Dossier médias : désinformation et propagande

Sommaire :

Reporters Sans Frontières

La télévision comme outil de contrôle social

La propagande impérialiste à travers les jeux vidéo

I – L’exemple de U$ Army Ops (2002)

 II - L’exemple de Command and Conquer Generals (2003)

Le directeur de l'info reconnaît que la RTBF censure le PTB

Les intellectuels et le football...

Le Football, une peste émotionnelle...

Reporters Sans Frontières

L'association Reporters sans frontières (RSF) compte au nombre des outils qui servent à camoufler la peste médiatique en bienfait universel. Créé en 1985 pour « révolutionner l'univers du journalisme » 1, RSF s'est transformé en entreprise de publicité et de communication événementielle à mesure que son patron, Robert Ménard, succombait aux vertiges du trotsko-reniement mondain.

Entre critique de la presse et glorification du journaliste, il a vite tranché : « Nous avons besoin du soutien consensuel de la profession, tandis que la réflexion sur le métier de journaliste prête, par définition, à la polémique. Comment, par exemple, organiser un débat sur la concentration des organes de presse et demander ensuite à Havas ou à Hachette de sponsoriser un événement ? » Réponse ? En s'abstenant d'organiser un tel débat : « Notre ligne est d'être le moins politique possible, de nous situer exclusivement sur un créneau "droits de l'homme". » Avec un produit-phare : la « liberté de la presse ». RSF s'est donc spécialisé dans l'usinage médiatique de martyrs. « Notre raisonnement est le suivant : tuer un journaliste, c'est aller contre la liberté d'expression qui profite à tous. C'est imposer à tous le silence » - une logique lumineuse qui conduirait à affirmer : « Tuer un électricien, c'est imposer à tous les ténèbres. »

RSF part d'un principe courant dans la profession : « Il n'y a pas de liberté sans liberté de la presse » car « la démocratie n'existe pas tant que les médias sont censurés ». Or, pour Ménard, la censure ne pouvant provenir que des États, des mafias ou des guérillas, marché rime avec liberté. Les groupes de communication ont applaudi le raisonnement. Le milliardaire François Pinault, via la Fnac qu'il possède (tout comme il possède l'hebdomadaire Le Point, le mensuel nul de Karl Zéro et une partie du QVM), finance les albums photo dont Reporters sans frontières tire ses revenus. Leur diffusion est offerte par le marchand de missiles Lagardère, via les NMPP qu'il contrôle. Le cour léger, Pinault s'est également associé à RSF pour organiser la première « cybermanif » (03.05.00), dont Ménard a résumé l'approche « citoyenne » : « Le plus grand nombre d'internautes possible devaient se connecter au site de la FNAC. »

Reporters sans frontières peut aussi, au nom du contre-pouvoir, encaisser les subventions que lui attribue la Commission européenne - jusqu'à 70 % du budget de l'association au milieu des années 1990.

Avec RSF, les seules « frontières » de la « liberté de la presse » resteront pour longtemps les censures de l'argent. Le Quotidien vespéral des marchés et L'Écho des start-up ESU (encore connu sous le nom de Libération) glapissent lorsqu'un reporter se fait arracher sa carte American Express par un gavroche famélique du Tatarstan. Mais ils se taisent et ils se courbent quand Pinault, Messier ou Riboud achètent les faveurs des journalistes (lire PLPL, nos 1 à 4). Robert est heureux : « Depuis la naissance de Reporters sans frontières, en 1985, la liberté de la presse a considérablement progressé. [.] En France, la presse est non seulement plus libre, mais aussi plus impertinente. » Quelques années auparavant, Ted Turner, patron multimilliardaire de CNN, avait dressé le même constat béat : « Depuis la création de CNN, la guerre froide a cessé, les conflits en Amérique centrale ont pris fin, c'est la paix en Afrique du Sud alors que la situation semblait désespérée, ils essaient de faire la paix au Moyen Orient et en Irlande du Nord. Les gens voient bien que c'est idiot de faire la guerre. Personne ne veut passer pour un idiot. Avec CNN, l'info circule dans le monde entier. Personne ne veut avoir l'air d'un débile. Donc ils font la paix car, ça, c'est intelligent. » (Documentaire « La planète CNN », Arte)

La médaille (dorée) a son revers (sanglant) : quand l'Occident, donc la Liberté, bombarde et tue des journalistes, RSF préfère regarder ailleurs, plus doué pour compter ses euros que les cadavres de « nos » ennemis. C'est ce qui semble s'être passé en avril 1999 : l'aviation atlantique avait bombardé le site de la radio-télévision serbe, tuant seize personnes. Au nombre des victimes, plusieurs journalistes ou assimilés. Cependant, au printemps 2000, quand RSF publia son célèbre rapport annuel sur le nombre des journalistes tués pendant les douze mois précédents, l'organisation « oublia » de compter ces victimes-là. L'eut-elle fait, elle aurait dû reconnaître qu'en 1999 le principal assassin de journalistes avait été l'OTAN 2.

Les tribulations déontologiques de l'adjudant Ménard

« Je suis autoritaire. [...] Je ne sais pas discuter et j'aime décider seul. 3 » Ancien membre de la Ligue communiste révolutionnaire comme son ami Edwy Plenel, Robert Ménard - que ses esclaves de RSF surnomment « l'adjudant Ménard » - illustre le tournant pris dans les années 1980 par ces contestataires aux dents longues, passés de l'engagement critique et politique aux préoccupations « déontologiques » et « morales ».

