
Le 6 janvier 1944, les Soviétiques ont franchi la frontière polonaise d'avant-guerre. S'ils continuent à progresser à la même allure, d'ici peu, ils seront en Prusse-Orientale, c'est-à-dire dans le Reich allemand. Le 19 janvier, après 900 jours de siège, de famine et de bombardements, Leningrad est délivrée. En février-mars, l'Armée rouge repousse les Allemands de façon décisive à proximité de Kiev, en Ukraine. La voie vers les Balkans est libre et, le 17 mars, les Soviétiques sont à la frontière roumaine.
Le débarquement de Normandie. Objectif : contrer le communisme
Attendre davantage encore aurait pu être fatal aux impérialistes britanniques et américains. La combinaison entre l'Armée rouge qui bouscule tout sur son passage et la force militaire et politique croissante des partisans et des communistes aurait très bien pu transformer la totalité de l'Europe en un continent bolchevique. Il était donc grand temps d'intervenir.
En 1994, Luc De Vos, éminent professeur d'histoire à l'Ecole Royale Militaire (ERM), expliquait avec savoir-faire et fierté dans De Morgen : «Le débarquement de Normandie a renforcé la politique des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne. A terme, il a préservé l'Europe occidentale du communisme. Désormais, le libéralisme économique sera dominant dans la région nord-atlantique et, de là, imposera sa volonté au reste du monde. Le Jour-J comme bouclier contre le communisme.»4
Que les impérialistes occidentaux ne s'y étaient pas pris trop tôt, l'histoire de notre patrie le prouve à suffisance. A la libération, en septembre 1944, les communistes belges peuvent compter sur la sympathie et le soutien d'un très grand nombre de nos compatriotes. Ils sont à la base de la résistance armée contre l'occupant nazi. Le 15 mars 1941 donc quelque temps avant que les nazis n'envahissent l'Union soviétique le Front de l'Indépendance (FI) est fondé. Il va devenir le plus important groupe de résistance en Belgique, avec la section armée la plus importante : l'Armée belge des Partisans. Les communistes y jouent un rôle important. Entre septembre 1944 et août 1945, le PCB va passer de 12 000 membres à 103 000.5
Le gouvernement belge de Londres comprend vite qu'il ne peut rien sans les communistes. Trois d'entre eux sont incorporés à un nouveau gouvernement, le 26 septembre. Quelques jours plus tard, le général américain Eisenhower exige brutalement, dans un message adressé à la résistance belge, que «tous ceux qui ne sont pas sur le front» rendent leurs armes. La Belgique n'est pas encore tout à fait libérée ! Le Front de l'Indépendance refuse à juste titre de restituer ses armes.
Le gouvernement répond par une décision qui, le 18 novembre, dissout toutes les organisations de résistance. Perquisitions et arrestations se suivent chez les partisans. Les ministres communistes démissionnent, les socialistes, eux, restent à leurs postes. Le 18 novembre éclate une grève générale qui durera jusqu'au 30. Des manifestations de masse sont organisées dans tout le pays et mobilisent des centaines de milliers de personnes. Il y a quatre morts le 27 novembre.6
Le Parti communiste négocie un virage en direction de l'ouest, laisse s'éteindre la grève du 1er décembre et se résigne en fin de compte à accepter le désarmement des partisans. Lors des premières élections d'après-guerre, le PCB parvient encore, malgré tout, à décrocher près de 13% des voix.7
Partout ailleurs en Europe, nous assistons au même scénario. En France, les communistes obtiennent 26,2% des voix lors des élections d'octobre 1945. Ils deviennent ainsi le premier parti français, mais les socialistes refusent de constituer avec eux un gouvernement de Front populaire de gauche. En Italie, les Américains, au cours d'accords secrets avec la mafia et les démocrates chrétiens, avaient décidé qu'il ne pourrait y avoir d'élections tant que l'on n'était pas sûr de pouvoir endiguer les communistes. Aux Pays-Bas, au Danemark, en Norvège, au Luxembourg des pays qui, tous, avaient été occupés par les nazis , les communistes obtiennent entre 11 et 13% des voix.
Notes : 1 Karl-Eduard von Schnitzler, Der Rote Kanal (Le canal rouge), Hambourg, 1992, p.308 · 2 Staline, Oeuvres, Tome XVI, Paris, 1975, pp.60-61· 3 G. Déborine, La Deuxième Guerre mondiale, Moscou, p.349 ·4 De Morgen, 4 juin 1994 · 5 Hans Depraetere et Jenny Dierickx, De Koude Oorlog in België (La guerre froide en Belgique), EPO, 1985, p.37 · 6 Grégoire Madjarian, Conflits, pouvoirs et société à la Libération, 10/18, 1980, pp.184-186 · 7 www.parties-and-elections.de/
L'actualité
et l'importance de Staline
Ludo Martens, Bruxelles - 1994, Introduction du livre "Un autre regard sur Staline"
Le 20 août 1991, l’écho du coup d’Etat farfelu de Yannaiev a résonné à travers le monde comme le prélude dissonant à la liquidation des derniers vestiges du communisme en Union soviétique. Les statues de Lénine ont été renversées et ses idées dénoncées. Cet événement a provoqué de nombreux débats au sein du mouvement communiste. Certains ont dit qu’il s’est produit de façon totalement inattendue.
En avril 1991, nous avons publié le livre L’URSS et la contre-révolution de velours [1] qui traite essentiellement de l’évolution politique et idéologique de l’URSS et de l’Europe de l’Est depuis 1956. Après le coup d’Etat professionnel d’Eltsine et sa proclamation vociférée du rétablissement capitaliste, nous n’avons rien à y changer. En effet, les dernières escarmouches confuses entre Yannaiev, Gorbatchev et Eltsine n’étaient que les convulsions d’un système moribond, des extériorisations de décisions prises lors du 28e Congrès de juillet 1990.
«Ce congrès, écrivions-nous à l’époque, affirme nettement la rupture avec le socialisme et le passage à l’économie capitaliste.» [2]
Une analyse marxiste des bouleversements précipités en URSS avait conduit, fin 1989 déjà, à la conclusion suivante :
«Gorbatchev prône l’évolution lente, progressive mais systématique vers la restauration capitaliste. Le dos au mur, il cherche de plus en plus des appuis, tant politiques qu’économiques, du côté du monde impérialiste. En échange, il laisse les Occidentaux faire pratiquement tout ce qu’ils veulent en Union soviétique.» [3]
Une année plus tard, fin 1990, nous pouvions conclure notre analyse en ces termes :
«Depuis 1985, vague après vague, la droite a attaqué et, à chaque nouvelle étape, Gorbatchev a été entraîné plus loin vers la droite. Devant une agressivité redoublée des nationalistes et des fascistes, épaulés par Eltsine, il n’est pas impossible que Gorbatchev choisisse à nouveau la reculade. Ce qui provoquera sans doute l’effritement du Parti communiste, comme de l’Union soviétique.» [4]
«La balkanisation de l’Afrique et du monde arabe a assuré les conditions optimales pour la domination impérialiste. Les esprits les plus imaginatifs de l’Occident commencent à rêver, au-delà de la restauration du capitalisme en URSS, à son assujettissement économique et politique.» [5]
C’est à dessein que nous rappelons ces conclusions auxquelles beaucoup de marxistes-léninistes étaient arrivés en 1989 et en 1990. En effet, le dynamitage des statues de Lénine s’est accompagné d’une explosion de propagande clamant l’échec du marxisme-léninisme. Pourtant, il a été prouvé que l’analyse marxiste est au fond la seule valable, la seule qui a permis de découv-rir les forces sociales réelles à l’œuvre derrière les mots d’ordre démagogiques «démocratie et liberté», «glasnost et perestroïka».
En 1956, lors de la contre-révolution sanglante en Hongrie, les statues de Staline furent détruites ; trente-cinq ans plus tard, les statues de Lénine ont été réduites en poussière. Les déboulonnages des statues de Staline et de Lénine marquent les deux points de rupture avec le marxisme. En 1956, Khrouchtchev s’attaqua à l’œuvre de Staline pour changer la ligne fondamentale de la direction du Parti communiste. La dégénérescence progressive du système politique et économique qui s’ensuivit a conduit à la rupture définitive avec le socialisme, rupture consommée en 1990 par Gorbatchev.
Bien sûr, les médias nous entretiennent chaque jour de l’échec définitif du communisme dans le monde. Mais nous devons souligner que, si échec en Union soviétique il y a, c’est bien l’échec du révisionnisme, introduit en Union soviétique par Khrouchtchev, il y a 35 ans. Ce révisionnisme a abouti à l’effondrement du système politique, à la capitulation devant l’impérialisme, à la catastrophe économique. L’éruption actuelle du capitalisme sauvage et du fascisme en URSS montre bien à quoi mène finalement le rejet des principes révolutionnaires du marxisme-léninisme.
Pendant trente-cinq ans, les révisionnistes ont peiné pour démolir Staline. Une fois Staline démoli, Lénine a été liquidé en un tour de main. Khrouchtchev s’est acharné contre Staline. Gorbatchev l’a relayé en menant, au cours des cinq années de sa glasnost, une véritable croisade contre le stalinisme. Avez-vous noté que le démontage des statues de Lénine n’a pas été précédé d’une campagne politique contre son œuvre ? La campagne contre Staline y avait suffi. Une fois toutes les idées politiques de Staline attaquées, dénigrées, démolies, on fit simplement le constat qu’on en avait fini, par la même occasion, avec les idées de Lénine.
Khrouchtchev a commencé son œuvre destructrice en affirmant qu’il critiquait les erreurs de Staline dans le but de «rétablir le léninisme dans sa pureté originelle» et d’améliorer le système communiste. Gorbatchev fit les mêmes promesses démagogiques pour désorienter les forces de gauche. Aujourd’hui, on doit se rendre à l’évidence : sous le prétexte de «retourner à Lénine», on a fait rentrer le tsar ; sous prétexte d’«améliorer le communisme», on a ressuscité le capitalisme sauvage.
La plupart des hommes de gauche ont lu quelques ouvrages consacrés aux activités de la CIA et des services secrets occidentaux. Ils ont tous appris que la guerre psychologique et politique est une branche à part et extrêmement importante de la guerre totale moderne. La calomnie, l’intoxication, la provocation, l’exploitation de divergences, l’exacerbation des contradictions, la diabolisation de l’adversaire, la perpétration de crimes mis sur le dos de l’adversaire sont des tactiques habituelles auxquelles recourent les services secrets occidentaux.
Or, depuis 1945, l’impérialisme «démocratique» a investi des moyens colossaux dans les guerres anticommunistes, guerres militaires, guerres clandestines, guerres politiques et guerres psychologiques. N’est-il pas évident que la campagne anti-Staline a été au centre de tous les combats idéologiques menés contre le socialisme ? Les porte-parole officiels de la machine de guerre américaine, Kissinger et Brzezinski, ont fait l’éloge des ouvrages de Soljenitsyne et de Conquest, qui sont aussi, par hasard, deux auteurs en vogue parmi les sociaux-démocrates, les trotskistes et les anarchistes. Au lieu de «découvrir la vérité sur Staline» chez ces spécialistes de l’anticommunisme, n’auraient-ils pas mieux fait d’y découvrir les ficelles de la guerre psychologique et politique menée par la CIA ?
Ce n’est vraiment pas un hasard si l’on retrouve de nos jours, dans presque toutes les publications bourgeoises et petites-bourgeoises «en vogue», les calomnies et les mensonges à propos de Staline qu’on pouvait lire dans la presse nazie pendant la guerre. C’est un signe que la lutte des classes au niveau mondial devient de plus en plus âpre et que la grande bourgeoisie mobilise toutes ses forces pour la défense tous azimuts de sa «démocratie».
Lors de quelques conférences que nous avons données sur la période de Staline, nous avons lu un long texte antistalinien et demandé aux personnes présentes ce qu’elles en pensaient. Presque toujours, les intervenants soulignaient que le texte, quoique violemment anti-communiste, montrait clairement l’enthousiasme des jeunes et des pauvres pour le bolchevisme ainsi que les réalisations techniques de l’URSS et qu’il était, somme toute, assez nuancé. Ensuite, nous révélions à l’auditoire que le texte qu’il venait de commenter était un texte nazi, publié dans Signal n° 24 de 1943, en pleine guerre...
Les campagnes antistaliniennes menées par les «démocraties» occidentales en 1989-1991 étaient parfois plus violentes et calomnieuses que celles menées au cours des années trente par les nazis. De nos jours, il n’y a plus les grandes réalisations communistes des années trente pour faire contrepoids aux calomnies. Il n’y a plus de forces politiques significatives pour prendre la défense de l’expérience soviétique sous Staline.
Lorsque la bourgeoisie clame l’échec définitif du communisme, elle utilise la faillite lamentable du révisionnisme pour réaffirmer sa haine de l’œuvre grandiose réalisée par Lénine et Staline. Mais ce faisant, elle pense plus à l’avenir qu’au passé. La bourgeoisie veut faire croire que le marxisme-léninisme est définitivement enterré, parce qu’elle se rend parfaitement compte de l’actualité et de la vitalité de l’analyse communiste.
La bourgeoisie dispose d’une pléthore de cadres capables de faire des évaluations scientifiques de l’évolution du monde. Aussi envisage-t-elle des crises majeures, des bouleversements d’ampleur planétaire et des guerres en tout genre. Après le rétablissement du capitalisme en Europe de l’Est et en Union soviétique, toutes les contradictions du système impérialiste mondial se trouvent exacerbées.
Face aux gouffres du chômage, de la misère, de l’exploitation et de la guerre qui s’ouvrent devant les masses travailleuses du monde entier, seul le marxisme-léninisme pourra montrer la voie du salut. Seul le marxisme-léninisme peut apporter aux masses travailleuses du monde capitaliste et aux peuples opprimés du tiers monde les armes de leur libération. Tout le tapage sur la fin du communisme vise ainsi à désarmer, en vue des grandes luttes futures, les masses opprimées du monde entier.
La défense de l’œuvre
de Staline, qui est pour l’essentiel la défense du marxisme-léninisme, est
une tâche actuelle et pressante pour faire face à la réalité de la lutte des
classes sous le Nouvel Ordre mondial. L’œuvre de Staline est d’une
actualité brûlante dans les anciens pays socialistes comme dans les pays qui
maintiennent leur orientation socialiste, dans les pays du tiers monde comme
dans les pays impérialistes.
Staline est au centre de l’actualité dans les anciens pays socialistes
Après la restauration capitaliste en URSS, l’œuvre de Staline a pris une grande importance pour comprendre les mécanismes de la lutte des classes sous le socialisme.
Il existe un lien entre la restauration du capitalisme à laquelle nous avons assisté et la virulente campagne contre Staline qui l’a précédée. Les éclatements de haine contre un homme qui est décédé en 1953 peuvent, de prime abord, sembler étranges sinon incompréhensibles.
Pendant les vingt années qui ont précédé l’arrivée de Gorbatchev, Brejnev a incarné la bureaucratie, la stagnation, la corruption et le militarisme. Mais ni en Union soviétique ni dans le monde «libre», on n’a assisté à cette critique violente, acharnée, rageuse contre Brejnev, qui a caractérisé la croisade anti-Staline.
Il est évident qu’au cours des dernières années, tous les fanatiques du capitalisme et de l’impérialisme, pour en finir avec ce qui restait du socialisme en URSS, ont pris Staline pour cible. La dérive désastreuse entamée par Khrouchtchev montre, par opposition, la pertinence de la plupart des idées énoncées par Staline.
Staline affirmait que la lutte des classes continue sous le socialisme, que les anciennes forces féodales et bourgeoises n’ont pas cessé le combat pour la restauration et que les opportunistes au sein du parti, les trotskistes, les boukhariniens et les nationalistes bourgeois aident les classes et couches antisocialistes à regrouper leurs forces. Khrouchtchev a déclaré que ces thèses étaient aberrantes et conduisaient à l’arbitraire. Mais en 1992, la figure massue du tsar Boris se dresse comme un monument témoignant de la justesse de l’analyse de Staline.
Les adversaires de la dictature du prolétariat n’ont cessé d’affirmer que Staline incarnait, non pas la dictature des travailleurs, mais sa propre dictature autocratique. Le mot Goulag devint synonyme de «dictature stalinienne». Or, ceux qui étaient dans le Goulag du temps de Staline font maintenant partie de la nouvelle bourgeoisie au pouvoir. Démolir Staline, c’était faire renaître la démocratie socialiste.
Mais Staline enterré, Hitler a ressurgi de sa tombe. Et on réhabilite en Russie, en Ukraine, en Roumanie et en Slovaquie tous les héros noirs, les Vlassov, les Bandera, les Antonescu, les Tiso et autres collaborateurs nazis. La chute du mur de Berlin marque la montée du néo-nazisme en Allemagne. Aujourd’hui, confronté au déchaînement du capitalisme et du fascisme à l’Est, on comprend mieux que Staline a effectivement défendu le pouvoir ouvrier.
Staline est au centre du débat politique dans les pays qui maintiennent le socialisme
Les médias ne manquent pas de nous rappeler régulièrement qu’il existe encore, malheureusement, un dernier carré de staliniens sur la planète.
Fidel Castro se
maintient dans sa petite île comme un dinosaure stalinien.
Kim Il Sung surpasse Staline dans le domaine du culte de la personnalité.
Les bourreaux chinois de la place Tien An Men sont les dignes héritiers
de Staline.
Quelques dogmatiques Vietnamiens affichent toujours les photos de Hô Chi
Minh et de Staline.
Bref, les quatre pays qui maintiennent, d’une façon ou d’une autre, la voie
socialiste sont excommuniés du monde «civilisé» au nom de Staline. Ce tapage
incessant vise aussi à susciter et à renforcer des courants «antistaliniens»,
c’est-à-dire bourgeois et petits-bourgeois dans ces pays.
L’œuvre de Staline gagne en actualité dans le tiers monde
De nos jours, dans le tiers monde toutes les forces qui s’opposent à la barbarie impérialiste sont traquées et pourfendues au nom de la lutte contre le «stalinisme».
Ainsi, le Parti communiste des Philippines vient d’être, «saisi du démon stalinien des purges» d’après les termes du journal Le Monde. [6]
Selon un tract du groupe Meisone, les «staliniens» du Front populaire de libération du Tigré ont pris le pouvoir à Addis-Abeba.
Au Pérou aussi, on entend encore les thèses mao-staliniennes, «cette langue de bois d’un autre âge», dixit monsieur Marcel Niedergang dans Le Monde.
Il nous fut même donné de lire que le Baath syrien dirige «une société fermée, presque stalinienne» ! [7]
En pleine guerre du Golfe, un journal nous rapportait les informations d’une feuille soviétique qui, en comparant des photos de Staline et de Saddam Hussein, croyait savoir que Saddam était un fils illégitime du grand Géorgien.
Et les énergumènes qui ont chassé le brave père Aristide de Haïti, affirment tout à fait sérieusement que ce dernier avait installé «une dictature totalitaire» !
L’œuvre de Staline est d’une brûlante actualité pour tous les peuples qui se sont engagés dans le combat pour leur affranchissement de la domination impérialiste. Staline représente, tout comme Lénine, la fermeté dans les luttes des classes les plus acharnées, les plus impitoyables. Staline a montré que, dans les situations les plus difficiles, seule une attitude ferme et inflexible envers l’ennemi de classe permet de résoudre les problèmes fondamentaux des masses travailleuses. L’attitude conciliante, opportuniste, défaitiste et capitularde conduit nécessairement à la catastrophe et à la revanche sanguinaire des forces réactionnaires.
Aujourd’hui, les masses travailleuses du tiers monde se trouvent dans une situation des plus difficiles, apparemment sans issue, qui ressemble aux conditions de l’Union soviétique en 1920-1933.
Au Mozambique, les forces les plus rétrogrades de la société ont été utilisées par la CIA et par les services sud-africains pour massacrer 900 000 Mozambicains.
Les fondamentalistes hindous, protégés depuis longtemps par le Congrès et soutenus par une partie de la grande bourgeoisie indienne, plongent l’Inde dans la terreur.
En Colombie, la collusion-rivalité entre l’armée et la police réactionnaires, la CIA et les trafiquants de drogue, provoque des bains de sang parmi les masses populaires. En Irak, où une agression criminelle a fait 200 000 morts, l’embargo imposé par nos grands défenseurs des droits de l’homme continue à tuer à petit feu des dizaines de milliers d’enfants.