Deux activités remplissent l'existence de l'adjudant Ménard : parader dans les médias pour délivrer des certificats de « liberté de la presse », et saturer les lignes de ses confrères pour attirer leur attention sur le dernier « coup » de Reporters sans frontières. La frénésie téléphonique de Ménard est telle qu'à l'approche du 3 mai, date de la journée mondiale de la liberté de la presse de marché, les journalistes, harassés, se refilent le combiné en chuchotant : « MCM ! MCM ! » [« Merde, c'est Ménard ! », ndlr]. « Notre seule force, c'est notre poids dans les médias », rétorque le directeur de RSF. « La médiatisation de notre action n'est pas un supplément d'âme, c'est notre raison d'être. »

L'adjudant Ménard a théorisé la guérilla médiatique : « Il faut savoir utiliser les techniques d'aujourd'hui : la publicité, le marketing. » Et surtout, savoir transmuer la censure en cirage : « Il m'est arrivé, en tant que directeur de l'association, de demander à des journalistes de ne pas trop parler de tel ou tel dérapage de tel ou tel confrère que nous défendons. La plupart des journalistes tiendront compte de mes remarques. »

Déontologie » oblige, l'adjudant Ménard s'indigne parfois contre des « confrères » qui ne sont « pas à la hauteur de leur mission » : « Nous veillons, depuis, c'est vrai, trop peu de temps, à ne pas en faire des parangons de vertu quand nous savons que certains sont eux-mêmes corrompus et peu respectueux d'un minimum de déontologie. » De qui s'agit-il ? D'Yves Messarovitch (L'Expansion) qui fourbit à langue nue le piano du patron multimilliardaire Bernard Arnault ? De Christine Mital (Le Nouvel Observateur) qui reprise les phrases trouées de Messier et rédige son livre (lire PLPL n° 2-3) ? Que nenni ! Ces journalistes corrompus, l'adjudant Ménard les a détecté « au Cameroun » et « en Côte d'Ivoire par exemple, [où] toutes les grandes entreprises disposent d'un "budget communication" très particulier, destiné à payer les journalistes pour la parution ou la non parution d'un article ». À ces indigènes ignorants, l'adjudant Ménard compte prodiguer les principes élémentaires de déontologie forgés par les parrains célèbres de Reporter sans Frontières : Christine Ockrent, reine des plagiats et impératrice des « ménages » 4 ; PPDA, sa fausse interview et ses bébés ramenés d'Irak dans des couffins : « Reporters sans frontières a toujours pu compter sur lui, note Ménard, et je ne vois pas pourquoi nous devrions nous fâcher. »

Notes : 1. Sauf mention contraire, les citations de ce chapitre sont tirées de Robert Ménard, Ces journalistes que l'on veut faire taire, Albin Michel, 2001 2. Les trois journalistes chinois tués par l'OTAN lors du bombardement prétendument accidentel, en mai 1999, de l'ambassade de Chine seront, eux, comptabilisés par RSF.  3. Les citations en italique de cet encadré sont extraites du livre de Robert Ménard, Ces journalistes que l'on veut faire taire, Albin Michel, 2001. 4. L'un des plus lucratifs pour Christine fut le grand débat « Emballage et environnement en Europe », qu'elle anima pour le compte de Péchiney, BSN-Emballage et Carrefour (lire Le Canard Enchaîné, 9 avril 1997).

Source : http://www.homme-moderne.org/plpl/n5/p3-4.html

 

La télévision comme outil de contrôle social

Paru dans Front Social n°8

La télévision est devenu un formidable outil de propagande et de contrôle social pour l’Etat et le régime néocapitaliste. La télévision n’est en elle-même qu’un objet comme la radio, et ne peut donc être incriminée intrinsèquement. Cependant le pouvoir l’utilise pour endoctriner les masses, elle est ainsi devenue un vecteur de la diffusion des idées du gouvernement et du néocapitalisme.

La télévision comme outil de propagande

La naissance du mot propagande et de la propagande en tant que telle remonterait à 1622. La Curie romaine fonda alors la Congrégation pour la propagation de la Foi (Congregatio de propaganda fide). Cette congrégation avait le but purement hégémonique de diffuser la foi catholique avec tous les moyens possibles.

Jusqu’au début du XXème siècle les Etats ne se sont pas intéressés à la diffusion de leur propagande vers le peuple. La propagande est entrée dans l’ère moderne avec la première guerre mondiale, pendant laquelle mensonges et trucages vont devenir partie intégrante du cours de celle-ci ; c’est le fameux " bourrage de crâne ". Affiches et cartes postales seront les principaux vecteurs du message étatiste vers le peuple.

Dans l’entre-deux guerres la main-mise de l’Etat sur la presse sera de plus en plus abrupte. Mais les intérêts financiers ne vont pas tarder, eux aussi, à entrer en jeu et se servir des moyens de communication pour faire reluire leur image.

En Italie et en Allemagne les régimes fascistes vont accaparer tous les moyens de communication pour faire la diffusion de leur doctrine. De véritables messes (on parlerait de " shows " aujourd’hui) ont été organisé pour la célébration de leur culte.

Avec la deuxième guerre mondiale la propagande va passer à un autre niveau. Le régime pro-nazi de Vichy va organiser l’exposition " Le Juif et la France "; les pays alliés de l’Allemagne vont diffuser massivement leurs idéologies antisémites et essayer de soumettre à la vindicte populaire leurs ennemis : l’URSS et les alliés des USA.

Du côté allié la diffusion de tract sera massivement utilisée, et ils seront largués par avion. Mais ils vont bien sûr également utiliser la radio, avec la mythique " Radio Londres ".

Dans les deux camps le cinéma de propagande et surtout les actualités cinématographiques seront les principaux instruments de propagande. Le retournement de situation, le trucage, le mensonge feront partie de la stratégie pour donner une bonne image de l’un ou de l’autre camp et assurer au pouvoir le soutien des masses.

Après la guerre, la radio deviendra pour l’Etat le principal vecteur de propagande anticommuniste. Les USA réaliseront ensuite des films où l’anticommunisme fait image de scénario, ou d’autres films qui justifient le génocide des peuples indiens avec des acteurs comme l’inénarrable raciste John Wayne.

Pendant la guerre froide les médias vont être utilisés par le régime capitaliste pour faire de l’anticommunisme primaire et justifier les interventions yankees au Vietnam, Cuba, etc.

Cependant, petit à petit radio et cinéma vont faire place à la télévision comme vecteur de l’idéologie dominante.

Propagande et manipulation

La télévision c’est l’Etat qui vous parle et dont l’image apparaît à domicile, elle est l’outil idéal pour le marketing politique et économique.

L’image que veut se donner le pouvoir est complaisamment véhiculée par les pantins télévisuels dont la seule " valeur " réside dans le semblant de télégénisme qu’ils véhiculent. Ces marionnettes ont transformé en loi cette phrase de William Randolm Heast : " Une information c’est quelque chose qui dérange, quelque chose que quelqu’un, quelque part, ne veut pas voir publié. Tout le reste n’est que publicité ".

On comprend donc par là que toute information, tout reportage, toute émission télévisée doit avoir pour but de favoriser le pouvoir, et surtout de ne pas lui nuire. Ainsi, la visite du Pape en France fut abondamment diffusée et commentée. Mais rien ou presque ne fut fait pour la commémoration du Front Populaire ou de la Guerre d’Espagne. La guerre du golfe ne fut filmée et chroniquée que d’après l’angle américain et celui de ses alliés. Aucun reportage ne fit réalisé sous l’angle irakien. Pendant les élections en Russie il fut perpétuellement fait l’éloge d’Eltsine, alors que les communistes ne passaient, sous l’angle journalistique, la plupart du temps que pour des gens du passé ou encore des folkloriques.

Enfin, on ne compte plus les reportages qui se font écho de " l’efficacité " de la police et donc de la sécurité et de l’ordre. Aucun reportage n’a jamais été réalisé, sans voyeurisme, sur " la haine " des cités.

Ces quelques exemples démontrent clairement de quel côté incline la prétendue objectivité du journaliste télévisuel et qui cette objectivité est censé servir.

Mais à part les " informations ", la télé ne fait que diffuser les valeurs dominantes, le culte de la marchandise, par les sitcoms, les émissions-jeux, la publicité. La télé est la célébration de la société capitaliste. On y retrouve clairement tout ce qui historiquement a fait la propagande : l’utilisation de tous les moyens à des fins hégémoniques, la manipulation de l’information, la censure d’informations et de faits gênants pour le pouvoir, la diffusion massive et sous des formes différentes d’un même message qui légitime le pouvoir en place.

La télévision comme outil de contrôle social

La télévision est-elle un outil de contrôle social comme il y en a d’autres (drogues, sport, manifestation autorisée et encadrée, travail, alcool, marchandises...) ?

En fait, il semblerait que la réponse soit négative. D’une part parce que comme nous l’avons vu la télévision est l’un des vecteurs si ce n’est le vecteur de la propagande étatique. Mais aussi, si elle est une marchandise, elle a aussi le pouvoir de diffuser et de montrer d’autres marchandises, et donc de ce fait est l’un des mécanismes essentiels de l’aliénation.

Nous avons vu dans Front Social N°2 le rôle de la marchandise dans le mécanisme de l’aliénation, nous ne reviendrons donc pas dessus.

La télévision est une marchandise parce que tout ce qui est y diffusé est fabriqué pour que le téléspectateur/la téléspectatrice paie (au travers de la redevance, des impôts, de l’abonnement) et choisisse ce qu’il veut voir ; ceci rentre donc complètement dans la conception capitaliste de la société. Mais pour que le téléspectateur/la téléspectatrice continue à acheter la marchandise télé, il faut que les programmes se renouvellent incessamment, comme se renouvellent constamment les rayons et les produits des magasins. Si les programmes se renouvellent cela aboutit à la captation du téléspectateur/la téléspectatrice, et celui-ci/celle-ci sera donc de plus en plus attiréE par l’écran pour voir de nouvelles choses, et la " magie audiovisuelle " aura fonctionné.

Mais derrière la marchandise télé on peut déceler nombre d’autres choses. La diffusion non stop d’images sur l’écran ne conduit pas seulement à capter le/la téléphile, mais aussi à ce que celui-ci/celle-ci soit vide de tout esprit critique devant ce qu’il/elle regarde. Le défilé perpétuel d’images a pour but de noyer tout esprit de contestation qui par mégarde se serait glissé à l’écran, à le vider de son contenu.

La perversité d’une telle chose conduit à la banalisation de l’image. Ainsi la propagande fasciste de l’extrême-droite passe sans accroc entre deux nouvelles sur la Corse ou le Tour de France, on peut voir Le Pen éructer qu’il ne croit pas à l’égalité des " races " et cela n’apparaît pas plus surprenant que le dernier défilé de mode ou la victoire d’un tel à tel grand prix de formule 1. Cela peut conduire à la passivité de la personne qui devant son écran ne jugera pas nécessaire de protester contre Le Pen, car son message ne pourra pas apparaître nocif dans le flot des informations et des images. Ceci est un premier exemple de contrôle social.