Dans toutes ces situations extrêmes, l’exemple de Staline montre comment mobiliser les masses pour un combat impitoyable et victorieux contre des ennemis prêts à tout. Mais un certain nombre de partis révolutionnaires du tiers monde, engagés dans des combats acharnés avec l’impérialisme, ont progressivement dévié vers le défaitisme et la capitulation et ce processus de dégénérescence a presque toujours débuté par des attaques contre l’œuvre de Staline. L’évolution récente des partis qui constituent le FMNL au Salvador est exemplaire à ce propos.
Au sein du Parti communiste des Philippines s’est développée, depuis au moins 1985, une tendance opportuniste qui voulait mettre fin à la guerre populaire et entrer dans un processus de «réconciliation nationale». Partisans de Gorbatchev, les défenseurs de cette ligne s’attaquaient avec acharnement à Staline.
Ce même opportunisme s’est exprimé sous une forme de «gauche» : voulant rapidement arriver au pouvoir, certains ont proposé une ligne militariste et une politique d’insurrection urbaine. Des responsables de cette tendance ont organisé une épuration du Parti à Mindanao, pour mettre fin à des infiltrations policières : ils ont exécuté plusieurs centaines de personnes dans des conditions contraires à toutes les règles du Parti.
Mais quand le Comité central a décidé de mener une campagne de rectification, tous ces opportunistes se sont unis contre «la purge stalinienne» ! José Maria Sison écrit :
«Ceux qui s’opposent le plus âprement au mouvement de rectification, sont ceux qui portaient la plus grande responsabilité pour la tendance militariste, pour la réduction importante de notre base de masse, pour la chasse aux sorcières qui a pris des proportions monstrueuses et pour la dégénérescence vers le gangstérisme. Ils étaient engagés depuis longtemps dans des campagnes de calomnies et d’intrigues. Ces renégats se sont en fait joints aux agents secrets et aux spécialistes de la guerre psychologique du régime U.S.-Ramos dans une tentative pour empêcher le Parti communiste des Philippines de se renforcer idéologiquement, politiquement et organisationnellement.» [8]
Le journal Democratic Palestine du Front populaire pour la libération de la Palestine a ouvert une discussion sur Staline.
«Les aspects négatifs de l’époque de Staline qui ont été mis en avant comprennent : la collectivisation forcée; la répression de l’expression libre et de la démocratie dans le parti et la société ; l’ultracentralisme dans la prise des décisions dans le parti, dans l’Etat soviétique et dans le mouvement communiste international.» [9]
Toutes ces prétendues «critiques» de Staline ne sont rien d’autre que la reprise, telles quelles, des vieilles attaques anticommunistes de la social-démocratie. Prendre ce chemin et le suivre jusqu’au bout signifie, à terme, la mort du FDLP en tant qu’organisation révolutionnaire. Le parcours de tous ceux qui ont pris cette route dans le passé ne laisse aucun doute à ce propos.
L’évolution récente
du Front sandiniste de libération nationale est instructive à ce sujet. Dans
son interview avec Fidel Castro, Thomas Borge s’en prend dans des
termes très vifs au «stalinisme» : c’est sous ce camouflage que s’est
accomplie la transformation du FSLN en formation sociale-démocrate bourgeoise.
L’œuvre de Staline prend aussi une nouvelle signification dans la
situation créée en Europe depuis la restauration capitaliste à l’Est
La guerre civile en Yougoslavie montre dans quels carnages l’ensemble du continent européen pourrait à nouveau sombrer si les rivalités croissantes entre puissances impérialistes devaient provoquer une nouvelle grande guerre. Une telle éventualité ne peut plus être exclue.
La carte mondiale d’aujourd’hui montre certaines ressemblances avec la situation entre 1900 et 1914, lorsque des puissances impérialistes rivalisaient pour la domination économique mondiale. Aujourd’hui, les rapports entre les six grands centres capitalistes, les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, le Japon, l’Allemagne, la Russie et la France, sont devenus très instables.
Nous sommes entrés dans une période où des alliances se nouent et se dénouent et où les batailles dans le domaine économique et commercial se mènent avec une vigueur croissante. La formation de nouveaux blocs impérialistes prêts à s’affronter par les armes entre dans le domaine des possibilités.
Une guerre entre
grandes puissances impérialistes ferait de toute l’Europe une gigantesque
Yougoslavie. En face d’une telle éventualité, l’œuvre de Staline mérite
une nouvelle étude.
Dans les partis communistes de par le monde, la lutte idéologique autour de
la question de Staline présente de nombreuses caractéristiques communes
Dans tous les pays capitalistes, la pression économique, politique et idéologique exercée par la bourgeoisie sur les communistes est extrêmement forte. Elle est une source permanente de dégénérescence, de trahison, de glissement lent vers l’autre camp. Mais toute trahison nécessite une justification idéologique aux yeux de celui-là même qui la commet.
En général, un révolutionnaire qui s’est engagé sur la pente glissante de l’opportunisme «découvre la vérité sur le stalinisme». Il reprend, telle quelle, la version bourgeoise de l’histoire du mouvement révolutionnaire sous Staline. En fait, les renégats ne font aucune découverte, ils copient simplement la bourgeoisie.
Pourquoi tant de renégats ont-ils «découvert la vérité sur Staline» (pour améliorer le mouvement communiste, bien sûr), mais pourquoi aucun parmi eux n’a-t-il «découvert la vérité sur Churchill» ? Une découverte qui serait autrement plus importante pour «améliorer» le combat anti-impérialiste! Ayant à son actif un demi-siècle de crimes au service de l’Empire britannique (guerre en Afrique du Sud, terreur aux Indes, Première Guerre mondiale inter-impérialiste suivie de l’intervention militaire contre la République soviétique, guerre contre l’Irak, terreur au Kenya, déclenchement de la guerre froide, agression contre la Grèce antifasciste, etc.), Churchill est sans doute le seul politicien bourgeois de ce siècle à avoir égalé Hitler.
Tout écrit politique et historique est marqué par la position de classe de son auteur. Des années vingt jusqu’en 1953, la majorité des publications occidentales sur l’Union soviétique servaient le combat de la bourgeoisie et de la petite-bourgeoisie contre le socialisme soviétique.
Les écrits des membres des partis communistes et des intellectuels de gauche défendant l’expérience soviétique constituaient un faible contre-courant de défense de la vérité sur l’expérience soviétique. Or, à partir de 1956, Khrouchtchev et le Parti communiste de l’Union soviétique ont repris pour leur compte, morceau par morceau, toute l’historiographie bourgeoise sur la période Staline.
Depuis lors, tous les révolutionnaires du monde occidental subissent une pression idéologique incessante concernant les périodes cruciales de l’essor du mouvement communiste, surtout la période de Staline.
Si Lénine a dirigé la révolution d’Octobre et a tracé les grandes orientations pour la construction du socialisme, c’est Staline qui a réalisé l’édification socialiste pendant une période de trente ans.
Toute la haine de la bourgeoisie s’est concentrée sur le travail titanesque accompli sous la direction de Staline. Un communiste qui n’adopte pas une position de classe ferme vis-à-vis de l’information orientée, unilatérale, tronquée ou mensongère que répand la bourgeoisie, se perdra irrémédiablement.
Pour aucun autre sujet de l’histoire récente, la bourgeoisie n’a un tel intérêt à noircir et dénigrer ses adversaires. Tout communiste doit adopter une attitude de méfiance systématique envers toutes les «informations» que lui livre la bourgeoisie (et les khrouchtchéviens) sur la période Staline. Et il doit tout mettre en œuvre pour découvrir les rares sources d’informations alternatives qui défendent l’œuvre révolutionnaire de Staline.
Or, les opportunistes dans les différents partis n’osent pas contrecarrer de front l’offensive idéologique anti-Staline dont le but anticommuniste est pourtant évident. Les opportunistes plient sous la pression, ils disent «oui à la critique de Staline», mais prétendent critiquer Staline «par la gauche».
Aujourd’hui, nous pouvons faire le bilan de soixante-dix années de «critiques de gauche» formulées contre l’expérience du Parti bolchevik sous Staline.
Nous disposons de centaines d’ouvrages écrits par des sociaux-démocrates et des trotskistes, par des boukhariniens et des intellectuels de gauche «indépendants». Leurs points de vue ont été repris et développés par les khrouchtchéviens et les titistes. Nous pouvons mieux comprendre aujourd’hui le véritable sens de classe de cette littérature. Toutes ces critiques ont-elles abouti à des pratiques révolutionnaires plus conséquentes que celle incarnée dans l’œuvre de Staline ? Les théories sont jugées, en fin de compte, par la pratique sociale qu’elles suscitent.
La pratique révolutionnaire du mouvement communiste mondial sous Staline a bouleversé le monde entier et a imprimé une nouvelle orientation à l’histoire de l’humanité.
Au cours des années 1985-1990, nous avons pu voir que toutes les prétendues «critiques de gauche» contre Staline, tel d’innombrables ruisseaux, se sont jetées dans le grand fleuve de l’anticommunisme.
Sociaux-démocrates, trotskistes, anarchistes, boukhariniens, titistes, khrouchtchéviens, écologistes se sont tous retrouvés dans le mouvement «pour la liberté, la démocratie et les droits de l’homme» qui a liquidé ce qui restait du socialisme en URSS.
Toutes ces «critiques de gauche» de Staline ont pu aller jusqu’aux conséquences finales de leur option politique et toutes ont contribué à la restauration d’un capitalisme sauvage, à l’instauration d’une dictature bourgeoise impitoyable, à la destruction des acquis sociaux, politiques et culturels des masses travailleuses et, dans de nombreux cas, à l’émergence du fascisme et des guerres civiles réactionnaires.
Parmi les communistes qui, en 1956, ont résisté au révisionnisme et ont pris la défense de Staline, les campagnes antistaliniennes se sont fait sentir d’une manière particulière.
En 1956, le Parti communiste chinois a eu le courage de défendre l’œuvre de Staline. Son document A nouveau à propos de l’expérience de la dictature du prolétariat a apporté une aide considérable aux marxistes-léninistes du monde entier. Sur la base de leur propre expérience, les communistes chinois ont aussi émis des critiques sur certains aspects de l’œuvre de Staline. Ceci est tout à fait normal dans une discussion entre communistes.
Cependant, avec le recul du temps, il apparaît que beaucoup de leurs critiques ont été formulées sous des formes trop générales. Ceci a influencé négativement beaucoup de communistes qui ont accordé de la crédibilité à toutes sortes de critiques opportunistes.
Ainsi, par exemple, les camarades chinois ont dit que, parfois, Staline ne distinguait pas nettement les deux types de contradictions, celles au sein du peuple, qui peuvent être surmontées par l’éducation et la lutte, et celles entre le peuple et l’ennemi, qui nécessitent des formes de lutte adéquates. De cette critique générale, certains ont conclu que Staline n’a pas bien traité les contradictions avec Boukharine, et ils ont fini par embrasser la ligne politique sociale-démocrate de Boukharine.
Les camarades chinois ont affirmé aussi que Staline s’ingérait parfois dans les affaires des autres partis et qu’il niait leur indépendance. De cette critique générale, certains ont conclu que Staline avait eu tort de condamner la politique de Tito et ils ont fini par accepter le titisme comme la «forme spécifiquement yougoslave du marxisme-léninisme». Les événements récents en Yougoslavie font mieux comprendre comment Tito, depuis sa rupture avec le Parti bolchevik, a suivi une politique nationaliste-bourgeoise et est tombé sous la coupe américaine.
Les tâtonnements et les errements idéologiques relatifs à la question de Staline, que nous venons d’évoquer, se sont produits dans presque tous les partis marxistes-léninistes. Nous pouvons en tirer une conclusion de portée générale.
Dans notre jugement de tous les épisodes de la période 1923-1953, il faut s’efforcer de connaître dans leur intégralité la ligne et la politique défendues par le Parti bolchevik et par Staline.
On ne peut souscrire à aucune critique de l’œuvre de Staline sans avoir vérifié les données primaires de la question débattue et sans avoir pris connaissance de la version donnée par la direction bolchevique.
Notes : [1]. Ludo Martens, L’URSS et la contre-révolution de velours, EPO, Bruxelles et Anvers, 1991. [2]. Ibidem, p.215. [3]. Ibidem, p.186. [4]. Ibidem, p.253. [5]. Ibidem, p.245. [6]. Patrice de Beer, Le Monde, 7/8/1991 : La lente érosion. [7]. International Herald Tribune, 5/11/1991, p.1. [8]. Statement, 8/12/1992. [9]. Democratic Palestine, juillet-septembre 1992, p.31.
"Staline a été la plus grande personnalité du XXème siècle, le plus grand génie politique"
Discours de Ludo Martens, président du Parti du Travail de Belgique, 05-03-2003
C'est ainsi que parla, en 1993, le vieux dissident soviétique Alexandre Zinoviev : "J'ai été un anti-stalinien convaincu dès l'âge de 17 ans. Nous sommes passés à la préparation d'un attentat contre Staline. S'ils m'avaient condamné à mort en 1939, cette décision aurait été juste. Maintenant que je peux survoler ce siècle, je dis : Staline a été la plus grande personnalité de notre siècle, le plus grand génie politique".
En 1994, j'ai fait une conférence sur Staline à Paris. Un communiste algérien est intervenu pour évoquer le jour du 5 mars 1953. Il dit : "Le matin, je sortais à la main de mon père. Je voyais tous les Algériens abattus et les Français jubilaient. Je demandais à mon père ce qui se passait. Il me dit d'un ton grave : "Staline est mort..." Je demandais qui était Staline. Mon père me dit : "C'était le plus grand homme de notre temps. Il dirigeait l'Union soviétique, le plus grand pays révolutionnaire. Staline était le fils d'un cordonnier". Et moi je pensais : fils de cordonnier, quelqu'un comme moi... Pour les patriotes algériens, à qui le colonialisme français infligera un million de morts lors de la guerre de libération, Staline représentait le combat contre le colonialisme et l'impérialisme.
Aujourd'hui, au cinquantième anniversaire de sa mort, les révolutionnaires commémorent Staline comme un des plus grands révolutionnaires que l'histoire a connu jusqu'à présent. C'est Staline qui a réalisé les transformations politiques et économiques formidables de l'Union soviétique, ce grand pays stratégique, transformations qui ont marqué un grand tournant dans l'histoire de l'humanité. C'est Staline qui a dirigé la plus grande guerre révolutionnaire que le monde a connu, la guerre de défense patriotique, antifasciste de l’Union Soviétique. C'est Staline qui a impulsé les luttes de libération dans l'ensemble du monde colonisé et dominé et particulièrement en Asie, et notamment en Chine et en Inde.
Aujourd'hui, nous commémorons Staline parce que son oeuvre reste d'une importance cruciale pour l'avenir de l'humanité. Le nom de Staline symbolise les quatre grandes luttes révolutionnaires qui décideront du sort de l'humanité au cours de ce XXIe siècle : le combat pour le développement économique, le combat pour l'indépendance, le combat pour la paix et le combat pour le socialisme.
Staline et le combat pour l'indépendance contre l'impérialisme
L'expérience de Lénine et de Staline montre que le combat pour l'indépendance nationale et la lutte pour le socialisme sont inséparable. Elle montre aussi que l'opportunisme est une force de réserve de l'impérialisme et du capitalisme.
La grande Révolution socialiste a triomphé le 25 octobre 1917.
Or, le lendemain, le Parti menchevik proclamait sa détermination de renverser les bolcheviks accusés d'instaurer "l'esclavagisme". Et la social-démocratie russe décida de "libérer la Russie de la tyrannie bolchevique" en faisant appel à des armées impérialistes ! Churchill a joué un rôle clé dans l'intervention des troupes anglaises, françaises, japonaises, italiennes et américaines contre la jeune Union soviétique.
Staline a été le principal dirigeant bolchevik envoyé par Lénine sur les fronts décisifs pour y diriger la guerre populaire contre les armées interventionnistes. Sortant d'une longue clandestinité, les bolcheviques n'étaient pas encore très nombreux. Les puissances impérialistes estimaient que l’Union Soviétique ne pouvait tenir contre huit armées étrangères soutenues par les restes de l'armée tsariste, par les propriétaires fonciers et les capitalistes et par les partis sociaux-démocrates. Mais Lénine et Staline ont organisé une véritable guerre des masses populaires qui ont vaincu tous les agresseurs et tous leurs alliés russes.
Les combats politique et militaire dirigé par Lénine et Staline pour garantir l'indépendance de l’Union soviétique prennent une signification particulière dans les conditions actuelles de la mondialisation impérialiste. Aujourd'hui, le problème majeur qui se pose à l'écrasante majorité de l'humanité, est celui de la réalisation d'une indépendance politique et économique réelle. C'est le problème de la lutte de libération nationale contre la recolonisation politique, économique, militaire et culturelle à laquelle nous assistons aujourd'hui, une recolonisation qui est plus sanglante et féroce que la colonisation du 19e siècle.
Ces six dernières années, j'ai pu vivre cette réalité de près au Congo, un des pays potentiellement les plus riches au monde mais qui, privé de son indépendance pendant 37 années de dictature néocoloniale, victime aujourd'hui d'une guerre d'agression instiguée par les Etats-Unis, vivote dans une misère effrayante.
L'impérialisme anglo-américain prévoit «une nouvelle bataille pour l’Afrique à cause de l’épuisement des ressources dans le monde industrialisé». Les Etats-Unis ont déclaré que «le Congo revêt une importance essentielle pour les intérêts des Etats-Unis en Afrique. ... parce qu'il possède 13 % des réserves hydroélectriques du monde, 28 % des réserves de cobalt, 18 % des réserves de diamant industriel » C'est presque ouvertement que l'impérialisme anglo-américain réclame son droit à la "recolonisation" du Congo et de l'Afrique et son refus catégorique de toute forme d'indépendance réelle. Comment les richesses du Congo peuvent-elles "revêtir une importance capitale pour les intérêts américains", sauf si les Américains ont pris la décision de mettre la main sur le Congo, quel qu'en soit le prix ? La guerre d'agression américano-rwando-ougandaise a aujourd'hui fait 4 000 000 de morts au Congo. Qui en parle ? Mais à l'occasion du 50e anniversaire de la mort du camarade Staline, toute la presse bourgeoise reprend les calomnies sur Staline-le-sanguinaire qui ont été lancées jadis par les nazis.
Staline et le combat pour le développement socialiste
L'indépendance était la pré-condition du développement accéléré de l'Union soviétique.
L'indépendance a permis de concentrer tous les grands moyens de production aux mains de l'Etat socialiste et de les utiliser de façon planifiée pour résoudre dans un temps records les problèmes essentiels du développement industriel, agricole, culturel et militaire. C'est en 1928 que Staline a lancé le premier Plan quinquennal pour un développement économique vertigineux. Le 4 février 1931, Staline dit : "Nous retardons 50 à 100 ans sur les pays avancés. Nous devons parcourir cette distance en dix ans. Ou nous le ferons, ou nous serons broyés". Staline a réussi son pari qu'aucun bourgeois pensait réalisable.
Il a utilisé deux armes magiques : l'organisation de l'avant-garde des ouvriers, paysans et travailleur dans le Parti bolchevique, d'abord et la conscientisation et la mobilisation des masses pour l'édification économique, ensuite.
Un étranger qui avait vécu 37 années dans la Russie tsariste a fait ce témoignage : "Les bolcheviques ont mobilisé plus de 150 millions d'êtres humains apathiques, morts vivants et leur ont insufflé un esprit nouveau. L'ardeur révolutionnaire fait fondre des obstacles colossaux. Jamais on n'a été témoin d'une chose pareille".
Ayant grandi à la campagne, le dissident Alexandre Zinoviev a vécu les luttes très âpres pour la collectivisation et la modernisation de l'agriculture. Il a fait ce témoignage : "Lors de mes retours au village, je demandais à ma mère et aux autres kolkhoziens s'ils accepteraient de reprendre leurs anciennes exploitations individuelles. Tous me répondaient par un refus catégorique. Au cours de la collectivisation, la campagne avait connu une révolution culturelle sans précédent : on avait créé des écoles primaires, des écoles techniques formant des vétérinaires, agronomes, mécaniciens, conducteurs de tracteurs, une école secondaire. La structure de la population rurale se rapprocha de celle des villes. Cette transformation extrêmement rapide fournit au nouveau système un soutien colossal dans les larges masses populaires".
De 1928 à 1937, chaque année la production industrielle augmenta de 16,5 %. Lénine avait proposé en 1920 un plan général d'électrification de l'Union soviétique. Quinze années plus tard, Staline a réalisé le Plan à 230 %.
La collectivisation de l'agriculture a été un mouvement de masse d'une ampleur jamais égalée qui a permis aux paysans pauvres et moyens de prospérer par le travail collectif avec des machines et instruments modernes, tout en éliminant leur exploitation par les anciens paysans riches. Début 1929, l'Union soviétique possédait 19 000 tracteurs. Douze années plus tard, en, 1941, les kolkhozes et sovkhozes comptaient 684 000 tracteurs.
Une mobilisation populaire jamais vue dans l'histoire a permis à un pays arriéré et ruiné de rattraper en douze ans la puissance impérialiste la plus redoutable de l'Europe : l'Allemagne nazie. Dans le Tiers Monde d'aujourd'hui, soumis à la privatisation, aux diktats extérieurs, à la désindustrialisation, à la misère généralisée, quel pays du tiers monde n'envie pas les réalisations de Staline ?
Staline et le Parti révolutionnaire bolchevique
Le Parti bolchevik a été l'artisan de toutes les victoires. Il n'était constitué que de 30 000 militants endurcis à la fin de la période clandestine, au moment du triomphe de la révolution en 1917. En 1921, après la guerre de résistance contre 8 puissances extérieures, le Parti avait 600 000 membres. Staline a impulsé un travail d'organisation et d'éducation jamais vu et le Parti comptait 2 500 000 membres en 1932, l'année cruciale pour la réussite de l'industrialisation et de la collectivisation. C'est l'esprit de sacrifice, le dévouement au peuple, l'ardeur au travail de cette grande armée politique qui a galvanisé les travailleurs pour la guerre contre le sous-développement.
Si Lénine a formulé les principes du Parti révolutionnaire des temps modernes et a formé le noyau d'acier de ce parti, c'est Staline qui a transformé ce Parti en une grande armée politique, encadrant et galvanisant toutes les masses populaires.
Sans le rôle dirigeant et déterminant du Parti bolchevik, aucune des victoires historiques n'aurait pu être arrachée, que ce soit dans la lutte pour l'indépendance, dans le combat pour le développement ou dans la grande guerre antifasciste. Staline a dirigé la rédaction du manuel "L'Histoire du Parti Communiste de l'Union soviétique - bolchevique", livre capital qui continue aujourd'hui à former une nouvelle génération de révolutionnaires dans le monde entier.
Staline et le danger mortel de l'opportunisme et de l'infiltration
Les ennemis intérieurs et extérieurs du socialisme soviétique ont dès le début de la révolution compris le rôle déterminant du Parti et ils ont tout mis en oeuvre pour l'infiltrer et le détruire de l'intérieur.
Le jeune contre-révolutionnaire Boris Bajanov avait 19 ans lorsqu'il qu'en 1919 il décida d'infiltrer le Parti bolchevik. En 1923, il devint le secrétaire du camarade Staline et du Bureau politique ! Dans son autobiographie, il écrira : "Soldat de l'armée anti-bolchevique, je m'étais imposé la tache difficile et périlleuse de pénétrer au sein de l'état-major ennemi. J'avais atteint mon but."
Mais en plus, les habitudes de la vieille société dominée par l'exploitation étaient tenaces et elles ont graduellement influencé un certain nombre de responsables du nouveau régime socialiste.
Ainsi, les luttes entre différentes tendances politiques au sein du Parti ont toujours reflété la lutte entre différents intérêts de classe qui traversait l’Union soviétique. Et dès la victoire en 1917, des courants opportunistes au sein du Parti bolchevique se sont opposés à la politique de Léonine et de Staline.
En 1927, Trotski, Zinoviev et Kamenev ont été exclus à juste titre pour leurs activités hostiles. Mais Zinoviev et Kamenev furent peu de temps après rétablis comme membres. Au cours des années 1928-30, Trotski, Zinoviev, Kamenev et Boukharine se sont opposés avec acharnement à l'industrialisation accélérée et à la collectivisation. Et en 1931, Zinoviev et Kamenev furent une seconde fois exclus pour avoir soutenu publiquement un programme anti-bolchevique que Boukharine, toujours au Bureau politique, avait également appuyé.
En 1934, le Parti tient son 17e Congrès, le Congrès de la Victoire et de l'Unité. Les réalisations gigantesques, fruits de l'héroïsme au travail de dizaines de millions de travailleurs, ne pouvaient plus être niées. Staline croyait que les progrès phénoménaux réalisés par le Parti et les masses, amèneraient les opposants à revoir leurs conceptions erronées. De nombreux cadres exclus ont été rétablis dans leurs droits de membres, entre autres Piatakov, Radek, Smirnov, Préobajenski, puis Zinoviev et Kamenev, qui tous participent au 17e Congrès et y prononcent des discours.
Il faut dire que Staline n'a jamais été un sectaire, Staline savait pardonner aux cadres leurs erreurs du passé et leur donner une deuxième et une troisième chance.
Mais le 1 décembre 1934, Kirov, le numéro deux du Parti, est assassiné dans son propre bureau. On ne trouvera pas les coupables.

Tableau représentant Staline devant la dépouille du camarade Kirov assassiné par les comploteurs en 1934
Ce n'est qu'en 1936-37 que le Parti découvrira que le complot contre Kirov fut organisé par une organisation clandestine dont Zinoviev, Kamenev, Smirnov, Radek et d'autres cadres faisaient partie et qui était en liaison avec Trotski.
Trotski est le prototype du communiste qui a dégénéré jusqu'au point de devenir un anticommuniste forcené. Il écrivait en 1934 : "La victoire de Hitler a été provoquée par la politique criminelle de Staline." "Pour renverser Hitler, il faut d'abord en finir avec l'Internationale Communiste".
Sous des termes à peines voilés, Trotski encourageait l'Allemagne à attaquer l'Union soviétique. Il écrit en 1938 : "Berlin sait à quel degré de démoralisation la clique au pouvoir a entraîné l'armée et la population. Staline continue à saper la force morale et la résistance du pays. Les carriéristes staliniens trahiront le pays dans les moments difficiles". Au moment où les nazis préparaient déjà l'agression contre l'Union soviétique, Trotski appelait le peuple soviétique à faire une insurrection contre le Parti et contre Staline. Il déclara ceci : "Seule une insurrection du prolétariat soviétique contre l'infâme tyrannie des nouveaux parasites peut sauver ce qui existe encore des conquêtes d'Octobre". Le langage provocateur de Trotski servait directement les fascistes allemands.
Lors des enquêtes sur les réseaux clandestins d'opposants et d'ennemis infiltrés, les preuves furent établies de l'existence de groupes clandestins au sein de la hiérarchie militaire qui préparaient un coup d'état. Le maréchal Toukhatchevski et les généraux Osepyan, Kashirin et Alksnis furent parmi les dizaines de comploteurs militaires qui ont été fusillés.
Contrairement à des pays comme la France et la Belgique, qui ont vu une partie majeure de la bourgeoisie passer dans la collaboration, en Union soviétique la cinquième colonne a été pour l'essentiel éliminée.
Sur les purges effectuées par Staline, Churchill, qui était en Angleterre un partisan de la lutte contre l'expansionnisme hitlérien, a dit ceci : "Le gouvernement allemand était en contact avec d'importantes personnalités russes par le canal de l'ambassade soviétique à Prague. La conspiration visait à renverser Staline et introduire en Russie un nouveau régime pro-allemand. La Russie soviétique pratiqua une purge impitoyable mais sans doute utile qui épura les milieux politiques et économiques. L'armée soviétique fut purgée des éléments pro-allemands".
Toujours à propos des purges, le nazi Goebbels note dans son journal le 8 mai 1943 : "Le Führer explique le cas de Toukhatchevski et dit que nous étions absolument dans l'erreur lorsque nous croyions que Staline ruinerait l'Armée Rouge. C'est le contraire qui est vrai : Staline s'est débarrassé de tous les cercles oppositionnels de l'Armée rouge et il a ainsi réussi à ce qu'il n'y ait plus de cercles défaitistes dans cette armée."
Du social-démocrate Boukharine au révisionniste Gorbatchev
Si l'épuration des années 37-38 a créé les conditions d'une résistance générale et implacable face à l'agression nazie, elle a aussi donné des coups mortels aux courants opportunistes qui visaient à devenir majoritaire à la direction du Parti et qui prônaient le retour graduel au capitalisme.
Dans ce sens, le procès de Boukharine de 1938 revêt une importance historique : Boukharine a été le Gorbatchev de l'époque.
Boukharine était en 1938 le dirigeant du Parti le plus prestigieux et le plus haut placé à avoir comploté le renversement du régime communiste. L'ambassadeur des Etats-Unis, Joseph Davis, qui a suivi son procès, écrit : "Le sentiment général des diplomates qui ont assisté au procès est que la preuve a été établie de l'existence d'un complot extrêmement grave".
Devant les preuves accablantes, Boukharine eut un sursaut d'honneur communiste et passa aux aveux. Il dévoila tout le processus de dégénérescence politique qui l'avait amené, lui vieux bolchevique et l'ancien enfant chéri de Lénine, à trahir la révolution soviétique.
Ses aveux sont particulièrement révélateurs parce que cinquante années plus tard, le groupe contre-révolutionnaire de Gorbatchev prendra exactement la même voie, mais l'ira jusqu'au bout, jusqu'à la restauration du capitalisme dans ses formes les plus maffieuses.
Il est fort instructif de relire aujourd'hui le compte-rendu du « Procès du bloc anti-soviétique des boukharinistes et des trotskistes ».
Lors de ce procès, Boukharine, Trotski et leurs adeptes ont été accusés d’utiliser un langage pseudo-léniniste pour attaquer les fondements du régime socialiste, de présenter des plates-formes démagogiques qui servaient à rallier les anciens bourgeois et féodaux et toutes les forces qui voulaient le renversement du socialisme en URSS. « Derrière le clinquant de la phraséologie trotskiste et boukhariniste, elles préparaient la restauration du capitalisme ». C'est exactement ce qu'a fait Gorbatchev avec sa démagogie faussement "léniniste" !
Le compte-rendu du procès Boukharine continue en affirmant que les opposants étaient entrés en contact avec des puissances impérialistes, dont l’Allemagne nazi, pour faciliter leur prise de pouvoir. L’accusation dit que « les boukharinistes et les trotskistes sont un détachement avancé du fascisme international », « un bloc de traîtres ». « Ce procès nous rappelle que deux mondes se dressent face à face, tels deux ennemis mortels et irréconciliables, le monde du capitalisme et le monde du socialisme. La logique des antagonismes de classe pousse les restes des classes exploiteuses à l’intérieur de l’URSS ainsi que les classes exploiteuses au de-là de nos frontières à des attaques toujours plus acharnées contre l’état des travailleurs. » Cinquante années plus tard, les gorbatcheviens agiront exactement de la même manière comme des traîtres à la cause du socialisme et comme un détachement avancé de l'impérialisme américain et du fascisme international. Dans la Russie de Eltsine, l'organisation fasciste de Vlassov opérait au grand jour.
Le procès Boukharine souligna que des relations existaient entre les comploteurs et les services de renseignement occidentaux. L’acte d’accusation mentionnait aussi que les boukharinistes et trotskistes préparaient « la séparation de l’Ukraine, de la Biélorussie et le démembrement de l’Union soviétique ».
Aujourd’hui, nous nous rendons compte que Gorbatchev et Eltsine ont effectivement réalisé intégralement le programme pour lequel leurs prédécesseurs Boukharine et Trotski ont été condamnés à mort en 1938. Depuis lors des hauts fonctionnaires du temps de Gorbatchev se sont vantés qu’ils entretenaient des relations avec les services de renseignements américains depuis des dizaines d’années ! Ce n’est donc pas un détail que Gorbatchev a officiellement réhabilité aussi bien Trotski que Boukharine en 1990 ! Il est également très significatif qu’un chef trotskiste comme Mandel a pu déclarer en 1989 : « La Pérestroïka est une véritable nouvelle révolution. Le mouvement trotskiste défend la même thèse depuis 55 ans, on l’a qualifié pour cette raison de contre-révolutionnaire. Aujourd’hui, on comprend mieux où se trouvaient les véritables contre-révolutionnaires et où se trouvaient les véritables révolutionnaires. » Effectivement, Boukharine et Trotski ont été les Gorbatchev et Eltsine de 1935... mais ils ont été démasqués et exécutés. L'Union soviétique a pu continuer à édifier le socialisme et à préparer sa défense contre l'agression fasciste imminente...
L'histoire a montré que l'opportunisme et l'infiltration constituent un danger intérieur mortel pour toute révolution socialiste. Trotski, Zinoviev et Boukharine ont formé une chaîne d'opportunistes, ils se sont liés aux forces réactionnaires intérieures et aux fascistes à l'extérieur. Mais ils ont été écrasés par les travailleurs, paysans et intellectuels révolutionnaires mobilisés par Staline et le Parti. Epurée de la cinquième colonne, l'Union soviétique a pu vaincre les hordes barbares fascistes. Le peuple soviétique à mené des combats héroïques pour sa propre liberté mais aussi pour la liberté de tous les peuples écrasés par le fascisme ou opprimés par le colonialisme, et dans ces luttes historiques il a sacrifié 23 millions de combattants et de civils résistants. Jamais l'histoire n'a vu un combat aussi grandiose, aussi héroïque et aussi décisif pour l'évolution du monde et ce ne sont pas les minables mensonges et les intoxication grotesques que les médias bourgeois nous servent à l'occasion du cinquantième anniversaire de la mort du grand Staline qui changeront cette vérité écrit avec le sang des plus braves.
Staline et l'alliance antifasciste internationale
Si Staline a détruit la cinquième colonne des nazis opérant en Union soviétique, il a également prôné à partir de 1935 une alliance internationale des forces et des pays antifascistes.
En 1935, l'Union soviétique propose d'établir un système de sécurité collective en Europe, dirigé contre l'expansionnisme fasciste allemand et italien. Les grandes "démocraties", l'Angleterre et la France, refusent et elles suivent en 1936 une politique de "neutralité" lorsque les puissances fascistes interviennent en Espagne pour aider Franco à établir sa dictature fasciste. Puis Londres et Paris se rendent à Munich négocier avec les puissances fascistes et céder la région tchécoslovaque des Sudètes à Hitler. Au même moment, l'Allemagne hitlérienne et l'Angleterre signent une déclaration selon laquelle ils n'entreront plus jamais en guerre l'un contre l'autre. Les appels répétés de Staline à former une défense collective restent sans effet : l'Angleterre et la France permettent même à Hitler d'occuper en mars 1939 toute la Tchécoslovaquie. En fait, ils poussent Hitler à faire la guerre à l'Est.
De juin à août 1939, l'Union soviétique mène avec l'Angleterre et la France des négociations de la dernière chance pour faire une alliance antifasciste. Mais en juillet, Chamberlain tient des négociations secrètes avec Hitler à qui il garantit la liberté d'action à l'Est et au Sud Est de l'Europe, il promet également de rompre les négociations avec Staline. En août 39, Staline comprend que Londres et Paris ont décidé de laisser Hitler occuper la Pologne pour lui montrer ainsi que le chemin est libre vers l'Union soviétique.
Hitler est décidé de vaincre l'Union soviétique, la France et l'Angleterre, mais il ne veut pas d'une guerre sur deux fronts à la fois. Il veut la guerre soit contre l'Angleterre et la France seules, soit contre l'Union soviétique seul. Stratège, il préfère combattre et vaincre d'abord ses ennemis les plus faibles. Il sait que la guerre contre l'Union soviétique sera une guerre implacable, féroce, le combat décisif entre deux mondes radicalement opposés. Hitler sait qu'il a de nombreux adeptes et sympathisants en France et en Angleterre. Le 20 août, il propose un pacte de non-agression à l'Union soviétique. Staline, face à l'éventualité de devoir affronter seule la barbarie nazie, accepte immédiatement.
Les impérialistes français et anglais qui voulaient utiliser Hitler pour défaire l'Union soviétique, sont pris à leur propre piège. Hitler estime qu'il pourra vaincre la France, la Belgique et l'Angleterre pour se tourner ensuite, fort du potentiel militaire de toute l'Europe, contre Staline.
L'Union soviétique aura gagné 21 mois cruciaux pour renforcer de façon décisive sa défense. Ce fait sera décisif pour la constitution d'un front anti-fasciste mondial et pour la victoire sur l'axe Allemagne-Japon-Italie.
Le rôle déterminant de Staline dans la grande guerre antifasciste
Pendant toute la guerre, mais surtout au cours de la première année qui fut la plus difficile, le courage, la détermination et la compétence de Staline ont galvanisé toute la population soviétique. Dans les heures de désespoir, c'est Staline qui incarnait la confiance dans la victoire finale.
Le 25 octobre 1941, les armées nazies étaient devant les portes de Moscou. Mais Staline décida de défier les hitlériens et d'organiser le traditionnel défilé militaire sur la Place Rouge. Staline y prononça un discours historique qui fut diffusé dans tout le pays et qui faisait pleurer de joie des partisans endurcis en Ukraine : Staline a dit que nous vaincrons, oui ! nous vaincrons !
Au cours des semaines suivantes, les nazis pénétrèrent dans les faubourgs de Moscou, mais Staline resta à Moscou, garda son calme et continua à concentrer en secret plus de 700 000 soldats à proximité de Moscou. Après avoir consulté tous les commandants, Staline décida de la grande contre-offensive qui libéra Moscou. Les nazis y ont perdu 500.000 hommes. C'était un tournant dans la guerre.
La base de la victoire de l'Union soviétique contre les nazis, se trouve dans l'oeuvre titanesque que Staline a accompli entre 1928 et 1941. Cette oeuvre grandiose, les partisans du fascisme ancien et nouveau l'appellent à l'occasion du cinquantième anniversaire du vainqueur de l'hitlérisme: la terreur, l'aveuglement meurtrier, la folie d'annihilation... Comment ne pas voir que ces journalistes bourgeois, qui sont payés pour flatter les fascistes de notre époque, pensent pouvoir obtenir ainsi une meilleure rétribution et un plus grand prestige ?
Le maréchal Joukov, l'officier supérieur le plus brillant de la grande guerre anti-fasciste, a soutenu au moment décisif l'escroc Khrouchtchev, mais quelques années plus tard il a fait ce bilan de Staline pour démentir les mensonges de Khrouchtchev : "Une industrie développée, une agriculture collectivisée, l'instruction publique étendue à l'ensemble de la population, l'unité de la nation, la puissance de l'Etat socialiste, le niveau élevé de patriotisme du peuple, la direction qui, par le Parti, était prête à réaliser l'unité entre le front et les arrières, tout cet ensemble de facteurs fut la cause fondamentale de la grande victoire qui devait couronner notre lutte contre le fascisme. L'industrie soviétique à pu produire une quantité colossale d'armements : près de 490 000 canons et mortiers, plus de 102 000 chars et canons autopropulsés, plus de 137 000 avions de combats prouve que les fondements de l'économie, au point de vue militaire, étaient solides."
Le traître et contre-révolutionnaire Khrouchtchev a osé écrire que Staline ne comptait sur personne et ne demandait l'avis de personne. Or, Staline a abattu un travail colossal en dirigeant la plus grande guerre que l'histoire a connue, il a signé 10 000 ordres et directives en s'appuyant sur la sagesse collective, Staline a toujours maintenu un style démocratique, écoutant toutes les opinions contradictoires, concentrant toutes les opinions utiles et faisant des synthèses de toutes les opinions valables.
Vassilevski, depuis 1942, chef de l'état-major, a écrit que Staline, pour préparer une opération, fit toujours venir les responsables concernés pour recevoir les informations et conseils nécessaires et il leur soumettait l'ébauche préliminaire des décisions. Il écrit : "Staline s'appuyait toujours sur la raison collective."
Le général Chtémenko, sous-chef de l'état-major, réfuta également les calomnies de Khrouchtchev : "Staline ne décidait pas seul et n'aimait pas décider à lui seul des questions importantes de la guerre. Il comprenait parfaitement la nécessité du travail collectif dans ce domaine complexe, il reconnaissait les gens qui faisaient autorité dans tel ou tel domaine et tenait compte de leur opinion".
Joukov, le premier chef de l'état-major, témoigna : "Joseph Staline n'était pas du tout un homme devant lequel des problèmes difficiles ne pouvaient être évoqués, avec qui on ne pouvait pas discuter et même défendre énergiquement son opinion. Si certains affirment le contraire, je dis que leurs assertions sont fausses". "Staline avait une grande érudition et une mémoire étonnante, il possédait une énorme intelligence naturelle mais aussi des connaissances étonnamment vastes. Il écoutait attentivement, posait parfois des questions, donnait des répliques. La discussion terminée, il en formulait nettement les conclusions".