La télévision est un outil de contrôle social, comme la drogue peut en être un, et la similitude entre ces deux outils est frappante. La télé a en effet un pouvoir de psychotrope, mais un psychotrope contrôlé par le pouvoir. Il existe plusieurs variétés de drogues: calmantes, excitatives... Il existe de même plusieurs sortes de programmes télévisuels: calmants, excitant, provoquant des troubles, etc... On peut en effet choisir comme un rien l’émotion que l’on désire grâce à la télévision. Il suffit de zapper sur le programme voulu pour avoir des frissons, des sensations romantiques, faire sortir sa haine, etc. Mais tout cela est soigneusement contrôlé et régulé afin que cela ne sorte pas à l’extérieur. La sublimation de ses émotions conduit à ce que les gens ne descendent pas dehors pour les exprimer. Cela aussi fait partie du contrôle social.

Nous venons de voir de quelle manière la télévision a le pouvoir d’hypnotiser quelqu’un. Mais quelle est sa véritable influence sur les gens ? La télévision a-t-elle les moyens d’influencer les gens ?

Souvenons-nous de la campagne électorale des présidentielles de 1995. Les sondages quotidiens donnaient Chirac gagnant. Certaines émissions politiques (et notamment sur TF1) donnaient largement la parole à droite. Bref la droite était déjà chez elle et donc à l’Elysée. Or, que se passa-t-il par la suite ? Chirac fut élu président.

Utilisons un autre exemple. En pleine élection à Gardanne, les journalistes relatent l’histoire d’un éventuel financement occulte du P.C.F. Or cela arrive alors qu’un candidat du P.C.F. s’oppose à un candidat du Front National. Seulement cette fois-ci la télévision aura loupé son coup car le " communiste " Roger Mei a finalement gagné les élections.

Mais d’autres exemples, on peut en trouver à la pelle : pendant les grèves de décembre 1995 la télévision faisait ses choux gras du " calvaire " de ceux/celles qui étaient obligé d’aller travailler. Ceci a peut-être contribué à ce que les travailleurs du privé aient quelque antipathie envers les cheminots et ne rejoignent pas le mouvement.

Autre exemple. Il est clair que les matchs de foot se déroulent à l’heure choisie par la télévision et à une heure où tout le monde peut les regarder. Ainsi la télévision perpétue le culte de la connerie sportive en voulant faire de l’argent par la diffusion de matchs pour lesquels elle donne de l’argent aux clubs, tout en faisant payer en retour aux publicitaires les spots diffusés pendant la mi-temps. Ainsi les images de marchandises sont assurément diffusées massivement. A travers cela trois outils de contrôle social se conjuguent : 1-l’esprit sportif nationaliste, 2-la marchandise, 3-la télévision.

Ces exemples démontrent que la télévision, si elle est sous influence du pouvoir, peut créer elle-même son propre pouvoir qui ne servira que le pouvoir. Car il ne faut pas considérer que la télévision soit libre. Il existe un débat qui est : " La télévision crée-t-elle l’événement ou l’événement crée-t-il la télévision ? ". La télévision est sans aucun doute créatrice d’événements qui servent les intérêts du pouvoir. Tout événement (et il y en a) qui ne passe pas à la télévision est considéré alors comme un non-évènement ou comme inexistant. S’il existe des événements non crées par la télévision, celle-ci va faire en sorte de l’exploiter dans le sens des intérêts de la caste dominante. S’il n’y a pas d’événements, la télévision va en créer. Ainsi les matchs de foot ou les " événements " sportifs sont considérés comme des événements parce qu’ils sont massivement retransmis par les télés. Cela va de plus assurer une crédibilité au sport (car tout ce qui passe à la télé est crédible), et le beauf du coin n’aura plus honte de se promener en survêt’, car il ressemblera au premier chimpanzé en short mis en orbite télévisuelle. Voici donc un bon exemple de l’influence de la télé sur les gens, et dans la société.

Comme je viens de le dire, tout ce qui passe à la télé apparaît crédible. Il est en effet banal de constater que n’existe que ce que l’on voit ; ceci est vrai pour tous/toutes. Or le pouvoir de la télé c’est aussi de partager la terre et les choses en deux. Celles qui sont censées être valable (pour l’Etat et le Capital) ont le droit de passer, les autres pas. Or celui/celle qui croit ce qu’il voit ne cherchera jamais à aller voir ailleurs et ne croira pas que cela existe. Combien de reportages culturels, sur la mythologie celtique par exemple, ont été passé à la télé ? Combien de documentaires sur l’affaire Léonard Pelletier ? Aucun. Si l’on prend ces deux exemples et que l’on interroge les gens dans la rue, combien de personnes répondront savoir quelque chose là-dessus ? Par contre si l’on demande le score du dernier PSG (pourritures de salauds gerbants)-Nantes, ils le diront sans hésiter.

Cette influence de la télé, on la retrouve aussi largement dans la culture. Tout ce qui est au " top " est plus ou moins aidé par un ou plutôt plusieurs passages à la télévision. Ceci conduit à une normalisation et à la standardisation par l’industrialisation de la culture. Etre artiste aujourd’hui ne veut plus dire être un génie de sensibilité, mais avoir une image télégénique, et celle-ci est même devenue plus importante que l’art lui-même. Cela nous conduit à ce que le lamentable soit élevé au rang de sensationnel, et que le fantastique soit décimé. Cela est certainement inhérent à notre époque qu’Eric Cantona soit un " intellectuel ", Ophélie Winter une " artiste ", et Alain Minc un " économiste ". Le vide intellectuel, la non-pensée, l’absence de réflexion et d’esprit critique font eux aussi partie du contrôle social.