Même le diplomate américain Averell Harriman, parlant de Staline, évoqua, "sa grande intelligence, sa fantastique capacité d'entrer dans les détails, sa perspicacité et la sensibilité humaine surprenante qu'il pouvait manifester. Il était mieux informé que Roosevelt, plus réaliste que Churchill, sous plusieurs aspects le plus efficace des dirigeants de la guerre".
En 1945, les Etats-Unis ont repris le flambeau hitlérien.
Immédiatement après la défaite des puissances fascistes allemande, japonaise et italienne, les Etats-Unis ont repris le rêve de domination mondiale de Hitler et Washington a engagé un grand nombre d'anciens nazis pour y arriver.
Robert Murphy, le conseiller du gouverneur militaire américain en Allemagne, écrit en 1945 : "Le général Patton voulait réarmer deux divisions de Waffen SS pour les incorporer dans la 3e armée américaine et pour les diriger contre les Rouges. Il me dit : 'Nous pouvons repousser l'armée rouge en Russie. Avec mes Allemands, nous sommes capables de le faire.' Patton disait qu'il se faisait fort d'arriver en trente jours à Moscou."
Le général nazi Gehlen fut pendant la guerre le chef de l'espionnage nazi en Union soviétique. En mai 45, il s'est rendu aux Américains. Par les accords entre alliés, les Américains devaient remettre Gehlen aux Soviétiques, puisqu'il figurait sur la liste des principaux criminels de guerre recherchés en Union Soviétique. Mais clandestinement les Américains ont transféré Gehlen aux Etats-Unis où il a négocié avec Allan Dulles lui-même, le chef des services secrets. Un accord fut conclu : Gehlen transféra toutes ses archives sur l'Union Soviétique aux Etats-Unis et il réactiva ses réseaux d'anciens en Union soviétique sous la direction des Etats-Unis. Gehlen, devenu peu après le premier chef du service de renseignement de la République Fédérale d'Allemagne (RFA), a simplement continué sous les ordres des Etats-Unis, la guerre anticommuniste qu'il a mené sous les ordres de Hitler.
Pendant la guerre, John Loftus était le chef du service secret américain responsable de dépister les d'anciens nazis qui tentaient d'entrer aux EU. Mais dès 1944, d'autres services secrets américains s'efforçaient de faire entrer le maximum d'anciens nazis ! Dans son livre, Lotus estime le nombre d'anciens nazis établis aux EU à quelques dix milles. Ces anciens nazis allemands, ukrainiens, lettonnes, russes, etc. ont joué un rôle crucial pendant la guerre froide. Parmi eux, certains des plus grands criminels nazis comme Klaus Barbie, Alois Brunner, tenu responsable de la mort de 130 000 personnes, Otto von Bolschwig, l'adjoint de Eichmann...
Dès 1945, les Etats-Unis ont repris la place et le rôle de l'Allemagne hitlérienne comme puissance impérialiste la plus agressive et la plus belliciste.
Les Américains ont utilisé la bombe atomique sur Hiroshima et Nagasaki sans aucune utilité militaire: l'armée japonaise avait été écrasée en Chine par l'Armée Rouge. Hiroshima et Nagasaki étaient essentiellement une démonstration à l'adresse de Staline pour lui faire comprendre ce qui l'attendait. Le maréchal anglais Alan Brooke témoigna que Churchill se voyait déjà capable d'éliminer les centres industriels de l'Union soviétique.
Le peuple grec s'est libéré des fascistes allemands en organisant ses propres forces armées antifascistes et révolutionnaires. Après la libération de la Grèce, l'impérialisme anglais a occupé Athènes et s'est lié aux anciens partisans de l'Allemagne nazie pour combattre les patriotes.
En Corée, les forces nationalistes et communistes avaient vaincu les armées d'occupation japonaises avec l'aide de l'Union soviétique et des armées de Mao Zedong. Les Américains ont débarqué dans la partie sud de la Corée, ils ont sorti des prisons les anciens collaborateurs fascistes pour créer une république sud-coréenne dirigée par des laquais américains.
Les Etats-Unis ont déclenché la guerre contre la Corée en 1950 comme point de départ de la guerre anticommuniste générale: la Corée conquise, c'est la Chine qui serait l'objectif suivant. La Chine sous domination américaine serait alors la base principale pour la guerre contre l'Union soviétique, qui pouvait être attaquée également à partir de la R.F.A.
Au moment de l'agression américaine contre la Corée, l'Union soviétique fit une déclaration qui prend aujourd'hui un sens nouveau, 53 ans plus tard : "Si les impérialistes déclenchent une troisième guerre mondiale, cette guerre sera le tombeau, non seulement d'Etats capitalistes isolés, mais du capitalisme mondial tout entier".
Contre l'agression américaine en Corée s'est développé, sous la direction du Conseil Mondial pour la Paix le plus grand mouvement pour la paix que le monde a vu. Cinq cent millions de personnes ont signé l'Appel de Stockholm demandant entre autres l'interdiction des armes atomiques et le désarmement général.
Les agresseurs américains ont tué 3 000 000 Coréens, mais la résistance a triomphé, résistance dirigée par le Parti du Travail de Corée et le camarade Kim Il Sung, résistance soutenue par la Chine socialiste, par l'Union soviétique et par une campagne mondiale contre la guerre. Le plan d'une grande guerre pour éliminer le régime socialiste en Chine et en Union soviétique a du être enterré.
De la Contre-révolution en Union soviétique au Front mondial contre les guerres américaines
Cinquante années riches en événements et en retournements se sont passées depuis la mort du regretté camarade Staline. Avec Khrouchtchev, un groupe révisionniste, héritier de Trotski, Zinoviev et Boukharine, a pris le pouvoir et a précipité la dégénérescence politique et idéologique. Pour tromper le peuple soviétique qui était très attaché au socialisme, l'anticommuniste Khrouchtchev promit... la réalisation intégrale du communisme pour l'année 1980...
Sous Brejnev, le système économique socialiste était toujours puissant, mais il a été détourné vers le secteur militaire. Le secteur civil prenait du retard et fut envahi par des méthodes de l'économie capitaliste. Un secteur de l'économie de l'ombre, clairement capitaliste, se développa en même temps que dégénéraient progressivement les structures dirigeantes du parti.
Mais l'Union soviétique restait une grande puissance, capable de bloquer les tendances les plus agressives de l'impérialisme américain. Les luttes révolutionnaires du tiers monde mettaient également l'impérialisme en difficulté : la guerre victorieuse du Vietnam, la guerre de libération nationale en Angola, la lutte des pays producteurs de pétrole et de matières premières.
Or, depuis Reagan, début des années quatre vingt, la ligne du maccarthysme, proche du fascisme, pratiquée entre 1945 et 1956, a été remise en honneur aux Etats-Unis.
Reagan et Bush senior, prenant appui sur la dégénérescence politique et idéologique du PCUS, ont accompli ce que Hitler n'a pas réussi: détruire le socialisme en Union soviétique.
Mais l'histoire sait, comme nul autre professeur, nous enseigner la dialectique: la contre-révolution en Union soviétique de 1989-91 a rétabli intégralement le capitalisme sous ses formes les plus maffieuses, mais elle a prouvé en même temps... que le capitalisme n'a plus aucun d'avenir! L'impérialisme a promis que le capitalisme ferait des miracles en ex-Union soviétique. C'était la fin de l'histoire.
Eh bien, comme cadeau de fin de l'histoire, les Soviétiques ont encaissé la plus grande catastrophe qu'ai jamais connu un grand pays industrialisé. En 1999, la production industrielle de la Russie avait diminué de 41 % par rapport à 1990, celle de l'Ukraine avait chuté de 58 %. En 12 ans, la population russe a diminué de 12 millions d'habitants. Depuis la contre-révolution, la mortalité a augmenté de 33% et la natalité a chuté de 40%. La Russie connaît aujourd'hui 4 000 000 d'enfants abandonnés, situation absolument impensable durant le régime soviétique. En 1985, la scolarité dans l'enseignement secondaire était de presque 100 %. Aujourd'hui elle a chuté à 75 %.
Dans le camp du capitalisme vainqueur, la fin de l'histoire prend aussi des allures bizarres: les grandes crises économiques se suivent depuis 1990 dans presque tous les pays "modèles" : il y a eu la crise au Japon, au Mexique, en Asie du Sud Est, en Russie, au Brésil...
Aujourd'hui, nous assistons à de grandes vagues de concentrations de capitaux à l'échelle mondiale : 5 à 10 multinationales contrôlent les différents secteurs de l'économie mondiale. Elles intensifient l'exploitation, diminuent le nombre de travailleurs, augmentent de façon phénoménale la productivité. Tout cela fait apparaître de façon destructrice la contradiction fondamentale insoluble du système capitaliste: la contradiction entre une capacité de production apparemment sans limites et des marchés qui se rétrécissent.
Pour se sauver des crises économiques qui ébranleront leur système, les multinationales américaines s'engagent aujourd'hui dans la seule voie qui reste au capitalisme chaque fois qu'il fait face à une crise économique insoluble: c'est la voie de la guerre mondiale en "relançant" la production en fabriquant des armes et cela pour écraser des rivaux et pour conquérir des matières premières et des marchés.
Ce n'est pas par méchanceté, mais à cause des lois économiques et politiques inhérentes au système impérialiste, que le monde a connu deux guerres mondiales.
Aujourd'hui, devant la perspective de crises économiques d'une ampleur jamais vues, les Etats-Unis sont revenus aux années 1945-1953, lorsque, en reprenant le flambeau des nazis allemands, ils ont tenté d'instaurer leur hégémonie en préparant la guerre troisième guerre mondiale contre la Corée, la Chine et l’Union soviétique.
Mais aujourd'hui, les peuples du monde ont beaucoup appris des grandes victoires révolutionnaires du XXème siècle, comme des grandes défaites causées par l'opportunisme.
En 2003 se développe à une échelle jamais vue dans l'histoire un grand front uni mondial contre l'ennemi n° 1 des peuples, l'hégémonisme américain. Ce front est plus large, plus puissant et plus international que le front qui s'était constitué en 1941 contre l'axe fasciste Berlin-Tokyo-Rome.
Aujourd'hui, cinquantième anniversaire de la mort du camarade Staline, tous les nains politiques qui mangent des mains de la bourgeoisie américaine, peuvent cracher leur venin contre les révolutionnaires communistes des années glorieuses 1941-1953. Cela n'empêche pas qu'un mouvement anti-guerre et anti-impérialiste sans pareil dans l'histoire se développe contre le fascisme bushien et contre ses plans délirants d'une guerre mondiale pour établir un Reich américain de 1 000 ans.
Les dizaines de millions militants contre la mondialisation impérialiste s'instruiront par l'expérience de la lutte en par la réflexion sur l'histoire révolutionnaire du XXe siècle.
La stratégie et la tactique que le camarade Staline a développées entre 1932 et 1953 contre les puissances fascistes d'abord et contre l'hégémonisme américain ensuite, restent les références les plus importantes pour tous les peuples décidés de gagner la paix, l'indépendance, le développement planifié et équilibré - et le socialisme !
Ludo Martens, 5 novembre 1993
Cette année-ci, nous commémorerons le centième anniversaire de la naissance du camarade Mao Zedong, comme nous venons de commémorer la victoire de Stalingrad qui eut lieu il y a cinquante ans.
L'effondrement du socialisme en Europe de l'Est et en Union soviétique et le triomphe de la contre-révolution bourgeoise dans ces pays, oblige tous les communistes à faire un bilan du chemin parcouru par le mouvement communiste international au cours du demi-siècle passé.
Depuis l'attaque surprise de Khrouchtchev contre Staline, au XXe Congrès du PCUS en 1956, le mouvement communiste international a été miné politiquement et a connu une série de scissions qui l'ont finalement divisé et affaibli au maximum. Faire un bilan matérialiste de ces cinquante dernières années est essentiel pour rétablir l'unité du mouvement communiste internationale sur la base des principes marxistes-léninistes.
A nos yeux, deux tâches ont une importance particulière pour refaire l'unité du mouvement communiste : faire une réévalution des contributions inestimables du camarade Staline au mouvement communiste internationale et mettre en évidence les apports du camarade Mao Zedong à la théorie et la pratique de la construction socialiste, notamment sa théorie sur la continuation de la révolution sous la dictature du prolétariat.
Notre parti est né en octobre 1970. Au cours des années
1967-1969, les cadres de l'organisation étudiante Studenten Vak Beweging,
organisation révolutionnaire petite-bourgeoise, avaient adopté le marxisme-léninisme
et la pensée de Mao Zedong comme fil conducteur ; ils s'étaient liés aux
travailleurs lors des grandes vagues de grèves "sauvages" de l'année
1970.
Notre parti doit son existence en tant que formation marxiste-léniniste à
l'influence internationale de l'oeuvre du camarade Mao Zedong et de la Révolution
culturelle au cours des années 1966-1970.
Lorsque les cadres du mouvement étudiant se sont orientés vers les idées
communistes, ils ont été marqués par les thèses suivantes, propagées lors
de la révolution culturelle.
Un communiste doit partir de la pratique révolutionnaire au sein des masses et toujours retourner à cette pratique.
Ce sont les masses qui font l'histoire, les communistes doivent toujours travailler au sein des masses, y faire un travail d'éducation, d'organisation et de mobilisation, protéger, éclaircir et développer les mouvements de masse.
Les oeuvres de Marx, Engels, Lénine, Staline et Mao Zedong constituent notre orientation idéologique fondamentale.
Le Parti communiste est la force dirigeante de la révolution socialiste; il ne peut pas y avoir de révolution socialiste et de dictature du prolétariat sans le rôle dirigeant du Parti.
Chaque Parti doit intégrer la vérité générale du marxisme-léninisme et de la pensée Mao Zedong à la réalité concrète de la lutte de classes de son pays.
La lutte entre les deux lignes est le fil conducteur de l'édification idéologique du Parti. La bourgeoisie et la petite bourgeoisie exercent nécessairement une influence sur le Parti, qui doit élaborer et défendre son orientation révolutionnaire dans une lutte consciente et permanente sur les deux fronts, contre l'opportunisme de droite et de gauche, contre le révisionnisme et le dogmatisme-sectarisme.
Les intellectuels révolutionnaires doivent se mettre au service de la classe ouvrière, s'intégrer aux masses travailleuses et se consacrer à la révolution socialiste toute leur vie.
Tout communiste doit entreprendre, pendant toute sa vie, la transformation de sa conception du monde par l'étude du marxisme-léninisme, la critique du révisionnisme, la liaison avec les masses, la participation à la pratique révolutionnaire, l'étude de la réalité politique, économique et sociale et par la critique et l'autocritique.
Vingt cinq ans après la formation du noyau de notre parti, nous maintenons tous ces principes que Mao Zedong nous a enseigné. C'est en appliquant ces principes que notre parti a pu se développer. Un de ces principes était la défense de l'oeuvre de Staline, qui a dirigé pendant trois décennies le Parti communiste de l'Union soviétique et le mouvement communiste international.
Staline a dû construire le socialisme dans une lutte idéologique soutenue et opiniâtre contre tous les courants bourgeois qui ont émergé au sein du parti. Trois courants bourgeois principaux ont mis en danger le socialisme soviétique.
Le trotskisme qui, sous un verbiage de "gauche" a développé une ligne anti-soviétique et anti-communiste, correspondant parfaitement aux besoins de l'impérialisme allemand et américain.
Le boukharinisme qui fut une réédition de la ligne social-démocrate dans les conditions du socialisme et qui prêchait l'extension de la lutte des classes, l'intégration des éléments capitalistes dans le socialisme et la conciliation envers les courants mencheviks.
Le nationalisme bourgeois, qui dressait les masses de certaines nationalités, sous l'impulsion de la bourgeoisie nationale, contre le socialisme en agitant le mot d'ordre d'indépendance.
Ces trois affrontements idéologiques ont eu une grande portée historique pour la consolidation de la dictature du prolétariat.
Et ces affrontement ont gagné une nouvelle actualité dès la fin de la seconde guerre mondiale. En écrasant les troupes fascistes, l'Union s'est rattaché certains territoires auparavant contestés à la Pologne et à la Roumanie, ainsi que les pays baltes, ces régions traditionnellement tiraillées entre l'Allemagne et la Russie. L'Union soviétique a intégré aussi certains territoires appartenant auparavant à la Finlande et au Japon, les Iles Kourilles, notamment. Ces mesures correspondaient aux besoins de la sécurité et de la défense de l'Union soviétique, seul pays socialiste au monde en 1945. Staline comprenait parfaitement que la défaite du fascisme allemand ne signifiait nullement que les impérialistes mettraient fin à leurs efforts pour détruire l'Union soviétique.
L'intégration de ces territoires dans l'Union soviétique correspondait également aux intérêts des ouvriers et des paysans qui pouvaient ainsi s'engager dans la voie du socialisme. Dès la fin de la guerre, les éléments fascistes et d'extrême droite de ces territoires ont développé des campagnes nationalistes et réactionnaires pour monter les masses contre le socialisme. Ils se sont engagés dans la voie qu'ont suivi, au cours des années vingt et trente, les réactionnaires géorgiens, ukrainiens et autres. Ils ont utilisé le nationalisme bourgeois comme point de ralliement de toutes les tendances anti-socialistes.
En 1948, Staline a critiqué, puis dénoncé la politique suivie par Tito. Le titisme est en fait un condensé des trois courants bourgeois, défaits en Union soviétique au cours des années vingt, trente et quarante. A l'époque, la bourgeoisie internationale a dénoncé le "contrôle" que Staline voulait exercer sur la Yougoslavie, et elle a soutenu la "politique d'indépendance" de Tito. Or, cette lutte n'opposait nullement le "contrôle" à l'indépendance, mais bien la ligne marxiste-léniniste à la ligne bourgeoise. La lutte contre Tito n'était pas un détail : elle était un résumé de toutes les luttes menées par Staline contre les ennemis du bolchevisme.
Dès 1948, le courant nationaliste et social-démocrate s'est imposé à la tête du Parti communiste yougoslave. En déclenchant en 1948 la lutte contre le révisionnisme de Tito, Staline a fait preuve de clairvoyance et de fermeté sur les principes. Quarante-cinq ans plus tard, l'histoire a entièrement confirmé ses prévisions. Au moment de l'invasion allemande, en 1941, le Parti Yougoslave clandestin comptait 12 000 membres ; 8 000 d'entre eux furent tués au cours de la guerre. Mais il s'est gonflé de près de 140 000 membres pendant la résistance et de 360 000 autres avant la mi-1948. Des dizaines de milliers de koulaks, de bourgeois et d'éléments petits-bourgeois étaient entrés au Parti. (James Klugmann, From Trotsky to Tito , Lawrence and Wishart, London, 1951, p. 13) Tito s'appuyait de plus en plus sur ces derniers dans sa lutte contre les communistes authentiques. Le parti n'avait pas de vie interne normale, il n'y avait pas de discussion politique en son sein, et par conséquent pas de critiques ni d'autocritiques marxistes-léninistes ; les dirigeants n'étaient pas élus mais cooptés. (p. 22)
En juin 1948, le Bureau d'Information des partis communistes, regroupant huit partis, publia une résolution critiquant le Parti yougoslave. Elle soulignait que Tito ne prêtait aucune attention à l'accentuation des différences de classes à la campagne ni à la croissance des éléments capitalistes dans le pays. (p.9) La résolution affirmait que, partant d'une position nationaliste bourgeoise, le Parti yougoslave avait brisé le front uni socialiste contre l'impérialisme. Le texte disait :"Une telle ligne nationaliste ne peut que conduire à la dégénérescence de la Yougoslavie en une république bourgeoisie ordinaire" . (p. 11) Ayant enregistré cette critique, Tito déclencha une épuration massive. Tous les éléments marxistes-léninistes furent éliminés du Parti. Deux membres du Comité central, Zhoujovic et Hebrang, avaient déjà été arrêtés en avril 1948. Le général Arso Jovanovic, chef de l'Etat-Major de l'Armée des partisans, fut arrêté et assassiné, de même que le général Slavko Rodic. (p. 43) The Times parlait de nombreuses arrestations de communistes soutenant la résolution du Kominform et estimait le nombre de personnes emprisonnées entre 100 000 et 200 000. (p. 143) Dans son rapport au Huitième Congrès du Parti, tenu en 1948, Kardelj eut recours à force citations de Staline pour affirmer que la Yougoslavie "refoulait les éléments koulaks" et ne prendrait jamais "des positions antisoviétiques" . (Rapport : Le PCY dans la lutte pour la Yougoslavie nouvelle... Beograd, 1948, p.94, 25)
Mais quelques mois plus tard, les titistes reprenaient publiquement la vieille théorie social-démocrate du passage de la bourgeoisie au socialisme sans lutte de classe ! Bebler, vice-ministre des Affaires étrangères, déclara en avril 1949 : "Nous n'avons pas de koulaks comme il y en avait en URSS. Nos paysans riches ont pris part en masse dans la guerre populaire de libération.(...) Serait-ce une erreur si nous réussissions à faire passer les koulaks au socialisme sans une lutte des classes ?" (29 avril 1949) (Klugmann, p.129) Et en 1951, l'équipe de Tito déclarait que les "kolkhozes (soviétiques) sont le reflet du capitalisme d'État qui, mélangé aux nombreux restes du féodalisme, est le système social de l'URSS" . Développant les conceptions de Boukharine, les titistes remplacent la planification par le marché libre : "Personne, en dehors de la coopérative, ne fixe les normes ni les catégories de ce que l'on doit produire" . Ils organisent "le passage à un système laissant plus de liberté au fonctionnement des lois économiques objectives. Le secteur socialiste de notre économie est à même de triompher des tendances capitalistes par des moyens purement économiques" . (Directives du CC, dans : Questions actuelles du socialisme, n 10, jan-fév. 1952, Agence Yougoslave d'Information, p. 160, 161, 145) En 1953, Tito réintroduira la liberté d'acheter et de vendre la terre et d'engager des ouvriers agricoles.
En 1951, Tito compare les communistes yougoslaves fidèles au marxisme-léninisme à la cinquième colonne hitlérienne, justifiant après coup l'arrestation de plus de 200 000 communistes, selon le témoignage du colonel Vladimir Dapcevic. Tito écrit : "Les attaques des agresseurs fascistes ont prouvé que l'on attache beaucoup d'importance à un élément nouveau : la cinquième colonne. Elle est un élément politique et militaire qui entre en action au moment des préparatifs de l'agression. Aujourd'hui, on tente de nouveau de faire quelque chose de semblable dans notre pays, sous différentes formes, particulièrement de la part des pays kominformistes." (Questions actuelles du socialisme, n° 10, p.85))
Au début des années cinquante, la Yougoslavie est toujours un pays largement féodal. Mais les titistes s'attaquent au principe selon lequel l'État socialiste doit maintenir la dictature du prolétariat. En 1950, les révisionnistes yougoslaves lancent une discussion sur "le problème du dépérissement de l'État et spécialement du dépérissement du rôle de l'État dans l'économie" . Pour justifier le retour à l'État bourgeois, Djilas traite l'État soviétique de "monstrueux édifice du capitalisme d'État" qui "oppresse et exploite le prolétariat" . Toujours selon Djilas, Staline lutte "pour l'agrandissement de son empire de capitalisme d'État et, à l'intérieur, pour le renforcement de la bureaucratie" . "Le rideau de fer, l'hégémonie sur les pays d'Europe orientale et une politique d'agression lui sont devenus actuellement indispensables" . Djilas parle de "la misère de toute la classe ouvrière qui travaille pour les intérêts 'supérieurs' impérialistes et pour les privilèges de la bureaucratie." "L'URSS est aujourd'hui objectivement la grande puissance la plus réactionnaire" . Staline est "un praticien du capitalisme d'État et le chef et guide spirituel et politique de la dictature bureaucratique" . En véritable agent de l'impérialisme américain, Djilas poursuit : "Nous rencontrons chez les hitlériens des théories qui, par leur contenu comme par la pratique sociale qu'elles supposent, ressemblent comme deux gouttes d'eau aux théories de Staline". (Questions actuelles du socialisme, n° 14, oct-nov. 1952, AYI, Paris, p. 2, 5, 18, 35-36, 30, 37, 44 et 47) Ajoutons que Djilas, qui s'est établi aux États-Unis par la suite, se référait dans ce texte à la "critique du système stalinien" faite par...Trotski ! (Ibidem, p.44)
En 1948, Kardelj jurait encore fidélité au combat anti-impérialiste. Pourtant deux années plus tard, la Yougoslavie soutenait l'agression américaine contre la Corée ! The Times rapportait : "Monsieur Dedeijer voit les événements de Corée comme une manifestation de la volonté soviétique de dominer le monde... Les travailleurs du monde doivent se rendre compte qu'un autre prétendant à la domination mondiale s'est présenté, et se débarrasser des illusions à propos de l'URSS qui serait, soi-disant, une force de démocratie et de paix" . (The Times, 27 déc. 1950)
Ainsi, Tito était devenu un simple pion dans la stratégique anticommuniste des États-Unis. Tito déclara en 1951 au New York Herald Tribune qu'"en cas d'attaque soviétique, n'importe où en Europe, même si cela se passe à des milliers de kilomètres des frontières yougoslaves, (il) se battrait immédiatement aux côtés de l'Occident... La Yougoslavie se considère comme une partie du mur de solidarité collective construit contre l'impérialisme soviétique" . (New York Herald Tribune , 26 juin 1951) Dans le domaine économique, les mesures socialistes que la Yougoslavie avait prises avant 1948, furent vite liquidées. Alexander Clifford, le correspondant du Daily Mail , écrit à propos des réformes économiques adoptées en 1951 : "Si elles se réalisent, la Yougoslavie sera finalement bien moins socialisée que la Grande Bretagne". "Les prix des biens (seront) déterminés par le marché, c'est-à-dire par l'offre et la demande", "les salaires (seront) fixés sur la base des revenus ou des profits de l'entreprise" , les entreprises "décident de façon indépendante ce qu'elles produisent et dans quelles quantités". "Il n'y a pas beaucoup de marxisme classique dans tout cela" . (Daily Mail , 31 août 1951) (p.150)
La bourgeoisie anglo-américaine reconnut très tôt qu'elle disposait, dans la personne de Tito, d'une arme efficace dans son combat anticommuniste. Business Week notait le 12 avril 1950 : "Pour les États-Unis en particulier et pour l'Occident en général, cet encouragement de Tito s'est révélé être une des méthodes les moins chères pour contenir le communisme russe. Le montant de l'aide occidentale à Tito se chiffre maintenant à 51,7 millions de dollars. C'est beaucoup moins que le milliard de dollars, environ, que les États-Unis a dépensé en Grèce pour le même but." (p. 175) Cette bourgeoisie comptait utiliser Tito pour encourager le révisionnisme et organiser la subversion dans les pays socialistes d'Europe de l'Est. Le 12 décembre 1949, Eden dit dans le Daily Telegraph : "L'exemple et l'influence de Tito peut changer de façon décisive le cours des événements en Europe centrale et orientale" . (p.191) Appréciant la démagogie communiste de Tito à sa juste valeur, The Times écrit : "Cependant, le titisme reste seulement une force, dans la mesure que le Maréchal Tito peut prétendre être communiste" . (The Times , 13 septembre 1949) (194)
Le révisionnisme et scissionnisme de Khrouchtchev
Le révisionnisme de Khrouchtchev et de Brejnev a constitué la plus grande trahison du marxisme-léninisme et il est la principale cause de la division et de l'affaiblissement du mouvement communiste international. Dans la dégénérescence révisionniste en Union soviétique, nous distinguons trois phases.
La période 1956-1964 est celle de la prise du pouvoir et de la consolidation de ce pouvoir par les éléments révisionnistes et bourgeois. La période 1968-1985 est celle du règne sans partage des révisionnistes et des aventures extérieures.
Au cours des années 1985-1990, tous les préparatifs ont été achevés pour la restauration du capitalisme dans sa forme la plus sauvage et pour l'instauration de la dictature ouverte de la bourgeoisie.
Au cours des années 1956-1964, une lutte idéologique cruciale s'est déroulée au sein du mouvement communiste international. Il est essentiel de revenir sur cette période où les choix: marxisme-léninisme ou révisionnisme, révolution ou réformisme, continuation de la révolution ou dégénérescence politique, dictature du prolétariat ou restauration capitaliste ont été posés en toute clarté.
Le Rapport de Khrouchtchev ou XXe Congrès, son Rapport secret sur Staline de la même époque et son Rapport au XXIIe Congrès, en 1962 offrent un exposé complet de la ligne révisionniste, bourgeoise au sein du Mouvement Communiste International. Toutes les bases de la dégénérescence progressive, qui a abouti au cours des années 1985-1990 à la restauration ouverte du capitalisme, ont été formulées dans ces trois documents capitaux. Il est impossible de mener un combat conséquent contre la ligne de trahison de Gorbatchev, sans en déterrer les racines chez Khrouchtchev. Or, aujourd'hui que le capitalisme sauvage en ex-URSS prend des formes politiques de caractère fasciste, on peut parfaitement s'opposer à la dictature de Yeltsine à partir d'une ligne réformiste, sociale-démocrate inspirée par le khrouchtchévisme.
Mao Zedong et le Parti communiste chinois ont eu le mérite historique de défendre de façon conséquente le marxisme-léninisme contre le révisionnisme khrouchtchévien dans le livre : "Débat sur la ligne générale". Trente années après sa publication, ce document n'a rien perdu de son actualité, bien au contraire, l'effondrement de l'URSS est venu en souligner la clairvoyance. Ces textes étant suffisamment connus, nous nous limitons à en souligner un point particulier. Au cours de la polémique des années 1956-1964, Mao Zedong a non seulement défendu le marxisme-léninisme contre le révisionnisme, mais aussi l'unité des communistes contre le scissionnisme. Pour imposer leur ligne bourgeoise ou petite bourgeoise, les opportunistes ont toujours recours aux intrigues, à la division et au scisionnisme.
" Etant donné que les problèmes d'intérêt commun pour les différents partis frères sont extrêmement complexes, que les conditions dans lesquelles se trouve chacun de ces partis diffèrent grandement, et étant donné que la situation objective est constamment en mouvement, les divergences d'opinions sont souvent inévitables entre partis frères, et cela n'est pas nécessairement un mal. L'important, c'est de partir de la position qu'il faut défendre et renforcer l'unité internationaliste, et d'être ensemble dans le lutte contre l'ennemi " (Léninisme et révisionnisme moderne, Ed. La Cité Editeur, Lausanne, p. 12)
" Si, par malheur, des controverses ou divergences surgissent entre partis et pays frères, elles doivent être résolues patiemment dans l'esprit de l'internationalisme prolétarien et selon les principes de l'égalité et de l'unité de vues par voie de consultations. " (Léninisme et révisionnisme moderne, Ed. La Cité Editeur, Lausanne, p. 20)
" La cause du prolétariat a toujours eu un caractère international. Les communistes de tous les pays doivent s'unir dans la lutte commune pour faire triompher cette cause commune. Sans la solidarité et l'unité basées sur l'internationalisme prolétarien, aucun pays ne peut remporter ni consolider la victoire dans sa cause révolutionnaire. La seule voie juste pour sauvegarder et renforcer cette unité ne peut qu'être celle du respect des principes régissant les rapports entre partis frères et entre pays frères. Ces principes sont: l'union basée sur le marxisme-léninisme et l'internationalisme prolétarien, le soutien mutuel et l'assistance réciproque, l'indépendance et l'égalité, et l'unanimité des vues par voie de consultations. " (Léninisme et révisionnisme moderne, Ed. La Cité Editeur, Lausanne, p. 116-117)
Ces principes, le PCC les a exposés plus en détail dans les termes suivants.
" Respecter le principe de solidarité, et ne jamais inciter certains partis frères à attaquer d'autres partis frères, ne se livrer à des activités sectaires et scissionnistes ; respecter le principe de soutien et d'aide mutuels, et ne jamais tenter de contrôler les autres sous le couvert de l'aide (...). Respecter le principe d'indépendance et d'égalité, et ne jamais se situer au-dessus des autres partis frères ni imposer aux autres partis le programme, la ligne et les résolutions de leur propre Parti. Ne jamais s'ingérer dans les affaires intérieures des autres partis frères ni entreprendre d'activités subversives (...). Respecter le principe d'unanimité par voie de consultations, et ne jamais imposer la ligne erronée de leur propre Parti sous couvert d'une soi-disant majorité(...). " (Débat sur la ligne générale du mouvement communiste international, Ed. en Langues Etrangères, Pékin, 1965, p.370)
Au cours de la polémique de 1963, tout en critiquant le révisionnisme, le PCC a défendu de façon conséquente l'unité du mouvement communiste international, malgré les graves divergences qui le traversaient.
" Si vous ne redressez pas vos erreurs révisionnistes, nous continuerons à vous critiquer 'sans hésitation et en toute franchise', dans l'intérêt du PCUS, de l'Etat soviétique et du peuple soviétique, et pour l'unité du camp socialiste et du mouvement communiste international. " (Débat sur la ligne générale du mouvement communiste international, Ed. en Langues Etrangères, Pékin, 1965, p.344)
"Dans le mouvement communiste international, nous maintenons même des contacts avec les révisionnistes ; alors pourquoi ne pourrions-nous en faire autant avec les marxistes-léninistes ?" (Débat sur la ligne générale du mouvement communiste international, Ed. en Langues Etrangères, Pékin, 1965, p.360)
Au XXe Congrès, Khrouchtchev a lancé son attaque surprise
contre l'oeuvre de Staline, pour imposer sa ligne révisionniste.
Au début, l'attitude de Mao Zedong et du Parti communiste chinois a été hésitante,
ils n'ont pas défendu de façon conséquente l'oeuvre marxiste-léniniste de
Staline, mais ont suivi Khrouchtchev dans certaines de ses critiques
opportunistes contre Staline. Le document fondamental à ce propos est intitulé "L'expérience
historique de la dictature du prolétariat", rédigé le 5 avril et le 29 décembre
1956.
Ce texte prend la défense de Staline et de "l'expérience fondamentale de la révolution et de l'édification en Union soviétique". (p. 33) Néanmoins, dans les critiques qu'il formule à l'adresse de Staline, nous pouvons déceler une tendance assez marquée à la réconciliation avec le révisionnisme. Certaines critiques formulées par Mao Zedong et le PCC reprennent simplement les calomnies formulées par Khrouchtchev. Le PCC lance certaines affirmations gratuites, qui ne sont basées sur aucune recherche sérieuse. La conclusion est à l'avenant : Khrouchtchev a pris des mesures pour rectifier ces erreurs de Staline !
"Pendant la dernière période de sa vie, des victoires en séries et les panégyriques dont il a été l'objet ont tourné la tête à Staline. Dans sa façon de penser, il s'est écarté partiellement, mais gravement, du matérialisme dialectique pour tomber dans le subjectivisme. Il commença à avoir une foi aveugle en sa propre sagesse et en sa propre autorité ; il se refusait à se livrer à des recherches et à l'étude sérieuses à l'égard de situations complexes, ou à prêter une oreille attentive à l'opinion de ses camarades comme à la voix des masses. En conséquence, certaines thèses et mesures politiques adoptées par lui allaient souvent à l'encontre de la réalité objective ; il s'est souvent obstiné à faire appliquer pendant un long laps de temps ces mesures erronées, et n'a pu rectifier ses erreurs en temps utile. Le Parti Communiste de l'Union Soviétique a déjà pris des mesures pour rectifier les erreurs de Staline." (L'expérience historique de la dictature du prolétariat, 1961, Ed. en langues étrangères, Pékin, p.42)
Une des accusations les plus farfelues que Khrouchtchev lança contre Staline, est reprise par le PCC :
"(Staline) n'a pas fait preuve de la vigilance nécessaire à la veille de la guerre anti-fasciste." (L'expérience historique de la dictature du prolétariat, 1961, Ed. en langues étrangères, Pékin, p.9-10)
Le PCC copie dans son texte les thèses de Khrouchtchev sur l'extinction de la lutte des classes, thèses développées au cours des années trente par Boukharine. Le PCC se passe complètement de l'analyse concrète de cette période cruciale et complexe qui fut celle de l'épuration. Il répète les banalités révisionnistes de Khrouchtchev qu'il fallait perfectionner la démocratie au lieu d'insister sur l'aggravation de la lutte des classes...
"Après l'anéantissement des classes exploiteuses et la liquidation, pour l'essentiel, des forces de la contre-révolution, la dictature du prolétariat était encore nécessaire vis-à-vis des débris de la contre-révolution à l'intérieur du pays (...) mais sa pointe devait être surtout dirigée contre les forces agressives impérialistes du dehors. Dans ces conditions, il fallait développer et perfectionner progressivement, dans la vie politique du pays, les diverses méthodes démocratiques, perfectionner la légalité socialiste, renforcer le contrôle du peuple sur les organismes d'Etat, développer les méthodes démocratiques dans l'administration de l'Etat et des entreprises, resserrer les liens entre les organismes d'Etat et l'administration des entreprises, d'une part, et les larges masses, de l'autre, (...) combattre encore plus fermement les tendances bureaucratiques, au lieu d'insister sur l'aggravation de la lutte de classes après la liquidation des classes, et d'entraver ainsi le développement sain de la démocratie socialiste, ainsi que le fit Staline." (L'expérience historique de la dictature du prolétariat, 1961, Ed. en langues étrangères, Pékin, p.54-55)
Plus grave encore, Mao dénonce la critique que Staline a fait de la ligne titiste, remettant ainsi en cause les luttes idéologiques que Staline a mené contre le trotskisme, le boukharinisme et le nationalisme bourgeois.
"(Staline) a pris une décision erronée sur la question de la Yougoslavie. A propos de toutes ces questions, Staline s'est montré subjectif." (L'expérience historique de la dictature du prolétariat, 1961, Ed. en langues étrangères, Pékin, p.9-10)
"Que les camarades yougoslaves éprouvent une aversion particulière à l'égard des erreurs de Staline, cela peut se comprendre. Placés dans des conditions difficiles, ils ont déployé dans le passé des efforts méritoires pour se maintenir dans la voie du socialisme. Dans les entreprises et autres organisations sociales, ils ont réalisé des expériences de gestion démocratique qui ont également attiré l'attention. Le peuple chinois applaudit à la réconciliation intervenue entre l'Union Soviétique et d'autres pays socialistes, d'une part, et la Yougoslavie, de l'autre." (L'expérience historique de la dictature du prolétariat, 1961, Ed. en langues étrangères, Pékin, p.46)
Cette proposition exprime la conciliation et la complaisance envers le révisionnisme. Partant du nationalisme bourgeois, Tito a pris l'Union soviétique socialiste comme ennemi principal et a formé une alliance avec l'impérialisme américain. En menant des campagnes haineuses contre l'Union soviétique, Tito a repris les positions trotskistes. En laissant le libre développement aux paysans riches et aux petits capitalistes, a adopté le boukharinisme, la voie de la restauration progressive du capitalisme. Dans toutes ces questions essentielles, le PCC n'avait pas pris une position nette. Après avoir réhabilité le titisme, le PCC, critique les positions franchement anti-communistes de Tito. Apparemment, Mao a décidé que la contradiction avec Tito est "au sein du peuple", et ainsi il accepte de traiter cet anti-communiste au service de la stratégie globale américaine, en "ami qui se trompe". C'est le seul exemple concret que Mao nous donne pour prouver que Staline "confondait les deux types de contradictions"...
"Kardelj a... présenté aux camarades hongrois comme une exigence 'la nécessité de changements radicaux dans leur système politique' ; ... et il a exigé d'eux de ne pas faire 'de tentatives stériles pour restaurer le Parti communiste', 'car, dit-il, pour les masses, ce type de Parti incarnait le despotisme bureaucratique'. Tel est le modèle de la 'ligne non stalinienne' que le camarade Kardelj a mis au point pour des pays frères.(...) la position fondamentale et les méthodes que les camarades yougoslaves emploient, sont étrangères aux principes d'une discussion entre camarades." (L'expérience historique de la dictature du prolétariat, 1961, Ed. en langues étrangères, Pékin, p.48-49)
Mao reprend aussi les thèses de Kadar et des révisionnistes "modérés" en Hongrie qui "expliquaient" la contre-révolution de 1956 par les "graves erreurs" commis par le stalinien Rakosi. Kadar ne s'est distancié de Nagy qu'au moment où celui-ci avait fait une alliance avec les insurgés d'extrême droite et fasciste.