95% des foyers possèdent au moins un poste de télévision qu’ils regardent en moyenne 3h30 par jour. On peut donc à travers ces deux chiffres analyser l’étendue des dégâts que cause l’influence de la télévision. Ces 3h30 consacrées à visualiser la télé ne seront pas consacrées par exemple à la lecture d’un livre (activité autrement plus intellectuelle), mais à se vider psychiquement après le travail, et par là même à être en contact direct avec le pouvoir à travers le programme choisi.

La télévision est une fantastique vitrine de l’ordre social et un outil de contrôle social. La télévision crée l’apparence d’exister par procuration car tout ce qui s’y présente a la forme de la vie, mais n’est pas la vie. Car une vie standardisée et uniformisée ne saurait exister. Les images ne servent qu’à suggérer, et plus les gens vivent à travers l’écran, moins ils/elles vivent leur propre vie. Et moins ils/elles comprennent leur statut d’aliénéEs et d’exploitéEs. Donc moins il y a compréhension de tout cela moins il y a le besoin, la nécessité d’avoir envie de se révolter. La création d’un monde virtuel télévisé ne sert en définitif que les intérêts du pouvoir. La télévision est un outil de répression psychologique bien plus fort que n’importe quelle prison.

 

 

La propagande impérialiste à travers les jeux vidéo

(Article personnel, 15 août 2003)

Nous ne parlerons pas ici des multiples jeux de combat faisant l’apologie de la violence gratuite apparemment « neutre », ni des jeux de gestion où le but est d’amasser un maximum de $ ; mais des jeux directement destinés à la propagande guerrière servant les intérêts géostratégiques immédiats de l’impérialisme. Ces jeux ont un impact énorme sur la jeunesse et sur son attitude vis-à-vis de la guerre.

I – L’exemple de U$ Army Ops (2002)

En général les jeux vidéo sont loin d’être gratuits, les affaires obligent… Alors comment expliquer que le jeu U$ ARMY OPS, lequel est impeccablement bien réalisé, soit un logiciel freeware, c'est-à-dire gratuit, en plus d’être disponible pour tous en téléchargement sur Internet ?

Eh bien tout simplement par le fait que ce très patriotique et réaliste jeu d’entraînement aux combats militaires, (réalisé en étroite collaboration avec la multinationale poids lourd du circuit graphique NVIDIA), et offert gracieusement aux joueurs PC par l’U$ ARMY, permet de renforcer et d’exalter la fibre patriotique des joueurs, tout en formant les futurs soldats occidentaux à la discipline et aux valeurs militaires dès leur plus jeune âge.

On apprend ainsi aux jeunes consommateurs à « casser » du russe ou de l’irakien !

De ce fait, si le joueur est mis par la suite en situation réelle, il aura bien moins de remords, même lorsqu’il sera question de populations civiles, car peu lui importeront les dégâts collatéraux, pour peu qu’il soit parvenu à son but.

Comme quoi certains bourgeois savent prévoir à moins court terme, puisqu’il s’agit ici de concéder quelques profits immédiats au bénéfice du renforcement de l’aliénation des consommateurs occidentaux fascinés par l’U$ ARMY, et au bénéfice de l’entraînement précoce de leurs futures recrues transcendées par l’ambiance du jeu et impatientes de pouvoir y prendre part dans la réalité.

Celle-ci peuvent incontestablement se sentir fortes, car conscientes d’avoir la trempe de grands guerriers du monde « libre » occidental, du fait qu’il est bien connu que l’U$ ARMY, à laquelle nous sommes éternellement redevables d’après Blair, est l’armée garante de la « souveraineté » des nations occidentales.

Il est également intéressant de noter que ce jeu aux graphismes très soignés est sorti très récemment, à savoir après le 11/09/2001, ça n’est pas pour rien si cette « armée d’investiture divine » est si ancrée dans l'inconscient collectif des étasuniens.

II - L’exemple de Command and Conquer Generals (2003)

Sorti des studios EA et héritier des très manichéens Command and Conquer et Red alert (Alerte Rouge) de chez Westwood, ce jeu se propose de perpétuer la longue tradition de propagande guerrière « made in U$A ».

Du temps des Red Alert, c’était la confrontation occidentaux-soviétiques qui primait, histoire de bien mettre en garde la jeunesse occidentale sur le péril rouge et de ne pas oublier la Guerre Froide !

Mais aujourd’hui en quoi consiste la propagande impérialiste dernier cri ?

Nous sommes en présence d’un jeu de stratégie en temps réel, très soigné graphiquement. Côté unités, il y a des différences énormes entre les trois camps en présence, et c’est justement à ce niveau que la propagande se fait la plus grossière :

- Premièrement, nous avons la faction GLA (Global Liberation Army). Ne nous en cachons pas, ce groupe de terroristes est le sosie d’Al Quaeda, nous le verrons plus en détails.

- Ensuite, nous avons les chinois, les cocos, quoi… L’URSS est tombée, mais pas encore la Chine alors quoi de plus normal ? Leur armement est particulièrement intéressant…

- Enfin, nous avons les gentils GIs, l’axe du bien : les défenseurs de la « démocratie » et pourfendeurs de tyrans…

Arsenaux :

- Le GLA : les travailleurs sur lesquels repose l’économie passent pour des feignants et l’économie utilise le marché noir. Les véhicules peuvent être équipés d’armements à têtes bactériologiques et chimiques dont les effets perdurent sur le champ de bataille. Nous retrouvons bien sûr les missiles SCUD (Référence à Sadam Hussein oblige) ; l’anthrax ; les milices armées de guérilla urbaines utilisant des AK 47 et des cocktails Molotov (Les palestiniens peut-être ?) ; les commandos et camions suicides ; et enfin les soldats (afghans) pouvant se terrer dans des trous formant des réseaux de galeries. Bref l’égalité : Sadam Hussein = Al Quaeda = Palestiniens apparaîtra évidente à nombre de jeunes américains pour qui la défense du territoire deviendra synonyme d’invasion du territoire adverse : quoi espérer de mieux pour les lobby militaro-industriel et sioniste ?