"Le erreurs commises par Staline ont suscité un sérieux mécontentement chez les peuples de certains pays d'Europe orientale." (L'expérience historique de la dictature du prolétariat, 1961, Ed. en langues étrangères, Pékin, p.66)
Dans sa façon de traiter la Yougoslavie et la Hongrie, Mao est influencé par le nationalisme bourgeois. La définition de l'internationalisme prolétarien que Mao Zedong donne dans ce texte de 1956, est d'ailleurs fort discutable.
"Le marxisme-léninisme a toujours insisté sur la nécessité de combiner l'internationalisme prolétarien avec le patriotisme de chaque peuple." "Les Partis communistes doivent se faire les interprètes des légitimes intérêts et sentiments nationaux de leurs peuples. Les communistes ont toujours été et restent de vrais patriotes. Ils savent que c'est seulement lorsqu'ils traduisent correctement les intérêts et sentiments de leur nation qu'ils peuvent jouir chez eux de la confiance et de l'affection véritables des larges masses populaires." (L'expérience historique de la dictature du prolétariat, 1961, Ed. en langues étrangères, Pékin, p.63)
La conception du monde communiste est internationaliste ; elle part des intérêts d'ensemble de toute la classe ouvrière mondiale. Dans certaines conditions, des positions politiques nationalistes et une lutte nationale peuvent s'accorder aux intérêts de la classe ouvrière nationale et internationale. Mais il est faux, comme le présente ici le PCC, de faire concorder internationalisme et nationalisme. En Chine, le nationalisme a eu, pendant une longue période, un caractère révolutionnaire puisqu'il s'agissait de libérer la Chine de l'oppression impérialiste. Mais l'idéologie nationaliste révolutionnaire reste dans les limites de la révolution bourgeoise. Dans la longue lutte que les communistes chinois ont dû mener contre l'impérialisme, le nationalisme radical a été un de leurs leviers idéologiques les plus puissants au sein des masses. Et beaucoup ont été porté à croire que le nationalisme radical faisait partie de la conception communiste du monde. Ce qui est faux. Le passage de la révolution nationale et démocratique à la révolution socialiste est sans conteste un processus très complexe au cours duquel des intérêts de classe s'affrontent violemment. Dès 1959, Kang Cheng a tiré l'attention sur la position des démocrates bourgeois.
"A l'étape de la révolution démocratique, faisant preuve à des degrés divers d'un certain zèle pour la révolution démocratique, (ces démocrates bourgeois et petits-bourgeois) peuvent encore approuver, partiellement du moins, le programme minimum de lutte du Parti marxiste-léniniste ; aussi, guidés et aidés par le Parti, peuvent-ils encore accomplir un travail de quelque utilité pour la révolution. Mais dès l'origine, il a existé entre eux et le Parti des divergences de principe. Alors que le Parti se tient fermement au rôle dirigeant du prolétariat dans la révolution démocratique, persévère dans sa volonté de poursuivre la révolution démocratique jusqu'au bout, afin qu'après l'achèvement complet de la révolution démocratique celle-ci puisse passer aussitôt, sans discontinuité, à la révolution socialiste, ils sont d'avis de confier la direction de la révolution démocratique à la classe bourgeoise et n'ont pas la volonté de la mener jusqu'au bout, et ils sont moins prêts encore pour la révolution socialiste". (Dix Glorieuses Années, Ed. Pékin, 1960, p. 275)
Le même thème a été développé en 1976, lors de lutte politique que Mao Zedong a mené contre Deng Xiaoping. Le PCC écrivait à ce moment :
"En 1959, le président Mao fait cette remarque pénétrante : les opportunistes de droite au sein du Parti n'ont jamais été des révolutionnaires prolétariens ; ce ne sont que des démocrates bourgeois ou petits-bourgeois infiltrés dans les rangs révolutionnaires du prolétariat ; ils n'ont jamais été des marxistes-léninistes : ils ne sont que des compagnons de route pour notre parti." (La lutte en Chine contre le vent déviationniste de droite qui remet en cause les conclusions justes, 1976, Ed. en Langues Etrangères, Pékin, p.189)
"Après le triomphe de la révolution de démocratie nouvelle, des membres du Parti, idéologiquement toujours à l'étape de la révolution démocratique, n'ont pas voulu progresser dans la voie socialiste et poursuivre la révolution. L'incorrigible responsable du Parti, engagé dans la voie capitaliste, n'est-il pas de ceux-là ? De ces gens qui représentent maintenant la bourgeoisie, qui craignent de voir la révolution socialiste se retourner contre eux, qui ont peur de voir affectés le système de propriété privée, le droit bourgeois qu'ils aiment, les concepts traditionnels qu'ils veulent défendre, qui appréhendent que l'on touche à leur position, à leur conception du monde bourgeoises. Plus la révolution socialiste avancera, plus sera aiguë la contradiction qui les oppose à la révolution, aux ouvriers, aux paysans pauvres et moyens-pauvres - tous fidèles à la poursuite de la révolution. Dans ce processus de la révolution socialiste, ils reculent, marchent à contre sens de la révolution." (La lutte en Chine contre le vent déviationniste de droite qui remet en cause les conclusions justes, 1976, Ed. en Langues Etrangères, Pékin, p. 191-192)
S'il fallait mener la lutte contre les démocrates bourgeois, la critique du nationalisme bourgeois n'était sans doute pas moins importante. La Chine, une nation immense et relativement homogène, a dû affronter pendant plus d'un siècle le colonialisme et l'impérialisme. Mao Zedong n'a pas dû démêler des problèmes nationaux aussi complexes que ceux existant en Russie tsariste, puis en Union soviétique. Les communistes chinois n'ont pas assimilé les positions très riches, élaborées en la matière par Lénine et par Staline. Au cours des années vingt et trente, Staline a développé des positions qui ont acquis une nouvelle actualité après la guerre anti-fascistes, lorsque des pays sémi-féodaux, en Europe de l'Est et en Asie, ont commencé la construction socialiste. Les voici.
"Il faut se rappeler que nos organisations communistes de la périphérie, dans les Républiques et les régions, ne peuvent se développer et se mettre debout, devenir de véritables cadres marxistes internationalistes, que si elles ont raison du nationalisme. Le nationalisme est le principal obstacle idéologique dans la voie de la formation des cadres marxiste, de l'avant-garde marxiste à la périphérie et dans les Républiques. ... Le nationalisme joue pour ces organisations le même rôle que le menchevisme jouait dans le passé pour le Parti bolchevik. Ce n'est que sous le couvert du nationalisme que peuvent pénétrer dans nos organisations périphériques des influences bourgeoises de toutes sortes, y compris les influences mencheviks. ... Le souffle nationaliste s'acharne à pénétrer dans notre Parti à la périphérie... La bourgeoisie renaît, la NEP se développe, le nationalisme aussi... Des survivances du chauvinisme grand-russe existent qui poussent également en avant le nationalisme local... L'influence des Etats étrangers qui soutiennent par tous les moyens le nationalisme, s'exerce." (p.203) "L'essence de la déviation vers le nationalisme local, c'est la tendance à s'isoler et à s'enfermer dans sa coquille nationale ; la tendance à estomper les antagonismes de classe au sein de sa nation; la tendance à se défendre contre le chauvinisme grand-russe, en s'écartant du flot général de l'édification socialiste ; la tendance à ne pas voir ce qui rapproche et unit les masses travailleuses des nationalités de l'URSS, et à ne voir que ce qui peut les éloigner les unes des autres. La déviation vers le nationalisme local reflète le mécontentement des casses dépérissantes des nations autrefois opprimées, contre le régime de la dictature du prolétariat, leur tendance à s'isoler dans leurs Etats nationaux respectifs et à y établir leur domination de classe." (p.339) "Qu'est-ce que la déviation vers le nationalisme, qu'il s'agisse du nationalisme grand-russe ou du nationalisme local, il n'importe ? La déviation vers le nationalisme, c'est l'adaptation de la politique internationaliste de la classe ouvrière à la politique nationaliste de la bourgeoisie. La déviation vers le nationalisme reflète les tentatives de sa 'propre' bourgeoisie 'nationale' de saper le régime soviétique et de rétablir le capitalisme. La source de ces deux déviations... est commune. C'est l'abandon de l'internationalisme léniniste... Le principal danger est représenté par la déviation que l'on a cessé de combattre et à laquelle on a permis ainsi de se développer jusqu'à devenir un danger d'Etat." (p. 344-345)
L'attitude de Mao Zedong envers la politique suivie par Staline après la guerre, est souvent inspirée par le nationalisme bourgeois. Ainsi, les publications chinoises reprennent souvent les affirmations des auteurs bourgeois qu'à Yalta l'Union soviétique et les Etats-Unis ont divisé l'Europe en sphères d'influence. Mao Zedong lui-même a fait, en 1964, les déclarations suivantes à un délégation japonaise.
"L'Union soviétique a occupé trop de territoires. A la Conférence de Yalta, on a déclaré la Mongolie extérieure nominalement indépendante, nominalement, ce territoire a été détaché de la Chine, mais en fait il est tombé sous la gestion des Soviétiques. Comparé à vos Kourilles, le territoire de la Mongolie extérieure est beaucoup plus vaste. A l'époque (en 1954) nous avons demandé s'il serait possible de restituer la Mongolie extérieure à la Chine. Ils ont dit alors que c'était impossible... Ils ont aussi détaché une partie de la Roumanie, la Bessarabie. A l'Allemagne aussi, ils ont pris des territoires, notamment une partie de l'Allemagne de l'Est. Tous les Allemands qui y vivaient ont été chassés vers l'Ouest. De la Pologne aussi, ils ont pris des territoires qu'ils ont attaché à la Biélorussie... Finalement, ils ont aussi pris es territoires à la Finlande. ... Dans mon opinion, ils n'auraient pas du tout dû s'attacher des territoires... Pour cette raison, vos Kourilles, ne constituent pas un problème, quant à nous; elles doivent être restituées." (Mao ongecorrigeerd, Arbeiderspers, Amsterdam, 1974, Entretien du 10 juillet 1964, p.28-29)
Cette attitude conciliatrice envers le nationalisme bourgeois, se transformera, au cours des années soixante-dix, lorsque Brejnev pratiqua une politique d'ingérence et de contrôle, en soutien ouvert au nationalisme bourgeois et réactionnaire contre le "social-impérialisme".
Lorsqu'en 1962, Khrouchtchev a approfondi ses thèses révisionnistes, le PCC est revenu sur quelques thèmes essentiels, débattus en 1956. Afin de combattre la trahison ouverte de Khrouchtchev, le PCC s'est servi de l'exemple yougoslave pour montrer aux Soviétiques l'aboutissement inévitable de la voie révisionniste.
"Il s'agit de savoir si la clique Tito est un parti frère et une force anti-impérialiste ou un groupe de renégats du mouvement communiste international et de laquais de l'impérialisme." (Débat sur la ligne générale du mouvement communiste international, Ed. en Langues Etrangères, Pékin, 1965, p.151)
"Rien qu'entre 1948 et 1952, plus de 200 000 membres du Parti furent ainsi exclus, soit la moitié de l'effectif original de Parti communiste de Yougoslavie." "Le nombre des communistes et des éléments révolutionnaires actifs, arrêtés et emprisonnés, dépassa à lui seul 30 000." (Débat sur la ligne générale du mouvement communiste international, Ed. en Langues Etrangères, Pékin, 1965, p.185)
"La soi-disant voie spécifique d'édification du "socialisme" avec l'aide américain, voie exaltée par la clique Tito, n'est rien d'autre que la voie de la transformation du système socialiste en système capitaliste en fonction des besoins de l'impérialisme, la voie qui conduit un pays indépendant à dégénérer en semi-colonie." (Débat sur la ligne générale du mouvement communiste international, Ed. en Langues Etrangères, Pékin, 1965, p.178)
"Par son exemple de restauration du capitalisme en Yougoslavie, la clique Tito aide l'impérialisme américain à appliquer sa politique consistant à promouvoir dans les pays socialistes l'"évolution pacifique". Sous l'enseigne de pays socialiste, la clique Tito s'oppose avec frénésie au camp socialiste, s'emploie à le saper et est devenue un groupe de choc dans la campagne antichinoise. Sous le couvert du "non-engagement" elle cherche à saper le mouvement de libération nationale d'Asie, d'Afrique et d'Amérique latine, et s'est mise au service du néo-colonialisme américain." (Débat sur la ligne générale du mouvement communiste international, Ed. en Langues Etrangères, Pékin, 1965, p.178-179)
Le PCC défend Staline, dans la mesure où elle refuse de suivre l'anti-stalinisme de Khrouchtchev et de Tito, qui rejettent, en fait, le marxisme-léninisme lui-même.
"En s'acharnant encore et encore sur Staline, la direction du PCUS a voulu effacer l'influence impérissable de ce grand révolutionnaire prolétarien sur le peuple soviétique et les autres peuples du monde, et aussi frayer la voie à sa répudiation du marxisme-léninisme, que Staline avait défendu et développé." (Débat sur la ligne générale du mouvement communiste international, Ed. en Langues Etrangères, Pékin, 1965, p.140)
"La répudiation totale de Staline fournit à l'impérialisme et à toute la réaction des munitions antisoviétiques et anticommunistes qu'ils ne sont que trop heureux d'obtenir." (Débat sur la ligne générale du mouvement communiste international, Ed. en Langues Etrangères, Pékin, 1965, p.139)
Mais cette défense de Staline reste toujours très conditionnelle. L'importance vitale de la lutte idéologique et politique contre le trotskisme, le boukharinisme et la nationalisme bourgeois reste escamotée. Se contentant de parler dans des termes vagues des "deux types de contradictions", le PCC se refuse à analyser concrètement les lignes et les positions en jeu. Il s'agit en fait d'une défense inavouée des boukharinistes et autres opportunistes.
"Dans les luttes menées au sein du Parti comme en dehors, il confondit à certains moments et dans certains problèmes, les deux catégories de contradictions de nature différente - contradictions entre l'ennemi et nous, et contradictions au sein du peuple (...). Le travail de liquidation de la contre-révolution (...) permit de châtier à juste titre nombre d'éléments contre-révolutionnaires qui devait l'être; cependant, des gens honnêtes furent aussi injustement condamnés, et ainsi il commit l'erreur d'élargir le cadre de la répression en 1937 et 1938." (Débat sur la ligne générale du mouvement communiste international, Ed. en Langues Etrangères, Pékin, 1965, p.129)
Si l'analyse de la dégénérescence révisionniste en URSS a
été correctement formulée par Mao au cours des années 1959-1964, c'est en
1966-1976 qu'il en a déduit une ligne politique cohérente pour la
consolidation de la dictature du prolétariat en Chine. C'est ainsi que Mao a déclenché
la Grande Révolution Culturelle Prolétarienne, pendant laquelle il appelé les
communistes et les masses à critiquer le révisionnisme et le bureaucratisme au
sein du parti et de l'appareil d'Etat.
La base théorique sur laquelle la révolution culturelle a été lancée, est
le constat qu'un pays socialiste peut dégénérer politiquement et qu'une
"évolution pacifique" vers la restauration est possible. Tout au long
de la période socialiste, les classes et la lutte des classes subsistent, comme
persiste la lutte entre la voie socialiste et la voie capitaliste de développement
continue.
Le cible de la révolution, ce sont les responsables du Parti engagée dans la voie capitaliste. Ces responsables sont des bureaucrates, des technocrates, des arrivistes et des révolutionnaires démocrates bourgeois qui n'ont pas la moindre intention de mettre le marxisme-léninisme et la pensée de Mao Zedong en pratique, mais qui utilisent un langage marxiste-léniniste pour pratiquer le révisionnisme. La révolution culturelle est un vaste mouvement de masse pour critiquer et combattre tout ce qui dans l'idéologie et dans la superstructure ne correspond pas au socialisme, mais qui provient de l'ancienne société bourgeoise et féodale. Cette critique ne peut se réaliser correctement que sur la base d'un mouvement de masse pour l'assimilation du marxisme-léninisme et de la pensée de Mao Zedong, non seulement par les membres du Parti, mais aussi par les larges masses. La participation des masses dans la critique et dans le combat est nécessaire pour débusquer les responsables engagés dans la voie capitaliste et c'est au cours de cette lutte que les masses peuvent s'éduquer. Cette révolution culturelle, déclenchée par le camarade Mao Zedong, était absolument nécessaire pour combattre le bureaucratisme et le révisionnisme et pour maintenir la dictature du prolétariat.
Dans un pays petit-bourgeois aussi vaste que la Chine, cette révolution devait inévitablement connaître un parcours mouvementé. Le radicalisme petit-bourgeois, anarchisant devait s'exprimer, comme on devait s'attendre à des provocations de type '"gauchiste" des anciens ennemis du socialisme. En plus, il n'était point facile de définir avec précision les cibles de la révolution, les responsables engagés dans la voie capitaliste, et de faire la distinction entre les ennemis habilles à se camoufler, les opportunistes qui peuvent se transformer et les communistes ayant commis certaines erreurs. Mais ce n'est qu'à travers l'expérience vécue que les interférences de droite et de "gauche" pouvaient être dévoilées et que les cadres et les masses pouvaient s'éduquer.
Au cours de la période 1965-1985, les révisionnistes ont fermement établi leur domination à la tête du Parti et de l'appareil d'Etat soviétiques et ils se sont engagés dans un processus aventurier d'ingérences à l'extérieure. Au cours des années soixante, les révisionnistes pouvaient toujours s'appuyer sur les bases économiques solides, jetées du temps de Staline. Cette puissance économique permettait à la bureaucratie d'accumuler des privilèges croissants, comme elle permettait de suivre une politique militaire aventuriste à l'extérieur, s'appuyant sur les armes pour créer et élargir la sphère d'influence soviétique. Cette quête de sphères d'influence de part le monde s'est accompagnée d'un discours "marxiste-léniniste" démagogique. Certains ont interprété ce retour au "marxisme-léninisme" comme un départ du Khrouchtchévisme et comme un retour prudent aux principes du temps de Staline. Il n'en est strictement rien.
A tous les congrès sous Brejnev, l'orientation des XXe et XXIIe congrès a été explicitement maintenue. Tous les phénomènes négatifs, survenus sous Khrouchtchev, se sont encore amplifiés, la bureaucratie comme couche sociale distincte s'est consolidée, les privilèges se sont accrus, le "capitalisme de l'ombre" s'est développé en liaison avec les fonctionnaires et les directeurs d'entreprise corrompus.
Nous devons cerner aussi bien le maintien des thèses révisionnistes de Khrouchtchev que la fonction spécifique d'un certain discours "marxiste-léniniste", destiné à gagner des forces anti-impérialistes, à les détourner de la voie marxiste-léniniste révolutionnaire et à les lier aux projets brejnéviens d'extension de la sphère d'influence soviétique. Au cours de cette période, Brejnev a développé un "anti-maoïsme" virulent qui était essentiellement une opposition farouche au marxisme-léninisme révolutionnaire. La plupart des partis communistes qui ont suivi l'orientation soviétiques, ont été influencé par cet anti-maoïsme qui a eu, dans l'idéologie soviétique, la même fonction que l'anti-stalinisme. Sous le drapeau de l'anti-maoïsme et de l'anti-stalinisme, toute l'essence révolutionnaire du marxisme-léninisme a été attaquée.
Khrouchtchev, puis Brejnev, ont justifié la capitulation, puis le collaboration-rivalité avec l'impérialisme en agitant la menace d'une guerre nucléaire qui exterminerait l'humanité. Partant d'une position petite-bourgeoise et capitularde, ils affirmaient qu'il n'y avait pas d'alternative à l'entente avec l'impérialisme américain : toute guerre anti-impérialiste risquait de provoquer une incendie nucléaire mondiale. Mao Zedong a maintenu qu'il fallait encourager les masses opprimées et exploitées à se soulever contre l'impérialisme, pour leur libération, qu'il faut avoir la conviction que l'ordre mondial injuste et criminel était condamné à disparaître et que, par conséquent, il fallait mépriser l'impérialisme sur le plan stratégique et en tenir sérieusement compte sur le plan tactique. Soulignant que les peuples, conscients, organisés et décidés à se libérer, peuvent vaincre l'impérialisme, Mao disait que l'impérialisme américain n'est qu'un tigre de papier. Toutes ces thèses marxistes-léninistes ont été dénaturées et attaquées de façon démagogique, malhonnête et perfide par Brejnev.