- Les chinois : en successeurs des soviétiques, ils se sont vus attribués tous les clichés anti-communistes habituels et même davantage ! Ils utilisent de vieilles centrales nucléaires pour leur fourniture énergétique, pouvant même les faire fonctionner en surcharge au-delà de leur capacité normale, moyennant une dégradation du bâtiment. Ils n’hésitent pas à faire de la chair à canons de leurs gardes rouges : c’est vrai quoi, ces chinois ils sont tellement nombreux ! En outre les chinois excellent dans l’art de la propagande et du nationalisme, d’ailleurs, les tours prévues à cet usage galvanisent les troupes ! Les chinois utilisent également massivement le nucléaire : leur arme ultime est le missile nucléaire, arme qu’ils utilisent sans aucun discernement, disposant même d’un canon d’artillerie mobile lançant de petites ogives nucléaires ! Leurs tanks empereurs, véritables forteresses, peuvent même recevoir une motorisation nucléaire et tirer des obus à l’uranium appauvri ! Leur aviation est à base de Mig 35 pouvant être armés… au napalm ! D’ailleurs les chinois, en sus de leur artillerie nucléaire, disposent d’une artillerie au napalm ! Ils peuvent également miner les alentours de tous leurs bâtiments afin de les préserver d’une infiltration ennemie.

Missile nucléaire en partance du camp chinois. Les chinois ont-ils jamais utilisé la bombe atomique ? Autour du silo nucléaire, deux tours de propagande.

- Les U$A : ils n’utilisent que des armes propres, des centrales nucléaires écologiques à fusion froide, des tanks « laser », des missiles patriots. Ici, pas de mines, de napalm, de bombes nucléaires, d’uranium appauvri, d’armes bactériologiques et chimiques, pas de propagande ou de nationalisme : seulement un patriotisme des plus seins ! Bref, c’est la guerre propre avec des armes toutes plus propres les unes que les autres ! La guerre virtuelle à base de frappes chirurgicales effectuées par l’U$ Air Force ! God bless america !

Gloire aux soldats U$ soutenus par dieu le père lui-même ! « In god we trust » peut-on lire sur les billets de banque U$ ; « In gold we trust », épitaphe définitive à inscrire sur les billets de banque U$.

Notons que les sources de revenus annexes sont les puits de pétrole dont il faut s’emparer ! (Quand même un peu d'honnêteté intellectuelle !)

Avec Red Alert, on pouvait s’attendre à avoir vu les tréfonds de la société du spectacle diabolisant ses ennemis… mais il n’en est rien : C&C Generals pousse le bouchon encore plus loin, au point que ça en devienne particulièrement crétin !

Même les non communistes l’ont remarqué. Voici ce qu’on peut lire dans le test du jeu effectué par le site www.clubic.com :

« Hélas on ne peut pas dire que la première impression soit très positive. L'introduction déjà fait carrément l'apologie de la guerre à moins que ce ne soit du second degré pas vraiment drôle (enfin pas à mon goût en tout cas). Mais c'est ensuite que les choses empirent et que l'on se demande si le lobby militaro-industriel américain n'a pas carrément pris des parts dans le capital d'Electronic Arts. »

« Vive l'Amérique ! Que dire d'autre en conclusion ? C&C Generals propose une idéologie nauséabonde où la propagande se fait aussi minable que stupide (lapalissade ?). L'opposition NOD / GDI était certes aussi manichéenne mais au moins elle ne nous infligeait pas ces leçons de morales à trois francs six sous. Les Chinois sont des brutes que seuls les terroristes (Arabes bien sûr) surpassent mais heureusement que les gentils GIs sont là pour remettre le monde dans le droit chemin ! »

Voilà les ennemis U$ bien identifiés en vue de la grande liturgie guerrière du 21ème siècle ! Aucun doute n’est plus permis à ceux qui en doutaient encore : la Chine est bien l’ennemi à abattre ! Aux U$A, où sous le vernis "patriotique" se cache l'apologie d'un nationalisme expansionniste, on y prépare déjà les esprits ! 

La propagande, c'est l'art d'imputer ses propres crimes à l'ennemi ; forcé de reconnaître que les impérialistes sont passés maîtres dans ce domaine ! Il faut dire qu'ils ont pris des cours à bonne école... (Cf. article sur la CIA et sur les mensonges concernant l'URSS sous Staline)

 

 

Le directeur de l'info reconnaît que la RTBF censure le PTB

«Pourquoi les médias parlent-ils de tous les autres partis et pas du PTB», nous demande Steeve. Cette question, nous l'avons posée à Yves Thiran, directeur de l'information de la RTBf-TV. Compte-rendu intégral de l'entretien téléphonique.

David Pestieau, 15-05-2003

Un premier journaliste de la RTBf, Hervé de Gheylink, nous informe que le PTB ne passe pas sur antenne car il s'inspire du marxisme-léninisme, une idéologie «antidémocratique». Après de multiples tentatives, j'arrive à avoir le nouveau directeur de l'information de la télévision, Yves Thiran.

Communication téléphonique, jeudi 15 mai, 9h40.

«Allo, Yves Thiran.
- Je m'appelle David Pestieau, rédacteur en chef de solidaire.org, le journal du PTB. Je vous téléphone car je m'étonne qu'à la RTBf, vous ne donniez la parole qu'aux grands partis. Vous avez invoqué dans le passé que seuls les partis représentés au Parlement pouvaient passer. Or, lundi passé, vous diffusez un reportage sur Vivant. Si vous donnez la parole aux petites listes, pourquoi pas au PTB ? Ce n'est pas que nous n'ayons pas fait d'efforts à ce moment-là... (petit silence)
- L'élément, euh... nous avons des critères qui font, euh... que nous parlons seulement des partis démocratiques, euh... ne suscitant pas de réserves.
- Des réserves ?
- Oui, votre parti, par certains de ses écrits, ses manières de faire, sa façon, son idéologie, ses références historiques, notamment à Joseph Staline...
- Donc, le PTB n'est pas traité comme d'autres partis ?
- Oui, c'est de tradition dans la maison (la RTBf, ndlr), que le PTB n'est pas traité comme un autre parti. Il y a une sorte de jurisprudence de l'institution. Je ne vais pas tous les jours sur votre site web, mais les éléments qui s'y trouvent ne s'inscrivent pas dans une logique démocratique.
- Visiblement vos confrères de la RTBf-radio ont une autre politique puisqu'ils reflètent au moins de temps en temps les points de vue du PTB et que même, nous avons eu droit à deux minutes à la radio pour expliquer notre programme.
- Euh, oui. Mais quand l'actualité l'impose et pour mettre dans le contexte, nous pouvons parler de vous. Je pense que vous faites allusion à un reportage d'une de nos équipes à Anvers. Là, il y a le contexte particulier, avec Abou Jahjah et nous devions mettre le doigt sur son alliance avec votre parti.
- Mais donc, vous ne pouvez pas présenter notre parti comme vous l'avez fait pour Vivant, notre programme, nos actions ?
- Il n'y a qu'un mois et demi que je suis entré en fonction... Mais il existe depuis longtemps un consensus général dans la maison, de ne pas faire écho des points de vue de partis extrémistes. D'extrême droite comme d'extrême gauche. Donc de votre parti.
- Mettre sur le même pied les partis fascistes et les partis communistes, c'était une thèse défendue jusqu'ici que par la droite et l'extrême droite. C'est quand même fort de café. Même chez vos confrères de la VRT, on donne la parole au PTB un peu plus souvent...
- Oui, mais en Flandre, on ne fait pas de problème pour donner la parole au Vlaams Blok, alors... Nous avons d'autres critères, c'est tout.
- Oui, mais où sont ces critères, où est votre fameuse jurisprudence par écrit ? Car c'est le règne de l'arbitraire, vous jugez comme service public qui a le droit et qui n'a pas le droit de passer.
- Si vous voulez trouver un argument formel, il se trouve dans la recommandation du Conseil Supérieur de l'Audiovisuel, qui exclut les partis antidémocratiques.
- C'est très fort. Vous décidez quelque chose sur base de critères des plus vagues. Et en plus, vous ne vous permettez pas de vous entretenir avec nous, de discuter avec les principaux intéressés sur leur évolution. En fait, vous ne donnez la parole qu'à des partis qui sont déjà bien installés au Parlement.
- Je le répète, le PTB est un parti qui ne peut pas être rangé dans celui des partis traditionnels et avec lequel nous devons prendre distance.
- Serait-il possible d'encore en discuter, aussi en fonction des prochaines élections ?
- Mais pas maintenant, retéléphonez-moi en automne...»

Chacun jugera. Le boycott du PTB par la RTBf est clairement politique, basé sur des critères arbitraires comme le «consensus général de la maison» (consensus très relatif), les critères vagues du Conseil Supérieur de l'Audiovisuel...

Au nom de quoi peut-on décider que l'action, par exemple, de Colette Moulaert, médecin du PTB, partie sous les bombes à Bagdad, serait anti-démocratique ? Pourquoi la RTBf-télévision refuse-t-elle de filmer le discours de Colette Moulaert à la manifestation de STOP USA du 21 avril, sous prétexte qu'elle est candidate sur les listes du PTB ? Par qui sont contrôlés ces directeurs de l'information ? Au nom de qui décident-ils ? Visiblement le public n'a pas de droit de regard sur l'information publique, qui ne reflète que la mainmise des grands partis pré ou post-gouvernementaux.

Entre temps, les syndicalistes de la CGSP de la RTBf menacent de faire grève dimanche soir, au moment des résultats électoraux, si leurs revendications au sujet du plan Magellan de restructuration de la RTBf ne sont pas rencontrées. Ils pourront au moins les suivre sur http://www.solidaire.org/ car une autre information est possible. Notre site reçoit en moyenne 4500 visites par jour ces temps-ci, la moitié des visites d'un jour normal sur le site de la RTBf.

Avec tous les moyens d'information alternatifs, nous sommes bien décidés à briser le mur du silence imposé par la RTBf-télévision encore avant dimanche. Diffusez cet article et informez-vous par vous-même sur le PTB en consultant notre site http://www.ptb.be/. Et n'hésitez pas à décrocher votre téléphone pour interpeller la RTBf.

 

 

Les intellectuels et le football : Montée de tous les maux et recul de la pensée

Marc Perelman, Editions de la Passion - 2000 (Source : www.philosophie.org)

L'anti-racismefoot : SOS-Racisme a osé, en octobre 98, placarder pendant quelques jours dans le métro parisien (mais d'où vient tout cet argent ?), une affiche de grande dimension où l'on voit le dos d'un maillot de l'équipe de France sur lequel sont inscrits ces mots : " Ce soir là tous les Français ont été scandalisés par l'expulsion d'un black " (Référence à l'expulsion de Marcel Dessailly.)