"La principale directive à long terme pour la politique extérieure du groupe de Beijing, a été formulé pour plonger l'humanité dans une fournaise nucléaire. On pourrait croire que seuls des fous pouvaient penser ainsi et souhaiter que cela arrive. Mais c'est vrai. Les dirigeants chinois actuels maintiennent que la guerre générale est l'autostrade vers le 'communisme' et que penser autrement, c'est croire dans des 'tigres de papier'." (Henry Ernst: What are they after in Peking, Progress Publishers, Moscow, 1979, p. 13-14; 1967)
""L'esprit belliciste et l'idée qu'une nouvelle guerre mondiale est inévitable et même souhaitable, ont d'ores et déjà pénétré tous les domaines de la vie publique en Chine : la politique, l'économie et la culture. 'Le pouvoir sort du canon du fusil'." (Le maoïsme: slogans et pratique, Vladimir Glébov, Ed. Novosti, Moscou, 1978, p.61-62)
Afin de consolider leur pouvoir, les révisionnistes khrouchtchéviens ont affirmé que la victoire définitive et irréversible du socialisme était un fait dès l'année 1936. Ainsi, ils s'efforçaient de détruire la vigilance politique des communistes et des masses pour pouvoir appliquer, pas à pas, leurs plans de restauration. Ils se sont acharnés contre le maoïsme, parce que le camarade Mao Zedong rappelait à tous que le danger de restauration subsiste pendant une longue période historique.
"Dans un éditorial rédigé par Mao et publié(...) le 14 juin 1964, on pouvait lire : 'Il est impossible de parvenir en l'espace d'une ou de deux générations à la victoire définitive du socialisme. Il faudra cinq ou dix générations, voire une période encore plus longue, pour qu'on puisse l'obtenir une fois pour toutes'." (Le maoïsme : slogans et pratique, Vladimir Glébov, Ed. Novosti, Moscou, 1978, p.26)
"Les héritiers de Mao (...) accusent l'Union soviétique et les autres pays socialistes d'avoir mis "la révolution en veilleuse", d'avoir cessé"la lutte de classe contre les ennemis de la révolution", si bien qu'en URSS et certains autres Etats socialistes, tenez-vous bien, "la bourgeoisie a repris le pouvoir" et on assiste à une "restauration du capitalisme"." (Le maoïsme : slogans et pratique, Vladimir Glébov, Ed. Novosti, Moscou, 1978, p.28)
Les révisionniste soviétique se sont attaqué à la ligne générale pour l'édification socialiste que Mao Zedong a formulé en observant les luttes politiques et idéologiques sous Staline, puis le coup d'Etat de Khrouchtchev et l'imposition d'une ligne révisionniste, de trahison, en Union soviétique. Aujourd'hui, la justesse de cette ligne fondamentale, formulée par Mao Zedong, ne peut plus être mise en doute. Mao a écrit:
"La société socialiste s'étend sur une assez longue période historique, au cours de laquelle continuent d'exister les classes, les contradictions de classes et la lutte de classes, de même que la lutte entre la voix socialiste et la voie capitaliste, que le danger d'une restauration du capitalisme. Il faut comprendre que cette lutte sera longue et complexe, redoubler de vigilance et poursuivre l'éducation socialiste... Sinon un pays socialiste comme le nôtre se transformera en son contraire : il changera de nature et verra la restauration du capitalisme." (La Grande Révolution Culturelle, recueil de documents, Pékin, 1970, p.22-23)
Dans leurs efforts pour liquider le "maoïsme", les révisionnistes soviétiques se sont attaqués à ces thèses marxistes-léninistes dans les termes suivants.
"D'après Mao Tsé-toung, ce qui constitue la base du mode de vie socialiste, ce n'est pas l'unité morale et politique du peuple, mais on ne sait quelles contradictions, qu'il faut s'attacher à dénicher en son sein." (Le maoïsme : slogans et pratique, Vladimir Glébov, Ed. Novosti, Moscou, 1978, p.23)
"La thèse de la "poursuite de la révolution" avait été choisie pour longtemps par le groupe de Mao pour imposer sa ligne au peuple et, sous le prétexte de "continuer la révolution", mettre hors d'état de nuire les adversaires des "idées" et des "options" de Mao, ces hommes que la propagande officielle qualifiait désormais d'"ennemis" et d'"éléments contre-révolutionnaires"." (Le maoïsme: slogans et pratique, Vladimir Glébov, Ed. Novosti, Moscou, 1978, p.27)
Continuer la lutte de classes sous le socialisme, c'était, aux yeux des révisionnistes brejnéviens, imposer "une dictature militaire" au peuple !
"La "ligne particulière" proposée par Mao Tsé-toung dans les années 50 pour construire le socialisme en Chine se ramenait, elle aussi, à la transformation du pays en une énorme "commune" militarisée. Il s'agissait d'étendre l'organisation militaire à toutes les couches de la population, à l'industrie, aux administrations, à l'enseignement supérieur, aux écoles secondaires..." (Le maoïsme: slogans et pratique, Vladimir Glébov, Ed. Novosti, Moscou, 1978, p.63)
"Le slogan : "Le pouvoir sort du canon du fusil" connut un vrai regain de jeunesse pendant la "révolution culturelle". D'abord, les "gardes rouges" eurent un grand rôle dans les répressions et les purges ; ensuite, l'armée entra en scène pour reprendre à l'aide du fusil, le pouvoir à ceux qui l'avaient reçu du peuple." (Le maoïsme : slogans et pratique, Vladimir Glébov, Ed. Novosti, Moscou, 1978, p.64)
"Les nouveaux dirigeants de la Chine s'attachent eux aussi à faire du pays une "royaume de terreur" sans cesse secoué de campagnes politiques qu'on déclenche pour sévir contre les hétérodoxes, jeter des cadres dans des "camps de rééducation", organiser des procès publics contre les adversaires du régime. Le tout sous le signe du "fusil"." (Le maoïsme : slogans et pratique, Vladimir Glébov, Ed. Novosti, Moscou, 1978, p.67)
Il est indiscutable qu'à partir de l'année 1967, certains dirigeants soviétiques ont commencé à préparer les esprits à des opérations militaires contre la Chine. Dans le but de renverser la direction de Mao Zedong, les brejnéviens ont lancé des campagnes anti-chinois qui puisaient explicitement dans le vieil arsenal des théories fascistes sur le "danger jaune" et "le nouveau Djengis Khan, Mao Zedong". Les révisionnistes ne reculaient pas devant les falsifications les plus grossières. Ainsi, ils affirmaient que le prétendu mot d'ordre de Mao : "Le vent souffle de l'Est", annonçait la mise en application d'un grand plan d'expansion chinois visant à avaler tous ses voisins. Or, la phrase de Mao Zedong : "Le vent de l'Est l'emporte sur le vent de l'Ouest", signifie que les forces du socialisme l'emportent désormais sur les forces de l'impérialisme ; par conséquence, il faut avoir confiance dans la victoire et ne pas pratiquer une politique de capitulation. Ernst Henry, un commentateur soviétique influent, écrit déjà en 1967 :
"Le mot d'ordre de Beijing : 'le vent souffle de l'Est', cache un plan concret, un produit de l'esprit des nationalistes chinois, conçu au cours des années cinquante et récemment indiqué en Chine comme 'le grand plan stratégique'.... Le 'grand plan' a une ressemblance frappante avec le fameux plan Tanaka qui a été élaboré par l'état-major japonais et qui envisageait la conquête par étapes de l'Asie. Selon des rapports de la presse mondiale, le grand super-Etat chinois inclura, à part la Chine, aussi la Corée, la République Populaire de Mongolie, le Vietnam, le Cambodge, le Laos, l'Indonésie, la Malaysie, Birma et quelques autres pays. La seconde phase de la 'tempête venant de l'Est' envisage l'expansion en direction d'autres parties de l'extrême Orient et même du Moyen Orient." (p.30) "Les fanatiques maoïstes regardent Mao Zedong comme l'héritier direct de Genghis Khan, des empereur grand-Han et chauvin des dynasties des Tang et des Yuan et, sous certains aspects, même de Mohammed.... Il n'est pas nécessaire de prouver que les plans maoïstes sont intenables, ils peuvent être comparés uniquement aux hallucinations raciales de Hitler". (p.69)
Au cours de la période 1965-1976, le Parti communiste chinois a continué à s'opposer au révisionnisme et aux ingérences extérieures du groupe de Brejnev. Mais le Parti communiste chinois, du temps de Mao Zedong, avait déjà commis certaines erreurs d'analyse et de ligne, et après la mort de Mao, une tendance opportuniste s'est fait jour. Tout cela a rendu la lutte idéologique internationale plus complexe.
Deux événements majeurs des années 1968-1969 ont provoqué des réactions violentes de la part du PCC. A cette époque, un glissement dangereux vers le nationalisme s'est produit dans les positions du Parti communiste chinois. En 1968, il y eu des tensions le long de la frontière sino-soviétique qui ont abouti à des affrontements militaires majeures en mars 1969. Puis l'Armée rouge a occupé la Tchécoslovaquie, en août 1968. Ces deux événements ont provoqué au sein du PCC un retrait sur des positions nationalistes, qui cachaient en même temps des tendances à la conciliation envers le révisionnisme 'indépendant'.
Pour consolider ses positions nationales et internationales, le groupe révisionniste de Brejnev a escaladé sa lutte contre les forces marxistes-léninistes et principalement contre le Parti communiste chinois. Une Chine marxiste-léniniste représentait une grave menace idéologique pour les révisionnistes soviétiques. Elle constituait un exemple et un encouragement aux marxistes-léninistes soviétiques. Brejnev a tout fait pour ébranler, voir renverser le régime socialiste de Mao Zedong. Il est allé jusqu'à provoquer des affrontements militaires le long des frontières et à la menace nucléaire. La Chine avait raison de se défendre contre les ingérences et les provocations. Mais s'écartant du principe de l'analyse concrète de phénomènes différents, le PCC a inventé un concept global, le "social-impérialisme", qui l'a poussé à confondre toutes les oppositions à la politique soviétique. Puis le concept "social-fascisme" a conduit le PCC à faire l'économie de l'analyse concrète des contradictions spécifiques de la société soviétique.
Or, le groupe révisionniste de Brejnev ne devait pas seulement se défendre contre les marxistes-léninistes, il était aussi menacé sur sa droite par l'impérialisme et les ultra-révisionnistes, prêts à prendre le pouvoir "pacifiquement", encouragées et soutenues dans ces projets par l'impérialisme. Depuis 1948, la Yougoslavie était l'avant-garde de cette contre-révolution. Misant sur le développement du nationalisme bourgeois, elle exerçait une influence dans tous les pays de l'Est. En Hongrie, les révisionnistes Rajk, Nagy et Kadar appartenaient tous au courant titiste. La Chine avait dénoncé à juste titre la contre-révolution violente d'octobre 1956 à Budapest. Au cours des années soixante, les courants de la contre-révolution bourgeoise pacifique se sont développés dans tous les pays de l'Europe de l'Est.
Douze années après Budapest, les révisionnistes et les titistes avaient pris le pouvoir à la tête du Parti communiste tchécoslovaque. L'impérialisme allemand et américain, quant à eux, avaient tiré des leçons des événements hongrois et ils procédaient avec plus de prudence et de circonspection dans le déroulement de leurs plans contre-révolutionnaires. A partir des menaces réels qui planaient sur leur pays, les communistes chinois ont pris une position nationaliste bourgeoise dans la lutte contre le révisionnisme soviétique. Prenant appui sur l'histoire des agressions tsaristes contre la Chine féodale, ils ont élaboré la thèse du "social-impérialisme" et des "nouveaux tsars". L'analyse du révisionnisme tchécoslovaque, polonais, yougoslave a été complètement abandonnée, tous les feux étant braqués sur le "social-impérialisme". Le PCC n'a accordé aucune attention aux liens entre ces courants révisionnistes et l'impérialisme allemand et américain. Rappelons les thèses essentielles, formulées à l'époque par Mao Zedong et le PCC.
"De la couche privilégiée, bourgeoise, en Union soviétique, a émergé une classe de capitalistes monopolistiques et bureaucratiques". (Léninisme ou social-impérialisme ? The China Reader n° 4 - 1966-1972, vintage books, New York, p.456)
"L'économie capitaliste en URSS a une particularité : le capitalisme monopoliste d'Etat domine tout, régente tout. Cette situation est fort rare dans les pays impérialistes classiques." (Etudions l'économie politique, décembre 1975, Ed. du Peuple Shanghai, p.261)
"Les nouveaux tsars révisionnistes soviétiques ont restauré la vieille politique tsariste de l'oppression nationale... et transformé l'Union soviétique à nouveau en une 'prison des nations'." (China Raeder, p. 458)
"Le président Mao a indiqué : 'En URSS aujourd'hui, c'est la dictature de la bourgeoisie, la dictature de la grande bourgeoisie, c'est une dictature de type fasciste allemand, une dictature hitlérienne'." (Etudions l'économie politique, décembre 1975, Ed. du Peuple Shanghai, p.279)
"Sous le drapeau des 'forces armées unifiées', vous avez envahi la Tchécoslovaquie. Quelle est la différence entre cet acte... et l'agression des 'seize pays', organisée par l'impérialisme américain contre la Corée." (China Raeder, p. 464) "Que les chars soviétiques soient entrés à Prague, voilà qui, loin de représenter la force du social-impérialisme, est au contraire le signe que son empire néocolonial commence à s'effondrer." (Etudions l'économie politique, décembre 1975, Ed. du Peuple Shanghai, p.282)
"Elle pille à sa guise, sans pitié, et opprime sauvagement les peuples de certains pays d'Europe orientale(...) L'appétit de cette clique est plus dévorant que celui des tsars." (A bas les nouveaux tsars !, Ed. en Langues Etrangères, Pékin, 1969, p.4)
"La clique des renégats révisionnistes soviétiques a complètement revêtu la défroque des tsars, dans le vain espoir de rediviser le monde en collusion avec l'impérialisme américain et d'établir son hégémonie mondiale de social-impérialisme.... En Asie, non contente d'avoir transformé la République populaire de Mongolie en colonie, encore cherche-t-elle à envahir et occuper davantage le territoire chinois. Au Moyen-Orient et dans le Sud-Asiatique, elle s'évertue à étendre son influence coloniale." (A bas les nouveaux tsars !, Ed. en Langues Etrangères, Pékin, 1969, p.29)
L'évolution que l'Union soviétique a connu entre 1985 et 1990 a dévoilé l'inconsistance de toutes ces thèses. Mais à l'époque, nous, les marxistes-léninistes qui ont repris ces analyses du PCC, aurions dû faire preuve d'une plus grande prudence. En effet, le PCC n'a publié aucun travail de recherche scientifique, matérialiste et dialectique, sur les réalités économiques et politiques soviétiques dans leur complexité et dans leurs contradictions. L'argumentation du PCC était surtout basé sur des analogies historiques, dont la valeur est toujours toute relative, et sur des extrapolations assez arbitraires à partir des aspects bien réels, mais partiels de la réalité soviétique. Nous aurions pu appliquer à l'analyse de l'Union soviétique, faite par le PCC, les critiques que Mao avait adressé au Manuel d'Economie Politique publié sous la direction de Staline.
"Le style de l'ouvrage est très mauvais.... Son point de départ n'est pas l'analyse concrète de la contradiction entre les forces productives et les rapports de production, ni l'analyse concrète de la contradiction entre la base économique et la superstructure. Il ne tient pas compte de telles analyses pour présenter et étudier les problèmes. Tout dans ce livre résulte de notions et de définitions. Il se borne à définir ; il ignore les raisonnements. Or, en réalité, les définitions doivent être le résultat des analyses, et non le point de départ de celles-ci. Le livre énonce, ex nihilo, une série de lois qui ne découlent pas et ne sont pas prouvées par l'analyse du processus concret du développement historique. Or, les lois ne peuvent pas s'expliquer d'elles-mêmes. Il est impossible de les expliquer clairement si l'on ne commence pas par analyser le processus concret du développement historique." (Mao Tsé-toung et la construction du socialisme, 1975, Ed. du Seuil, p.161)
Menacé, le PCC devait indiscutablement défendre l'indépendance de la Chine contre les complots, les ingérences et les agressions dont elle était la victime de la part des révisionnistes soviétiques. Mais cette défense étant de plus en plus assuré à partir d'une position nationaliste bourgeoise, le PCC n'entreprenait plus des analyses marxistes-léninistes rigoureuses des différentes classes sociales et forces politiques opérant sur la scène internationale et dans les pays particuliers. Dans ses démarches, le PCC prenait de moins en moins en compte les intérêts d'ensemble de la révolution socialiste mondiale. Elle ne critiquait plus le révisionnisme et l'aventurisme soviétique sur une base de classe, marxiste-léniniste, qui aurait pu convaincre les communistes honnêtes, trompés par le groupe de Brejnev.
Aujourd'hui, le Parti du Travail de Belgique a réévalué les positions qu'il a partagé avec le PCC sur le social-impérialisme soviétique, le capitalisme d'Etat et le social-fascisme. Concernant la période 1956-1990 en Union soviétique, il est arrivé aux conclusions suivantes. Khrouchtchev a usurpé le pouvoir en 1956, après trois années de préparatifs. Ensuite, il a dû consolider son pouvoir à la direction du parti en éliminant la majorité du bureau politique, lors de la lutte contre "la clique anti-parti Molotov-Malenkov-Kaganovitch". Par des attaques idéologiques et politiques contre des principes essentiels de la construction socialiste, Khrouchtchev a d'abord changé l'orientation fondamentale du PCUS. Ceci était nécessaire pour permettre aux cadres bureaucratisés et opportunistes d'acquérir des positions confortables et privilégiées et de se constituer en couche sociale distincte.
Même après l'élimination de Khrouchtchev, certains cadres dirigeants ont continué à faire des efforts pour en revenir aux principes marxistes-léninistes. Les bases socialistes de la société n'étaient pas encore détruites et des millions de communistes persévéraient dans leur travail révolutionnaire.
Lors de la période Brejnev, la couche dirigeante a accumulé des privilèges et s'est enrichie de façon illégale, mais elle devait toujours parasiter, en quelque sorte, une base économique et politique qui ne lui appartenait pas. Les communistes authentiques défendaient un certain nombre d'acquis socialistes. Les mesures socialistes, les lois socialistes et l'idéologie marxiste-léniniste continuaient à occuper des positions importantes dans la société. Dans les relations extérieures, Brejnev a développé une hostilité outrancière envers la Chine et l'Albanie et envers certaines partis authentiquement marxistes-léninistes. Néanmoins, les liens basés sur l'internationalisme prolétarien et la solidarité anti-impérialiste, forgés du temps de Staline, ont continué à exercer une certaine influence et l'Union soviétique a continué à apporter une aide réelle à certains pays socialistes et anti-impérialistes et à des forces communistes et anti-impérialistes. Mais la tendance à transformer ces liens en de rapports de dépendance, à les utiliser pour pratiquer une politique de sphère d'influence s'est accentuée au cours des années Brejnev. Soutenant les forces réformistes-bourgeoises et petites-bourgeoises qui s'opposaient à l'impérialisme, Brejnev a remplacé l'internationalisme prolétarien par une politique de rivalité avec les puissances impérialistes. Ceci a conduit, dans certains cas, à une politique d'ingérence, de contrôle et d'hégémonie militaire.
La couche dirigeante, en faisant une caricature du marxisme et en encourageant ou en tolérant toutes sortes de courants idéologiques pro-occidentaux et réactionnaires, a renforcé les tendances pro-capitalistes parmi les masses. Dans un nombre croissant de secteurs, les nouveaux éléments bourgeois ont transformé les moyens de production ou les biens de l'Etat en leur propriété privée et ils se sont liés aux capitalistes nouveaux du secteur informel dont ils ont encouragé l'extension. A la fin de la période Brejnev, une nouvelle classe capitaliste s'était soudée ayant des intérêts propres, antagoniques à ceux des travailleurs. Elle était maintenant adulte et prête à lutter pour instaurer sa dictature bourgeoise ouverte, en détruisant les derniers éléments d'origine socialiste dans la politique intérieure et extérieure soviétique.
Il y a eu deux grands points de rupture en URSS : les rapports de Khrouchtchev de 1956, qui marquent le rejet des principes léninistes, et le programme de réformes de Gorbatchev de 1990, qui marque le passage à l'économie capitaliste. Le processus de dégénérescence a débuté en 1956 et il a abouti trois décennies plus tard.