En bas de l'affiche, on pouvait lire : " N'oublions jamais qu'on peut être heureux tous ensemble. "

N'en déplaise à cette association de dépolitisation de la jeunesse et dont l'ancien président, Fôdé Sylla, a depuis pris bonne place pour les Européennes de 1999 sur la liste du "Parti communiste", nous maintenons que la lutte contre le racisme ne passera pas par la défense d'un footballeur, fût-il de couleur noire. De même, il est une imposture politique que de situer sur le même plan l'expulsion de France des sans-papiers sans ressource, démunis de tout, et un joueur milliardaire après qu'il ait d'ailleurs commis une faute sur un autre joueur.

Une association SOS-Racisme en tant que telle a participé, à sa façon, à la fascination pour le football, et par cela même au renforcement des pires mythes autour d'un combat antiraciste souterrain de la part des joueurs, un combat qui n'a jamais existé, n'existe pas, et n'existera pas plus dans l'avenir. Immense mystification donc de croire que d'être de couleur et footballeur devrait permettre de lutter contre le racisme ! De même, immense mystification de croire que d'admirer et de s'identifier à des hommes de couleur et footballeurs favoriserait la lutte des jeunes contre le racisme ou la guerre.

À ce moment-là, rappelons-nous le, lorsque se déroulaient les pires exactions contre leurs propres familles en Algérie, a-t-on vu défiler ces mêmes jeunes dans les rues ? Où était la génération " black, blanc, beur " si motivée à lutter contre le racisme et la guerre ?

Alors il faut l'affirmer, c'est bien le football qui a su, au contraire, apparaître au bon moment, et canaliser toute l'émotion et la volonté d'agir de la jeunesse vers les stades et ce au profit des footballeurs (une poignée d'individus) et de leurs patrons (une autre poignée plus petite encore). Le spectacle fut en effet consternant : racistes et anti-racistes ont été au coude à coude fusionnant dans la grande liturgie footballistique émotionnelle la plus abjecte.

Le Football, une peste émotionnelle : Planète des singes, fête des animaux

Jean-Marie Brohm, Marc Perelman - Editions de la Passion 1998 (Source : www.philosophie.org)

Dans cette vaste légion familière, qui regroupe toutes les tendances de la gauche et de la droite, toutes les tribus de la jet-set tous les dévots de la société du spectacle, on reconnaîtra sans peine les bateleurs ordinaires de l'opium du peuple qui prennent leur pied à voir jouer les autres du pied et du poing, tel Bernard Pivot (" Le pied ", Contact, le magazine des adhérents de la FNAC, n' 343, mai-juin 1998) lequel associe spontanément le football et l'amour. " Il est pratiqué, dit-il extasié, dans le monde entier. L'universalité de ce sport , je parle du football, n'est elle pas la preuve qu'il obéit sur tous les continents, dans toutes les races [sic], à des besoins, des pulsions, des envies, qu'il est un heureux effet de la nature de l'homme. "

Nous y voilà : la nature éternelle et universelle de l'homme ! " De tout temps l'homme... ", peut-on lire dans les mauvaises dissertations de terminales. D'ailleurs Pivot n'hésite pas à comparer le football à la littérature et les footeux à des écrivains, " et comme les livres, les matchs sont décevants ou superbes ". Voilà la première imposture postmoderne : celle qui consiste à comparer, voire à mettre sur le même plan des phases de jeu et des phrases littéraires, à postuler de manière totalement idéologique que le football fait partie de la culture au même titre que Shakespeare, Dante, Goethe ou Proust.

Manifestement, pour Pivot une paire de chaussures à crampons ou une bouteille de beaujolais sont équivalentes à une oeuvre d'art, la pelouse comparable à un musée ou à une bibliothèque et les gestes sportifs identifiables à des créations spirituelles.

Ce type de pensée confusionniste où tout est équivalent, où il y a inversion des valeurs, où la culture humaine est ramenée au niveau d'une culture physique et la réflexion théorique au niveau de la transpiration, est le signe le plus certain de la crétinisation qui s'est emparée des " leaders d'opinion ".

Prétendre aujourd'hui que le football participe de la culture, c'est non seulement se foutre du monde, mais avoir une bien piètre image de la culture, celle du prêt à penser, du fast thinking, du zapping et du " nique ta mère " qui domine aujourd’hui dans les médias où officient les nouveaux chiens de garde. La passion n'autorise pas tout et sûrement pas cette démagogie gluante qui permet à des ahuris refoulés d'exhiber leurs préjugés réactionnaires, comme le fait avec constance Bromberger, admirateur d'une "passion très masculine " : " Chaque équipe de mâles protège ses cages qu'elle doit conserver "vierges", "inviolées" et tente de "pénétrer" voire de "perforer" la défense. On doit "déflorer" les buts adverses. Les mots sont évocateurs [...].

Face à l'évolution du statut des femmes, le terrain de foot est devenu pour les hommes l'espace refuge par excellence. On y est loin des femmes, on peut dire des choses qu'on ne pourrait plus se permettre ailleurs. On a le droit à l'excès verbal, gestuel, aux gros mots sans être jugé vulgaire ou taxé de machisme.

Et cela s'étend aux supporters devant leur télé " (Marie Claire et l'Équipe magazine, juin 1998, p. 35). Notre ethnologue de Marie Claire, toute émoustillé par ces transgressions sexuelles verbales, ne se pose même pas la question du sens de ce genre de " culture " virile de la braguette et des " plaisanteries sexuelles "propres aux beaufs, aux phallocrates, aux bidasses en goguette, aux camionneurs et, bien sûr, aux habitués des troisièmes mi-temps, qui sont, chacun en conviendra, des hauts lieux de délicatesse humaniste et de raffinement culturel.