Le révisionnisme de Khrouchtchev a initié une période de transition du socialisme au capitalisme. Au cours de cette période transitoire, des éléments socialistes ont continué à lutter avec les éléments capitalistes. Poser le problème en termes : dictature du prolétariat ou dictature de la grande bourgeoisie est une approche scolastique et idéaliste. Les nouveaux et les anciens éléments bourgeois ont eu besoin de trente ans pour consolider leurs positions dans le domaine politique, idéologique et économique et pour en finir, étape par étape, avec tous les éléments socialistes dans la société soviétique. La thèse selon laquelle Khrouchtchev a établi un mode de production spécifique, celui du capitalisme d'Etat, forme supérieure de capitalisme où la "nomenclature" possède collectivement les moyens de production, était fausse. L'expérience a montré qu'il ne s'agissait pas d'un système d'exploitation ayant sa propre base économique, lui permettant d'affronter les autres puissances bourgeoises. Au cours des périodes Khrouchtchev et Brejnev, les nouveaux éléments bourgeois ont forgé leurs armes, mais dès qu'ils ont été assez forts, ils se sont lancés dans le combat pour la propriété privée des moyens de production. Dans la logique de la théorie du capitalisme d'Etat, le parti révisionniste était le creuset de la nouvelle bourgeoisie : parti révisionniste, nomenclature et nouvelle bourgeoisie étaient synonymes. Or, avec l'achèvement du processus de dégénérescence, nous voyons que la grande bourgeoisie, en URSS comme à l'Est, se débarrasse du parti communiste en lançant le multipartisme bourgeois et en créant un nouveau parti social-démocrate.
Khrouchtchev représente une bourgeoisie naissante qui a besoin de faire de la démagogie communiste pour se protéger, pour cacher ses menées, pour gagner du temps afin de se développer et se renforcer. Gorbatchev représente la bourgeoisie mûre qui contrôle une grande partie des forces économiques et la plupart des leviers idéologiques et politiques et qui se lance dans la dernière bataille pour instaurer sa dictature ouverte. Il n'est pas correct d'identifier la suprématie de la tendance révisionniste à la tête du parti, avec la restauration du capitalisme et l'établissement de la dictature de la grande bourgeoisie. Les exemples de Cuba et de la Chine le démontrent à l'évidence. Les Cubains ont suivi très loin le révisionnisme et l'hégémonisme de Brejnev. Pourtant, nous constatons qu'une rectification au sein du Parti Communiste cubain a été possible et que le parti retourne à une conception révolutionnaire du marxisme-léninisme.
Lorsque Hu Yaobang et plus tard, Zhao Zhiyang ont été secrétaires généraux du Parti Communiste Chinois, ils ont appliqué une ligne plus révisionniste que celle adoptée par Khrouchtchev en 1956-1962. Ceux qui disent que la dictature de la grande bourgeoisie a commencé avec Khrouchtchev ont, en toute logique, conclu à la restauration du capitalisme en Chine. Or, nous avons vu se produire des luttes violentes au sein du PCC et la fraction la plus droitière a reçu des coups en juin 1989. Ceci indique que la prise de pouvoir par les révisionnistes se heurte, pendant une longue période historique, à une grande résistance et qu'elle peut être renversée. Ceci ne diminue en rien les difficultés énormes d'un tel renversement.
L'adoption des thèses sur le capitalisme d'Etat, le social-impérialisme et le social-fascisme par le Parti communiste chinois, a eu des conséquence graves. D'abord, le nationalisme a conduit la Chine socialiste à des alliances sans principes avec l'impérialisme américain et avec la réaction. La théorie des Trois Monde, formulée par Mao Zedong, a été accepté aussi bien par la tendance Tsiang Tsing que par celle de Deng Xiaoping. Voici sa thèse principale :
"Des deux superpuissances, l'Union Soviétique est l'impérialisme le plus féroce, le plus aventureux, le plus fourbe, et elle constitue le foyer de guerre mondiale le plus dangereux." (La théorie du président Mao sur la division en trois mondes, importante contribution au marxisme-léninisme, Ed. en Langues Etrangères, Pékin, 1977, p.33)
L'Union soviétique connaît une "dictature fasciste... qui permet au social-impérialisme soviétique de militariser plus facilement toute l'économie nationale et tout l'appareil d'Etat." (La théorie du président Mao sur la division en trois mondes, importante contribution au marxisme-léninisme, Ed. en Langues Etrangères, Pékin, 1977, p.36-37)
Lors de son voyage aux Etats-Unis, Deng Xiaoping a formulé les conclusions extrêmes, découlant de cette thèse, en prônant une alliance avec l'extrême droite de l'impérialisme américain. Ainsi, il a déclaré :
"Nous estimons que le danger de guerre provient de l'URSS. La menace qui pèse sur la paix, la sécurité et la stabilité internationale provient de l'URSS." "Ce dont on a besoin, ce sont des mesures réalistes et pratiques, par exemple, l'unité entre les Etats-Unis, la Chine, le Japon, l'Europe occidentale et d'autres pays pour faire face à l'hégémonisme soviétique." (Beijing Information N 6, 12 février 1979, p.14)
L'impérialisme américain a adopté une double tactique dans sa lutte contre l'Union soviétique. La fraction d'extrême droite voulait pousser au maximum la militarisation de l'économie pour "saigner l'URSS à blanc" en la poussant à un effort militaire insoutenable ; elle mobilisait toutes les forces d'extrême droite et fascistes contre le communisme et était enclin à des aventures militaires. La fraction libérale croyait que la militarisation à outrance nuirait, en fin de compte, à l'économie et à la position internationale des Etats-Unis ; elle poursuivait la tactique de l'infiltration économique et politique, elle voulait lier les forces bourgeoises montantes en Union soviétique à la grande bourgeoisie américaine, corrompre des cadres, aider au développement de courants d'opinion pro-capitalistes. Le but était de réaliser la contre-révolution pacifique. Deng Xiaoping combattait cette seconde fraction de la bourgeoisie américaine pour se lier à la première. Ses partisans écrivaient :
"L'apaisement d'aujourd'hui est plus dangereux que celui de Chamberlain, parce que les victimes ne seront plus la Tchécoslovaquie seule, mais l'entière Europe occidentale, voire l'Afrique et le Moyen-Orient. A l'heure actuelle, l'Europe occidentale est sous la protection des Etats-Unis ; mais si l'Union soviétique lance une guerre éclair contre elle, on ignore comment Washington réagira." Les libéraux américains affirment: "La menace soviétique "n'est pas si urgente", car globalement, "les Etats-Unis sont encore les plus forts". La doctrine Sonnenfeldt reconnaît ouvertement l'Europe orientale comme sphère d'influence soviétique, dans le but d'amadouer l'Union soviétique." (Beijing Information N° 50, 12 décembre 1977, p.8-9)
Ces mêmes libéraux "veulent utiliser comme appât les crédits importants, les grosses transactions commerciales, l'exploitation commune des ressources naturelles, les échanges techniques, etc., dans le but de jeter la 'base matérielle' pour établir une soi-disant coopération pacifique et éviter la guerre." (La théorie du président Mao sur la division en trois mondes, importante contribution au marxisme-léninisme, Ed. en Langues Etrangères, Pékin, 1977, p.72)
De cette orientation suivait une politique de rapprochement avec la pire réaction européenne. "Du côté européen, F.J. Strauss, leader de l'Union social-chrétienne de la RFA, a déclaré : "Le rejet de la bombe à neutrons aurait des conséquences désastreuses pour la capacité défensive de l'OTAN et de l'Europe"." (Beijing Information N° 15, 17 avril 1978, p.27)
Il en découlait aussi un soutien aux dictatures militaires les plus féroces, sous prétexte de combattre les "agents de la superpuissance la plus dangereuse".
"De nombreuses organisations terroristes turques ont subi un rude coup après la prise du pouvoir par les militaires le 12 septembre 1980. Au cours des six derniers mois, l'ordre social règne plus ou moins dans le pays." "Les forces de sécurité ont lancé plusieurs opérations massives dans tout le pays afin de faire la chasse aux terroristes ultra-gauchistes et ultra-droitiers. Selon la presse turque, plus de 45 000 personnes ont été mises en détention depuis septembre 1980." "La stabilité politique a aidé à un rétablissement économique." (Beijing Information N° 16, 20 avril 1981, p.12)
Deuxièmement, cette orientation nationaliste a conduit à l'abandon de toute critique du révisionnisme et à l'alliance avec les forces révisionnistes qui avaient des divergences avec la "superpuissance la plus dangereuse". Ce rapprochement s'est fait tout d'abord sur la base des positions nationalistes bourgeoises qui étaient partagées de part et autres. Comme toujours, c'est le titisme qui a joué ici encore son rôle d'avant-garde... au service de l'impérialisme américain. Ainsi, en 1975 déjà , Mao avait reçu le premier ministre yougoslave Djemal Biyedic et un rapprochement s'était entamé sur une base "anti-superpuissance soviétique". Hua Kouo-feng déclare en 1977 en Yougoslavie :
"Le président Mao prêtait une haute attention au développement des rapports sino-yougoslaves. En octobre 1975, il a eu une entrevue cordiale avec le président Bijedic, au cours de laquelle il a déclaré en termes élogieux que le président Tito ne craignait pas la pression, qu'il était aussi ferme que le fer." (Beijing Information N° 36, 5 septembre 1977, p.9)
En Pologne, le PCC a noué des alliances aussi bien avec cette force réactionnaire et pro-impérialiste que constitue Solidarnosc, qu'avec le Parti révisionniste, dans la mesure où les deux s'opposaient à la politique soviétique.
"Aucun interventionniste féroce ne pourra faire peur au gouvernement et au peuple polonais tant qu'ils auront à coeur les intérêts fondamentaux du pays, s'uniront ensemble dans la lutte commune contre l'ennemi étranger." (Beijing Information N° 14, 6 avril 1981, p.9)
Troisièmement, le nationalisme a conduit le PCC d'une position de conciliation envers et d'alliance avec le révisionnisme, à l'acceptation des thèses révisionnistes. Pour la deuxième fois dans son histoire, le PCC s'est rapproché politiquement de la Yougoslavie sur une base nationaliste bourgeoise commune. En septembre 1977, Tito arriva à Beijing où l'homme, taxé en 1963 d'agent américain et de restaurateur, fut salué comme un grand marxiste-léniniste... Hua Kouo-feng lui dira en 1978 :
"Les peuples chinois et yougoslave... entreprennent l'un comme l'autre la révolution et l'édification selon le principe d'indépendance et d'autonomie." "Suivant la théorie scientifique du marxisme et partant des conditions concrètes du pays, la Ligue des communistes yougoslaves a instauré et développé un système d'autogestion socialiste." (Beijing Information N° 35, 4 septembre 1978, p.13-14)
En novembre 1980, le PCC a renoué les contact avec le Parti révisionniste espagnol, pour la bonne raison qu'il avait les positions anti-soviétiques les plus tranchées parmi les partis révisionnistes européens. Dans la même foulée, le PCC taxait la ligne de l'eurocommunisme, ligne ouvertement sociale-démocrate, d'application concrète du marxisme-léninisme à la réalité spécifique de l'Espagne. Le PCC prend position contre la gauche du PCE qui défend encore certaines positions léninistes, mais qui maintient aussi sa solidarité avec l'Union soviétique.
"Lors du 10e congrès, l'écrasante majorité des délégués s'est prononcée pour la ligne de l'eurocommunisme, seule une minorité de "pro-soviétiques" a persisté dans son opposition." (Beijing Information N° 32, 10 août 1981, p.9)
Au moment où le PCC a formulé sa théorie du social-impérialisme social-fascisme, il a aussi abandonné ses principes sur l'unité du mouvement communiste international pour pratiquer un scissionnisme de gauche. Ses dénonciations outrancières des directions révisionnistes lui rendaient impossible de maintenir le contact avec les forces marxistes-léninistes, opérant au sein de ces partis. Ces positions scissionnistes étaient, par conséquence, nuisibles au développement du courant marxiste-léniniste au sein de ces partis. En plus, cette position était incohérente avec l'affirmation souvent répétée que les masses des cadres et des membres du PCUS restaient fidèles au marxisme-léninisme. En 1968, le PCC écrit :
"Les larges masses des révolutionnaires soviétiques savent de mieux en mieux reconnaître sous son vrai jour le visage de renégats de Brejnev, Kossyguine et consorts. Leur mécontentement, leur condamnation et leur lutte dirigés contre cette clique ne cessent de s'accroître et de se renforcer, et se transformeront inéluctablement en d'ardentes flammes révolutionnaires qui détruiront finalement la domination réactionnaire des nouveaux tsars du Kremlin." (Les révisionnistes soviétiques restaurent le capitalisme sur toute la ligne en Union soviétique, Ed. en Langues Etrangères, Pékin, 1968, p.70-71)
Mais cette révolution, se fera-t-elle sans Parti communiste ? Où se trouvent les communistes fidèles au marxisme-léninisme ? En avril 1969, le Rapport soumis au IXe Congrès du PCC reprend une thèse de Mao :
"Je conseille aux camarades d'avoir la ferme conviction que le peuple soviétique, la grande masse des membres du Parti et des cadres sont bons et veulent la révolution, et que la domination du révisionnisme ne sera pas de longue durée." (Recueil, p. 99)
Tout en critiquant à partir des principes marxistes-léninistes le révisionnisme et l'ingérence à l'extérieure, le PCC aurait du suivre une politique d'unité, capable d'aider politiquement et idéologiquement cette "grande masse des membres et des cadres". Le révisionnisme krouchtchévien a commencé par rompre l'unité du mouvement en expulsant les Partis qui défendaient fermement le marxisme-léninisme. Mais ensuite, le sectarisme et la gauchisme ont conduit à d'innombrables scissions injustifiées.
Des Partis communistes qui ont soutenu la lutte anti-révisionniste du Parti communiste chinois, dont le nôtre, ont taxés les Cubains de "mercenaires de l'expansionnisme soviétique". Le Parti cubain, à son tour, a traité le Parti communiste chinois de parti hégémoniste et réactionnaire, allié de l'impérialisme américain. Des divergences d'analyse et d'appréciation réelles, ont été poussées à l'antagonisme et à la rupture. Le point de vue de la partie opposée n'était plus étudié avec objectivité et pondération. Les divergences de fond devaient être clarifiées, mais il fallait prendre son temps et faire des analyses matérialistes et lucides, tout en maintenant l'unité entre communistes. De la même façon, il y a eu des conflit idéologiques et politiques importants concernant la Tchécoslovaquie en 1968, le Kampuchéa en 1979, l'Afghanistan en 1980, la théorie des trois monde en 1977, l'élimination de la Bande des Quatre en 1976, la ligne de Deng Xiaoping au début des années quatre-vingt.
Tout ces conflits étaient important. Chaque parti aurait dû étudier avec grand sérieux les différentes positions qui s'affrontaient, formuler sur cette base sa propre opinion, tout en gardant l'unité du mouvement. Le fait est qu'aujourd'hui, des communistes qui se sont affrontés avec la plus grande violence à propos de la Tchécoslovaquie, de l'Afghanistan, de la théorie des trois monde, de la ligne de Deng, et cétera, se retrouvent dans le même camp, défendent le marxisme-léninisme et combattent le révisionnisme, après avoir apporté les corrections nécessaires à leurs positions anciennes. Pour sa part, notre parti a tiré une conclusion des nombreuses luttes violentes auxquelles nous avons assisté : quelle que soit l'âpreté des affrontements au sein d'un autre parti ou entre deux autres partis communistes, nous devons, tout en les étudiant avec sérieux, maintenir à tout prix l'unité de notre propre parti. Le même principe doit s'appliquer au mouvement communiste international dans son ensemble : quelle que soit l'âpreté des divergences, nous ne devons pas permettre qu'elles conduisent à l'éclatement du mouvement et au scissionnisme.
Bien sûr, on pourrait objecter à cette position que les communistes ne peuvent pas faire des concessions sur les principes. Nous y répondons ceci. Chaque parti applique les principes marxistes-léninistes à la réalité présente selon sa propre conception. Personne ne peut lui demander de faire des concessions qu'il juge de principe. Chaque parti définit sa position en toute indépendance. Mais cela n'est pas en contradiction avec son devoir de maintenir l'unité du mouvement communiste international, puisque cette unité est, elle aussi, une question de principe primordiale.
A ce propos, il est aussi important de réfléchir aux agissements des ennemis du mouvement communiste. Il y a une ample documentation sur la pratique de la CIA et d'autres services secrets, d'utiliser systématiquement les divergences dans les partis communistes et entre partis, pour pousser à la lutte extrémistes, à la division et à la scission. Parce qu'il connaît l'importance de l'unité du mouvement communiste, l'ennemi entreprend tout pour le faire éclater et soutient toutes les tendances centrifuges, appuyant souvent aussi bien les révisionnistes de droite que les positions gauchistes pour précipiter l'éclatement. Mao Zedong a dit un jour : "L'important est de savoir apprendre". Maintenir l'unité du mouvement permet à chaque partis d'apprendre plus et d'apprendre plus vite. On peut apprendre non seulement des partis avec lesquels on a un accord global, mais aussi des partis dont on pense qu'ils suivent une orientation révisionniste ou gauchiste.
Notre parti a adopté le principe de maintenir et de développer des rapports avec des partis communistes dont il juge la ligne opportuniste de droite ou de gauche.
D'abord, parce que nous pouvons nous tromper dans notre jugement.
Ensuite, parce que l'expérience nous a montré que nous pouvons tirer profit de certains aspect de leur travail dans les masses, de leurs expériences, de leur travaux théoriques, etc.
Troisièmement parce que des divergences fondamentale sur la ligne idéologique ne doivent pas empêcher certaines formes de coopération et de luttes communes dans les domaines du racisme, des droits syndicaux, du combat anti-impérialiste.
Quatre. Nous devons tenir compte des évolutions possibles. Certains Partis que nous considérons comme révisionnistes, peuvent évoluer pour le mieux ou certaines fractions de ces Partis peuvent évoluer positivement. Nous avons considéré que les directions des Partis au pouvoir en Europe de l'Est suivaient depuis les années soixante une politique révisionniste. Cette analyse était assez bien fondée, puisqu'on a vu passer ces directions presque intégralement au libéralisme. Néanmoins, lorsque le vieux camarade Honecker a eu le courage de dénoncer la restauration capitaliste en RDA et d'affronter devant le tribunal ceux qui continuent la lutte anticommuniste des nazis, nous l'avons soutenu, quelles que soient nos divergences passées. Finalement, des partis que nous considérons comme révisionnistes ou gauchistes peuvent dégénérer complètement, disparaître ou passer ouvertement du côté de l'ordre bourgeois. Avoir gardé des rapports avec un tel parti, peut aussi nous apporter des leçons utiles, des leçons négatives que nous pouvons mieux formuler à partir de l'évolution que nous avons suivie pas à pas. Bien sûr, le danger de conciliation avec le révisionnisme et le passage, à petits pas, sur des positions opportunistes guette tous les partis communistes, aussi longtemps que nous vivons dans un environnement mondial dominé par l'impérialisme et l'idéologie bourgeoise. Mais ce danger réel ne doit pas nous pousser à adopter une attitude erronée dans la question de l'unité du mouvement communiste international. Nous devons lutter contre ce danger en renforçant notre vigilance et notre éducation politique.
Pour terminer ce rapport, nous formulons quatre conclusions.
Notre parti estime qu'il est nécessaire de remettre en honneur l'oeuvre accomplie par le camarade Staline, sa défense de la dictature du prolétariat, sa défense de l'internationalisme prolétarien et sa lutte conséquente contre les lignes bourgeoises, et notamment contre le trotskisme, le boukharinisme, le nationalisme bourgeois et le titisme.
Notre parti a une haute appréciation de la ligne développée par Mao Zedong pour la révolution nationale et démocratique. Mais sa plus grande contribution au mouvement communiste internationale a été sa théorie de la continuation de la révolution sous la dictature du prolétariat et sa pratique de la grande révolution culturelle.
Notre parti estime que Staline et Mao Zedong sont les deux grandes figures qui ont dominé le mouvement communiste international depuis 1923. Etudier sérieusement leurs oeuvres et leurs accomplissements est essentiel pour adopter une orientation idéologique et politique correcte dans notre lutte. Il n'est pas correcte que les analyses et les opinions de Mao Zedong sont supérieures, dans tous les domaines, à celles de Staline. En nous basant sur les principes formulés par Lénine et Staline, nous critiquons certaines positions nationalises et titistes, exprimées par Mao Zedong.
Pour se redresser et pour progresser, le mouvement communiste internationale doit non seulement défendre les principes marxistes-léninistes, mais il doit aussi repousser le scissionnisme pratiqué aussi bien par les éléments révisionnistes que par les éléments gauchistes et petits-bourgeois et défendre fermement l'unité du mouvement communiste internationale sur la base du marxisme-léninisme et de l'internationalisme prolétarien.